Le Cigare....Pour ce qu'il est



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
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Récits

Lundi 9 mars 2009 1 09 /03 /Mars /2009 17:23


La lumière blanche est là, elle me rappelle mes dents à vingt ans quand je mordais à plein dents dans la vie. Je la regarde pendant de longs moments, elle n’est pas fugitive, semble échapper aux séquences qui organisent ma quotidienneté, elle  m’agasse et m’angoisse. Mon temps passe, elle reste inébranlable, il semble que rien ne se passe pourtant quelque chose de réel, de vrai est là mais demeure  inénarrable. J’ai peur, je regarde son jeu qui arrache de la pénombre les meubles qui perdaient de leurs contours, va au trot sur les murs pour faire la répartie des ombres, ses naseaux vaporeux refroidissent la chaleur de ma théière, ma pupille transpire et se contracte car elle sait que la réalité est proche et va exploser dans sa nudité la plus totale brutale en laissant une brèche béante d’où tout mon être passera, sans retour sans concessions. Je suis las, elle est là, assise sur le bord d'un lit à baldaquin, son apparat blanc trahi les cambrures de son corps, les fils en pépite d'or et d'émeraude réverbèrent la lumière, fragmente mon regard, recompose ma mémoire perdue dans cette vaste pièce. J'attends cette promesse infinie qui ne peut venir que de l'artiste dont les gestes curvilignes s'évanouissent puis s'éveillent sur les frises arabesques. Son regard suspens mon corps, allège mon appui sur le sol pour ne pas réveiller les caprices de mon corps fait de sang et de pain, épris d’odeur et de parfum, portant l’estampille du vivant amoureux de l’éphémère. J’espérais la voir nouer ses cheveux pour découvrir le creux de ses aisselles et offrir à mon regard le rehaussement de ses seins mais en vain. Elle est propre, limpide, empreint de noblesse et moi de salacité et d’arrogance. Elle est présente et moi égaré dans ma chair soustrait à l'instant par mes absences éthylique desquelles je n’en reviens  que sur la monture des vents pour aller déposer sur les pages nubiles mes états d’âmes nacrés de visages désertés par le sourire, le front vaste et plissé tel de lourds rideaux noir qui  m’empêchent à chaque aurore  de me réveiller un peu plutôt que dieu. Non, je ne tenterai pas de lui reprendre le sceptre qu'il m'a subtilisé, faisant de lui un Être   imputrescible et moi une argile vivante, il me suffit de savoir seulement que sans le doute des hommes il n'aurait été qu'une brebis égarée.

Mais aussi dissident que je puisse paraître une assurance fragile me guettait, je me sentais en effet jeté dans l’existence, j’ai beau être quinquagénaire mais au fond je ne suis qu’un itinérant immobile à la recherche d’un secret encore plus profond que l’existence. Cette quête me sera-t-elle concluante alors que je suis tenu en laisse par le devoir d’être, l’obligation de devenir ? Pourrais-je un jour chasser le vent de l’outre pour y mettre un peu de vie ?  

Je me mis à marcher de long en large dans la pièce, les damiers réguliers et polychromés des murs essayaient de contenir mes ruminations mais je n’avais d’yeux que pour cette lumière. Mais que faisait une lumière sans estomac sur mon territoire ? Elle cherchait peut être ma foi alors que je n’ai que des tripes ! J’avais envie de la déloger de mon domaine, de lui dire que j’étais un aveugle qui a des illusions, un être qui ne reprend confiance en lui-même et ne recompose tous les éléments disparates de sa vie que dans les plus profond des gouffres.

Je continuais à soliloquer, la tête penchée par le poids de mes pensées qui ne cessaient de copuler et bourdonner comme des mouches assaillantes, je voulais passer une bonne colère à cette lueur qui semblait manifestement insensible à ce que je pouvais ressentir et ne prétendait à l’évidence qu’à sécher ma glaise et faire de moi un objet de poterie prêt à recevoir l’écriture floral des peintres.

C’est alors qu’une fureur noire m’empoigna encore plus obscure que les flancs des volcans puis j’ai rugi le cigare à la main  : « Moi, Michaël, nait entre les remparts de Tanger, fils d’Ismaël l’instituteur, petit fils d’Adam vendeur de bijoux de fantaisie donr le front a été marqué par les tapis des mosquées, mes aïeux ont traversé les plaines arides brulées  par le soleil d’Arabie et n’ont étanchés leurs soif que dans les jardins des Hespérides où ils se sont établis, je suis venu au monde dans des mains plus blanches que les écumes des vagues de la méditerranée, et ne me suis acquitté de mon prépuce qu’au plus distingué des barbiers »

 
Regarde me dit-elle

Tu es blanche, diffuse, chaude et rapide répondis-je

Non ce sont mes qualités premières que tu observes

La nuit bientôt sera là

Erreur encore ce n’est que le mouvement de ta guérite mais moi je suis là 

Qui es-tu sinon une substance douée de propriété

Il n’y a je constate finalement que les formes et la matière qui t’intéressent.

Qui es-tu alors, que me veux-tu

Je suis c’est tout. Ecoute je t’apporte un message, je suis le maintenant-avant, le maintenant-après, je suis l’évènement que tu n’as jamais savouré et caressé de ta vie tellement tu es porté par tes attentes, je suis l’instant le présent infini indivisible.

Mais le temps n’est il pas une succession d’instant !

Non un tout n’est pas l’ensemble des parties ! Un n’est pas dix mille chose disait Lao-Tseu. Ecoute il y a un moment je t’entendais dire « il semble que rien ne se passe pourtant quelque chose de réel, de vrai est là mais demeure  inénarrable » ce « quelque chose » c’est l'instant.

Mais l'instant est impalpable, c'est du vide, absence, absence d’objet !

Non! le vide donne naissance aux objets. N’as-tu pas besoin du silence pour écouter de la musique, n’as-tu pas besoin d’espace pour créer ton habitacle. Regarde le hall de ta maison il y a un peu d’espace vide combien de chose tu pourras y mettre ? Le vide offre des potentialités infinies. Et maintenant commence par faire le vide dans ta tête et chasser le bruit incessant de tes pensés qui te martyrisent et t’empêchent de vivre l’instant, ici et maintenant.
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Mardi 14 octobre 2008 2 14 /10 /Oct /2008 15:54


Ma voie dans l'écrit me conduit à Tanger ma ville, mais je ne suis pas encore sûr, car parfois j'ai mal quand j'arbore cette parure de citadin domestiqué en arabe musulman arpentant les rues de la médina les mains balans, le pas muet, le coeur gercé par l'oubli, peinant à croire à la mosaïque de l'instant, refusant d'accépter que l'autre est déjà en moi insensible à la mouvance combien vaste de mes identités. J'aurais peut être mieux fait de rester chez moi repoussant toute expérience qui aurait la velléité de me mêler, de me decentrer loin de ma zone de confort où calmement je proclamerai "Je...Je...Je" jusqu'à ce que les espaces antérieurement ouvert et acceuillant deviennent aigus et inquiétant, le regard fripé, les coins sombres murmurant de leur folies mourantes "Majnoun Tanja...Majnoun Tanja"  cet homme sans mémoire encore en chair, les yeux en berne cachés par le capuchon de son bzou, la peau terreuse et grave, ecaillée par les épreuves du temps, le regard rapiécé par les non dits, par les repressailles des silences scélérats qui empoisonnent le corps, debout dans un jardin de pierres brisées par les sabots ferrés des colonisateurs, suppliant les sentinelles de le laisser traverser les remparts pour aller chercher sa fille égarée, accusée d'avoir découcher. Mais accuse-t-on une rivière en crue d'être sortie de son lit pour aller perler dans les entailles de sa mémoire?

C'est à cet instant, comme des cheveux éteints qui tombent oubliés par les vents, que je m'effondre dans mon sofa. Une voix semblable à un clapotis de lèvres me traversa alors l'esprit et me dit qu'on peut rester vingt ans dans cette ville à regarder par nos yeux sans pouvoir jamais saisir avec le coeur ses innombrables composantes.

Calme et résigné à aimer un souvenir passé, je quitte cette sombre demeure pour appréhender les mots qui commencent à se resserer pour que les ruelles soient plus denses, écouter les voix qui s'échappent, grimpent sur les remparts, s'appuient sur les arcades des portes pour donner la parole aux hommes qui, engonssés dans leurs belgha et djellabas blanche, crient La Ilaha Illa Lah , je passe par des venelles paresseuses comme une langue pâteuse qui se réveillent par la rumeur des passants.

Les commerces débordent, les regards lèchent, le sacré se relaie d'un coin à l'autre, d'une confession à l'autre. L'ambiance enfle, les duvets trempent dans du thé à la menthe, les visages se mouchent dans les mains pour priser le tabac, le vent d'est qui s'entête à balancer le linge blanc sur les terrasses, le marbre des hammams miroite sous l'eau chaude coulant des étuves, les chemins vides puis en crue de la médina avancent en calligraphie arabe, la tièdeur s'endort au pied des murs où je trempe par moment mon calame pour continuer l'illusion de l'image par l'écriture. L'ombre et la lumière se relèvent et scintillent comme des oriflammes portés par des guerriers arabes sur leurs cheveux de guerres clamant au fort du combats la désaccoutumance du peuple à l'écrit.

Je me mêle à la foule, née d'une même blessure, vais et vient dans les profondeurs et par les entailles des demeures Tanger me sussure son histoire pour que je dispute sa mémoire à la mort.
Je sais, je n'aurais peut être pas la chance de croiser un concitoyen sépharade, la tête couverte d'une kippa embrassant la mezzouza de sa maison avant de s'embrancher comme moi dans les articulations de la cité. Un siècle ils sont restés, en un jour ils sont partis. Pourquoi?

Lové par les vents, je sors du ventre de la médina pour aller au toit de la falaise goûter au safran du soleil, fermer les yeux pour voir naître Tanger dans la blancheur des vagues qui viennent caresser l'âme de leur tourterelle et recouvrer sa virginité, puis rugir, le ressac plein d'écumes prêt à lacérer les corps de ceux qui ont osé barbouiller son rimmel

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Mardi 20 mai 2008 2 20 /05 /Mai /2008 00:33

un homme regarde la mer. A quoi pourrait-il penser?
(ce texte a été primé par le site littéraire www.inlibroveritas.net)

Soudain, intermittence entre légèreté et pesanteur, dessaisissement et reprise, la nuit lâchait son étreinte. J’émergeais lentement de mon sommeil. Le drap, défraîchi par le langage nocturne et muet de mon corps, sentait encore l’odeur fade de l’absent qui revenait. Les plis du suaire se détachaient nonchalamment des chemins de la nuit qui s’éloignait maintenant vers le levant.

La lumière me délia sans rancune de ma compagne. Le corps titubant glissé dans mes pantoufles j’avançai avec une démarche d’apprenti vers la fenêtre. Le chuchotement à peine naissant de tout ce qui n’est pas moi, c'est-à-dire l’extérieur, le convenu, bref le non-moi m’arrivait avec la procession d’une chenille jusqu’au pavillon de mon oreille, Tanger se réveille.  

Les pensées s’amoncellent alors dans ma tête, le soleil m’accueille à son casting, mes yeux restent diaphanes à son sourire matinal, et la blancheur des nuages, comme des moutons accrochés au ciel, me rendent jaloux de cette couleur laiteuse jadis acquise à Tanger la blanche un espace d'où poètes, écrivains et peintres ont créées leurs matières. Maintenant, graffitis et semelles de chaussures, voilà ce que je trouve sur ces murs autrefois protecteur et composant de notre histoire, à présent demeure de quidam et d’esprits mercantiles.

Bon, malgré cela je prends mon café et je sors. Pour moi Tanger fait toujours ses vingt ans. Le temps aura certainement oublié quelques traces à glaner, un pli contre l’amnésie où je pourrais séjourner l’espace d’un moment pour lire à l’écriture blanche l’énigme de son histoire.

Mais quoi de mieux que d’aller marcher sur la plage. La matinée s’annonce lumineuse, flâner entre les grains de sable et l’écume des vagues est une activité qui donne une bonne dose de sérénité, elle me permet de me dénouer de mon passé et d’oublier tous mes arrangements avec le futur, le plus important dans ces instants c’est le présent: une neutralité psychologique à l’égard du temps. Alors au diable les perspectives architecturales qui vous imposent l’espace, le héros sociétal qui voudrait que vous soyez ailleurs et autrement. Non merci, dans ces grandes étendues j’apprends à chercher refuge au fond de moi-même et pour une fois c’est dans ma coupe que je vais déguster mon vin et non dans celle de mon voisin.

Malheureusement mon détachement n’allait pas survivre longtemps. Le clapotis des vagues murmurait le récit terrible des flots azurés : Nos enfants, amassés dans la rade comme un check point à Ramallah, se sont embarqués dans une chaloupe, une fosse commune, ils ont fait le saut dans le vide avant le vide de la mort, ils sont partis, ils ont choisi le mutisme de la violence au dialogue de la révolte, leurs yeux prospectaient la liberté sur les cimes des montagnes frontières, l’espoir glissait sous leur barque mais ils n’en savaient rien,  la mer d’huile chauffait en silence elle les attendait au milieu de cette étendue bleue désolée pour se déchaîner, créer des crêtes soufflées par la démence, un œdème maltraitant la Terre, une échelle pour s’essuyer les larmes dans le ciel gris puis, des creux plus profonds que la famine de l’Afrique les a jetés dans les crocs des vagues pour se délecter de leurs hystérie, de leur supplice, de leurs derniers soupirs de leurs séreuses pour enfin étouffer leurs rêves.

Je continuai à regarder la mer, elle était calme et moi démonté, je voulais renverser les événements mais je n’arrivais pas à comprendre. Pourquoi y a-t-il plus de murs que de ponts entre les peuples, quelle est l’intensité de ce désespoir qui poussait nos enfants à s’engager dans ces lames ? Je m’arrêtais de penser me résignant à l’idée qu’on ne peut être témoin que de sa propre subjectivité et pas de celle des autres. Quand je passe par ces sentiments contrastés, sérénités et violences, j’ai vite envie de retrouver la banalité des choses, l’ordinaire pensable. 

Mon impuissance face au récit des vagues fit obliquer mes yeux vers le sable et me suis rappelé A. ZRIKA qui disait «  Je ne voudrais pas être le monde mais le grain, la particule, singulière et distante du tumulte ». Dans ce tumulte qui commençait à s’apaiser en moi je me mis à chercher mon aiguille pour coudre en silence les mots qui transpiraient encore. Elle était là posée sur les grains pointée vers le sud, un bon présage, je resterai en Afrique, son chas accueillait les mots du nord,  je me mis donc à écrire de gauche à droite, du nord au sud. Sur la trame de mon errance mon âme se repaissait de l’étoffe que je brodais et, piquant de l’envers à l’endroit, le souvenir de ma jeunesse me revenait lorsque je m’amusais  à plaquer un coquillage sur mon oreille pour écouter le bruit de la mer, j’étais étonné alors de voir cette couleur bleue démesurée contenue dans un si petit coquillage. Mais maintenant je sais que le  coquillage est aussi contenu dans la mer.

Je n’étais pas pressé de partir, J’ai regardé encore une fois la mer qui miroitait sous le soleil puis je me suis penché et pris une poignée de sable, je la sentais rêche comme une coiffure noire. Au loin, des silhouettes en forme de kakemono noir accrochés aux vents, ondulaient sous une  vapeur chaude, brusquement une colère inattendue m'envahit, j’en avais assez de voir les choses s’agencer pour donner un sens à mon regard, un décor préétabli, un monde en Ikea, j’avais besoin du vide de la vacuité et une fois empli de sens je me mettrai en quête et sans relâche du vide et de la vacuité, je voudrai atteindre là-bas cette neige vierge d’une blancheur éclatante qu’aucune créature n’a encore foulé, je résiderai à huis clos s’il le faut mais je n’irai pas en enfer, je me jetterai sur le sable pour cacher mon ombre humide de son soleil, je supplierai pour que l’air devienne bleu, le ciel incolore, la mer une houle en vagues de sable et la plage dorée une pituite jaune crachée par les hommes en quête de sens.

Le soleil me regardait avec sa lumière jaune implacable, mes pensées ne l’ont guère atteint, il était là avec son insolente majesté, au fait je ne l’intéressais pas il était épris par l’ouvrage d’un petit insecte des sables, par un chien qui s’ébrouait. Bien que mon existence s’apparente à ces individus, il semblait que rien ne lui donnait prise pour former une critique à mon égard, sa fierté totémique le lui interdisait.

Je sais maintenant pourquoi il feint l’indifférence, j’ai choisi de vivre, d’accepter ma contingence, d’involuer comme ça m’enchante, c’est vrai ça me rend arrogant et impétueux mais lui avec son étoile jaune à six pointes ne tentait-il pas de m’humilier ? Soudain un grand coton blanc s’interposa entre nous.

Alors mortifié par cet évènement inattendu il me cria depuis les cieux : « Exister devrait te suffire, pourquoi donc aller chercher le sens de l’existence puisque à chaque fois tu seras condamné à le perdre ! » et moi de répondre : «  mon existence si elle est conclue d’avance elle ne le sera jamais pour mon espèce » puis j’ai lâché prise. Il était temps de partir.

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Dimanche 13 avril 2008 7 13 /04 /Avr /2008 20:14

Les mots appellent les choses, la chose n’est pas le mot, mais en chaque mot il y a des choses.

La nuit est une chose, un fait qui s’impose à nous, il faut simplement ouvrir les yeux pour voir la nuit, un passif regard, une main courante qui nous sépare du vide, reconduit notre attitude naturelle, une réplique type sans variante de l’être,  irréversiblement acquise, qui conforte nos familières sensations…………Si le temps nous respirait il aurait fatalement changé d’air…… car nous demeurons dans un porte document moisi  rempli d’image et de sémaphores…… ou peut être nous sommes à l’arrêt dans une station perdue dans le vaste néant de la nuit, le visage plaqué contre les glandes mammaires, les lèvres déchiquetées par l’usage suçant le lait crasseux d’une roturière habitude jusqu’à ce que l’aigreur d’une pensée  rapace grimpe aux frontières buccales pour cracher dans un cul de sac les phonèmes et vomir la langue. Il faut alors vivre la mort pour en échapper, « Alors j’ai mis ma peau sur la table, parce que, n’oubliez pas une chose, c’est que la grande inspiratrice, c’est la mort. Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien. Il faut payer ! » Dixit LF Céline.

Un homme passe, peau noire d’ébène, yeux blancs de craie,  il me dit des mots absents, je prends leur formes, je les mets en forme, je les éloigne de l’oreiller, des alluvions, ils entendent l’éboulement des pierres, les mots fluides polissent les pierres pour ne pas cabosser les jambes grêles du NordAfr décolonisé qui cherche encore sa marâtre, pousse les brouettes dans les chantiers, les caddys dans les codes barres pleins de mots égaux débordant de pitance glissant dans des parures différente……  キペディア, התגבשה متعدد اللغات…..le soir , la nuit est déjà dans les mots, le gîte est sans plume pour réchauffer l’haleine froide, le vent glacial incolore et  aveugle passe sous les interstices des portes pour raconter le monde, une larme vient sur la joue. 

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Vendredi 28 mars 2008 5 28 /03 /Mars /2008 18:52

L’oppression de la langue, quand elle ne vous appartient pas mais que vous avez choisi d’écrire avec, devient comme un rempart difficile à enjamber, elle vous refuse l’imaginaire, vous rappelle votre suffisance identitaire qui cloisonne chaque jour le local où vit le Monde, attise les flammes du cœur, entérine les souffrances. Dans ces situations, je me dis souvent, il faut que j’écrive un récit, un poème, pour montrer à cette langue que je ne suis plus son esclave.

Comme un enfant je dépose alors une goutte d’eau sur une graine de maïs, le ciel regarde les nuages et les nuages me regardent, le vent emporte ma graine et quand le temps aura suffisamment crayonné sur mon corps, je reviendrai voir mon champ de maïs. J'aurai peut être alors le courage de franchir les remparts, et de passer finalement du clos à l'ouvert.

Mais mon cœur ne peut attendre. Il s’éveille, il fait encore nuit dans les mots, la langue, ma compagne, n’est pas encore là, c’est une sultane infidèle, elle découche et traverse des contrées bien lointaines. Quand elle revient elle me dit avec son haleine parfumée :

« Avant de me prendre dans les dédales de tes joies étranges, apprends-moi ta langue »

Et moi je lui réponds, avec la hantise de la perdre et le plaisir vital de me repaître de son corps :

« Je ne connais que la tienne ».


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Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?


Comment se fait-il qu’un homme qui marche sur la cinquantaine simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 


Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
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