Le Cigare....Pour ce qu'il est



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
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Vendredi 20 mars 2009

J’entends le désir ramper dans tes veines et la nuit dans ton sommeil j’écoute tes délires où tu racontes l’histoire de ce bâtisseur de mythe, la parole frugale, d’une main en plume de mésange il a inscrit des sillons sur ton corps pour écouter le récit de ton cœur, ses accès de fièvre, ses espoirs inachevés affalés sur un muret de remblais.

 

D’un geste ciselé de poèmes il a drapé ton cœur de pages d’un roman racontant les noces d’une ville à la mer, la procession des murmures, la moiteur des échos, le reflux des regards au passage de la bien aimée.

 

Ton cépage tendre soûlait de syrah les barbes drues qui les ont mariées, des mains égrenaient l’innocence des jours , les voix incoercibles s’échappaient des lèvres fauve pour aller donner la réplique aux clapotis des vagues, remontaient la falaise, séchaient  les mots trempés dans l’écume sur les tuiles des terrasses, nourrissaient   le frémissement du rituel pour calmer l’exubérance du cortège,  les yeux buvaient la lumière lestant les visages de leurs plis , les pages sacrées claquaient dans le vent, mélangeaient calottes et turbans, les mémoires bariolées, tatouées de soie rouge du Sefer, des fanions vert des minarets, de  blancheur de l’hostie, les tabernacles devenaient fous.

 

Un dialecte silencieux emmuraillait les morsures de la veille, tu continuais ton rêve sur l’aile d’une mémoire oubliée, décapant peinture sur peinture, découvrant la poussière des jours, les épreuves encore ardentes sur un plat en émail chatouillées par les vents qui moissonnaient à la lisière de tes pensées, vagissement, gazouilles, un peuple, les voix, épaisseur du silence, fracas, ressac des lames à l’orée des mots.

 

Tu t’es réveillé, des larmes chaudes coulaient sur les plis de ton visage, la nostalgie t’as serré dans ses bras pendant que tu dormais, c’est une princesse défunte, tu le sais bien mais tu as trop butiné sur le miel des jours passés, tu t’es repu des « Après » des « plus tard » des « demain » et  aujourd’hui tu es foudroyé, trop de vérité, démunis face à ces horizons lointains décousues, aux travers desquels des mots étrange passaient, paroles à rebours, pourtant la langue est ton amie, une écharde insupportable, fébrile, titubant tu t’assois sur une marche d’escalier, la tête sur la main courante, la vie court , la réplique des jours, seule est subversive la plume qui invente l’écriture, elle passe, tu es l’homme qui passe.

Par Siglo - Publié dans : Récits
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Jeudi 19 mars 2009


Le port de Tanger vu de l'hôtel Continental
Par Siglo - Publié dans : Tanger
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Mercredi 11 mars 2009


Voix maigre, putrescible,

Langue improbable,

Regards languis sur les mûrs avachis par l’histoire,

Pleurs nécrosés sur la mer,

Econduis par une avanie sincère,

Morts convalescents plume à la main,

Vent polyglotte, haleines croisées,

Non voyant à tâtons cherchant le relief des plaies,

Errance agglutinée autour de nuages en parade,

La mort choisie, la vie subie.

Par Siglo - Publié dans : Récits
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Lundi 9 mars 2009


La lumière blanche est là, elle me rappelle mes dents à vingt ans quand je mordais à plein dents dans la vie. Je la regarde pendant de longs moments, elle n’est pas fugitive, semble échapper aux séquences qui organisent ma quotidienneté, elle  m’agasse et m’angoisse. Mon temps passe, elle reste inébranlable, il semble que rien ne se passe pourtant quelque chose de réel, de vrai est là mais demeure  inénarrable. J’ai peur, je regarde son jeu qui arrache de la pénombre les meubles qui perdaient de leurs contours, va au trot sur les murs pour faire la répartie des ombres, ses naseaux vaporeux refroidissent la chaleur de ma théière, ma pupille transpire et se contracte car elle sait que la réalité est proche et va exploser dans sa nudité la plus totale brutale en laissant une brèche béante d’où tout mon être passera, sans retour sans concessions. Je suis las, elle est là, assise sur le bord d'un lit à baldaquin, son apparat blanc trahi les cambrures de son corps, les fils en pépite d'or et d'émeraude réverbèrent la lumière, fragmente mon regard, recompose ma mémoire perdue dans cette vaste pièce. J'attends cette promesse infinie qui ne peut venir que de l'artiste dont les gestes curvilignes s'évanouissent puis s'éveillent sur les frises arabesques. Son regard suspens mon corps, allège mon appui sur le sol pour ne pas réveiller les caprices de mon corps fait de sang et de pain, épris d’odeur et de parfum, portant l’estampille du vivant amoureux de l’éphémère. J’espérais la voir nouer ses cheveux pour découvrir le creux de ses aisselles et offrir à mon regard le rehaussement de ses seins mais en vain. Elle est propre, limpide, empreint de noblesse et moi de salacité et d’arrogance. Elle est présente et moi égaré dans ma chair soustrait à l'instant par mes absences éthylique desquelles je n’en reviens  que sur la monture des vents pour aller déposer sur les pages nubiles mes états d’âmes nacrés de visages désertés par le sourire, le front vaste et plissé tel de lourds rideaux noir qui  m’empêchent à chaque aurore  de me réveiller un peu plutôt que dieu. Non, je ne tenterai pas de lui reprendre le sceptre qu'il m'a subtilisé, faisant de lui un Être   imputrescible et moi une argile vivante, il me suffit de savoir seulement que sans le doute des hommes il n'aurait été qu'une brebis égarée.

Mais aussi dissident que je puisse paraître une assurance fragile me guettait, je me sentais en effet jeté dans l’existence, j’ai beau être quinquagénaire mais au fond je ne suis qu’un itinérant immobile à la recherche d’un secret encore plus profond que l’existence. Cette quête me sera-t-elle concluante alors que je suis tenu en laisse par le devoir d’être, l’obligation de devenir ? Pourrais-je un jour chasser le vent de l’outre pour y mettre un peu de vie ?  

Je me mis à marcher de long en large dans la pièce, les damiers réguliers et polychromés des murs essayaient de contenir mes ruminations mais je n’avais d’yeux que pour cette lumière. Mais que faisait une lumière sans estomac sur mon territoire ? Elle cherchait peut être ma foi alors que je n’ai que des tripes ! J’avais envie de la déloger de mon domaine, de lui dire que j’étais un aveugle qui a des illusions, un être qui ne reprend confiance en lui-même et ne recompose tous les éléments disparates de sa vie que dans les plus profond des gouffres.

Je continuais à soliloquer, la tête penchée par le poids de mes pensées qui ne cessaient de copuler et bourdonner comme des mouches assaillantes, je voulais passer une bonne colère à cette lueur qui semblait manifestement insensible à ce que je pouvais ressentir et ne prétendait à l’évidence qu’à sécher ma glaise et faire de moi un objet de poterie prêt à recevoir l’écriture floral des peintres.

C’est alors qu’une fureur noire m’empoigna encore plus obscure que les flancs des volcans puis j’ai rugi le cigare à la main  : « Moi, Michaël, nait entre les remparts de Tanger, fils d’Ismaël l’instituteur, petit fils d’Adam vendeur de bijoux de fantaisie donr le front a été marqué par les tapis des mosquées, mes aïeux ont traversé les plaines arides brulées  par le soleil d’Arabie et n’ont étanchés leurs soif que dans les jardins des Hespérides où ils se sont établis, je suis venu au monde dans des mains plus blanches que les écumes des vagues de la méditerranée, et ne me suis acquitté de mon prépuce qu’au plus distingué des barbiers »

 
Regarde me dit-elle

Tu es blanche, diffuse, chaude et rapide répondis-je

Non ce sont mes qualités premières que tu observes

La nuit bientôt sera là

Erreur encore ce n’est que le mouvement de ta guérite mais moi je suis là 

Qui es-tu sinon une substance douée de propriété

Il n’y a je constate finalement que les formes et la matière qui t’intéressent.

Qui es-tu alors, que me veux-tu

Je suis c’est tout. Ecoute je t’apporte un message, je suis le maintenant-avant, le maintenant-après, je suis l’évènement que tu n’as jamais savouré et caressé de ta vie tellement tu es porté par tes attentes, je suis l’instant le présent infini indivisible.

Mais le temps n’est il pas une succession d’instant !

Non un tout n’est pas l’ensemble des parties ! Un n’est pas dix mille chose disait Lao-Tseu. Ecoute il y a un moment je t’entendais dire « il semble que rien ne se passe pourtant quelque chose de réel, de vrai est là mais demeure  inénarrable » ce « quelque chose » c’est l'instant.

Mais l'instant est impalpable, c'est du vide, absence, absence d’objet !

Non! le vide donne naissance aux objets. N’as-tu pas besoin du silence pour écouter de la musique, n’as-tu pas besoin d’espace pour créer ton habitacle. Regarde le hall de ta maison il y a un peu d’espace vide combien de chose tu pourras y mettre ? Le vide offre des potentialités infinies. Et maintenant commence par faire le vide dans ta tête et chasser le bruit incessant de tes pensés qui te martyrisent et t’empêchent de vivre l’instant, ici et maintenant.
Par Siglo - Publié dans : Récits
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Lundi 29 décembre 2008
















Holy Smoke de Guillermo Cabrera Infante livre acheté à la librairie des Colonnes de Tanger est une belle histoire réelle et romancée de l'auteur, une lecture autobiographique, une fresque parfois en noir et blanc qui justifie le goût de Guillermo Cabrera pour les vieux films. D'ailleurs, il répondit à un de ses amis qui voulait savoir pourquoi il affectionnait les vieux films, que ceux qui oublient les films sont condamnés à voir des remakes.

Guillermo Cabrera est né à Gibara, ville de Cuba où Rodriguo de Jerez découvrit pour la première fois en 1492 le tabac et qu'après Luis Torres introduisit en Europe. L'auteur construit à sa façon son histoire en passant par Christophe Colombe jusqu'aux anectodes sur Zino Davidoff. Au fil du récit le lecteur, guidé par la plume de l'auteur, visite les champs de culture du cigare, sa fabrication et les lieux réservés à sa célébration et au passage fait connaissance des personnages cultes qui ont mystifié le havane.

Le livre commence par les propos du docteur Pretorius dans le film La fiancée de Frankenstein où il offre un cigare au monstre et lui dit:"Un bon cigare est une femme et une femme est fumée". Cette séquence  du roman n'est peut être pas innocente car elle rappelle la rencontre de Guillermo Cabrera avec le leader maximo Fidel Castro dans une chambre d'hôtel où ce dernier confisque les cigares de l'auteur pour les décapiter.

Tout le long de la lecture le savoir personnel et encyclopédique de l'auteur s'impose à nous et découvrons sa comparaison du cigare aux films car le havane fait réellement rêver et l'écrivain le dit dans la première parution du livre en anglais "Smoke gets in your eyes".


Par Siglo - Publié dans : La Vitole
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Peut-être un jour

Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?


Comment se fait-il qu’un homme qui marche sur la cinquantaine simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 


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