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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 22:26

 

 

Zaouia Derkaoua           Photo 003

        Zaoui Derkaoua (Asilah)                     Rencontre de surfaces (Asilah)

 

yves-klein-blue            Fente de Lucio Fontana

              Bleu de Yves Klein                                 Fentes de Lucio Fontana

 

Quelle dissemblance y-a-t-il entre l'indifférence et le déttachement?

L'indifférence est un bleu claire, le déttachement ou le lâcher-prise par contre est un bleu profond qui vient d'en dessous des iceberg.

Arrêtez-vous devant un espace bleu, la mer, le ciel ou une quelconque dimension de cette couleur et demandez une réponse. Vous n'en recevrez aucune, rien n'en sort tout est contenu en elle, c'est l'infini, vous êtes cette réponse. Le saviez-vous? bien sûr que oui, mais vous avez fait ce même choix de vous taire pour mieux éprouver cet absolu qui germe en chacun de nous.

Chaque jour nous sommes assaillit d'images, de forme, de mesages publicitaires, chaque jour nous engouffrons quantités de couleurs chargées de suggestions mais une seule demeure honnête avec le pouvoir de nous reposer.

Le bleu est le pays de ma vie, je le prends et ne laisse rien pour demain. Le bleu est le pays du rien, du rien profond comme aurait dit G.Bachelard.Le bleu est le pays où ma pensée devient muette pour laisser mon coeur réfléchir.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 19:31

 

Paul-Cezanne-Nature-morte-25126                    

                                         Paul CEZANNE                                                                      Van DIJICK                                                         

 

Est-elle morte ? Je ne pense pas, elle est bien plus vivante que vous ne pouvez le croire.


Je regarde ces deux fresques et déjà l’aspect roturier et noble des tables s’impose à moi, l’épaisseur des meubles, la grossièreté des motifs puis la finesse des nappes et la subtilité du thème. 

L’une mal épanoui reléguant les hommes dans une longue absence, peut être sont ils dans les champs rudoyés par le labeur de la terre, aucune miette sur la table les fruits exaltent leurs solitudes, presque incomestibles, préservés du désir, ou peut être qu’il n’y pas du tout de plaisir, juste la peine du temps, ses revers. Quand le changement est incertain les objets se déploient alors dans une majestueuse et dramatique présence. 

L’autre exalte l’opulence, car les hommes ne sont pas tous égaux face à la vie. Ses convives ne sont pas loin, peut être qu’en restant là à observer vous les verrez revenir pour prendre encore une gorgée de vin blanc et casser quelque noisette. Ils sont repus de richesse, de fromage, de fruits de différentes saisons et semblent assurés dans l’écoulement du temps comme le repos en spirale de cette pelure de pomme posée là à la lisière de la table. 

Mais l’équilibre est souvent précaire; ce pain sur cette assiette pourrait tomber et menacer l’accord de la vie et ses victuailles. 

Ces peintures suggèrent en fin de compte ce qu’elles ne représentent pas à savoir les hommes et leurs absences parfois heureuse et d'autres fois malheureuse. Et comme aurait dit Jean-Noël PANCRAZI dans son magnifique roman "Tout est passé si vite":......un juste dosage d'absence, de disparition, de retours inattendus, de promesse et d'étreintes brusques.....



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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 15:30

Tanger à l'aube 4

Tanger à l'aube 2 bis

 

Le héros fatiguéLe héros fatigué 2

 

 

Tanger à cinq heures et demie du matin, la ville est déserte, elle vient de disséminer la tribu de chasser les dionysiaques, de vomir tous les insomniaques et les consommateurs  nocturnes. Elle offre un banc de Morphée à un enfant, un banc public devenu privé pour une nuit pour un héros fatigué, pour un enfant des rues. Tanger a un coeur n'est-ce pas! 

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 18:50

 

 

Le fer roulait, le manège d’acier chantait un bruit intermittent, une répétition à l’identique d’un haut levé puis un bas donné de marteau de forge. Itération d’un son retombant se relevant, sans issue, verrouillé dans une succession obsessionnelle de coups à l’identique : tac tac…..tac tac. La sédation des vibrations vêtait les esprits d’une hypnose imbécile. Les bogies, écrasés par le poids des wagons, fuyaient sur les rails qui plongeaient en trompe l’œil dans un horizon lointain, noyé par le relief et la profondeur. De part et d’autre du trapèze de basalte, une étendue de friche et de champ habitée par une nature morte, morte par l’absence de signe, morte par l’absence d’une existence, dérangeante par son immédiateté, vivante par son empressement à être immobile, figée dans les gouttelettes du soleil qui affûtent le batifolage des insectes et brasillent sur la carapace des arthropodes. Incompréhensible vanité des raphias et des figuiers, heureux dans leurs magistrales solitudes. Tout semblait railler le regard spécieux des voyageurs et célébrer en même temps, dans ce paysage, la lassitude de l’essentialité, le geste pleutre d’un nuage, le moignon séculaire d’une branche d’olivier. Peut-être qu’une âme côtelée, inégale comprendrait que c’est un grand oui à la vie. Un oui écru sans fil ni aiguille pour suspendre la tâche bleue du ciel. Mais rien ne donne accès à la compréhension de ce bonheur pour celui qui est dans l’attente d’arriver, arriver pour repartir comme si le présent était immérité.

 

Relégués sont-ils au dernier wagon, au passé mauvais, la relégation est mieux que l’exil quand l’alliance tombe et laisse une trace. Mais la virole cède et menace le pedigree, Il reste alors à faire son chemin dans le mollusque Ensis et en prendre exemple, car c’est mieux d’avoir la chair couverte d’os, le derme à nu fini souvent par donner à la bouche le goût alcalin de la truelle.

 

Au virage la déchirure, assourdissant arrachement des ornières qui peinent à garder l’empattement, la force fugue prenant les corps au collet de leurs rêves, les tirants vers le chambranle glabre de la vitre. Inertes, persévérants sous la tutelle de l’attente, les regards vacillent sans intensité, réfléchissant l’éclair fade d’une bêche qui a longtemps renoncé à ameublir la terre, soudain un murmure, trahit par un friselis d’émotion,………… Je ne voulais pas vous faire de la peine…………......Les yeux pervenche piqués au visage regardaient de biais, vers le bas, cherchant à détrousser une souffrance, une impuissance à faire que ce qui est arrivé ne fut jamais. Le galbe est encore  transfiguré par les séquelles d’une folie que le voyage a fini par guérir, les fanons tombent comme un pendule qui s’arrête, la peau blanche émaillée de rouille. La cendre aux joues rappelle un ancien bonheur éteint. Mais l’annonce qu’une vie peut être un échec qui dure, est là, présente, entièrement. Le chuchotement continue……………, je n’ai pas réussi, j’ai préféré la fierté à l’amour, longtemps j’ai visité ces mêmes instants pour m’apercevoir que je n’étais en fait que transi d’orgueil.................la main translucide et fuselée quitte alors le genou pour aller se glisser à l’intérieur de la veste, un moment éternel peut être, avant que le geste à rebours ne sorte un papier plié………Tiens lis………….le papier est échangé, les regards pourtant ne se croisent pas, perdus sur les coteaux, repris par la marche longue et mesurée des poteaux électriques qui traversent les collines et les champs. Une main jeune déplie la lettre.

 

 

 

 

 

Paris, 14 avril 1986

 

Cher Papa, 

À mon arrivée à l’aéroport d’Orly, je n’ai eu aucun mal à reconnaître ton ami Gaullard. Il était là à m’attendre, une pancarte à la main avec mon nom  inscrit dessus. Disons que la photo que tu m’avais montrée avant mon départ de Tanger, ne rend, ou à peu de chose près, aucun  de ses traits actuels : bien empâté, une calvitie déclarée et une rousseur assez prononcée sur le visage qui auréole gentiment le faciès d’un bon vivant. 

Nous avons déjeuné ensemble dans un bistrot, un endroit agréable puis il m’a raccompagné à l’appartement qu’il m’a trouvé en colocation avec un portugais étudiant en langues étrangères dans une Université pas loin des sciences humaines là où je me suis inscrit.                                                                 

À présent, bien que je demeure un peu troublé par ce grand Paris, mon existence s’est nettement améliorée et surtout mieux organisée de sorte qu’actuellement, j’ai davantage de temps libre que j’emploie à la lecture et l’écriture quand je n’ai pas bien sûr, des travaux à préparer en relation avec mes études. Ici j’éprouve un réel plaisir, un attachement qui reste encore indescriptible pour la rigueur scientifique des cours. 

Papa, tu sais bien que mon voyage à l’étranger n’avait pas pour seul but de continuer mes études, mais encore de trouver la paix celle que j’ai toujours cherchée. Elle  s’est révélée à moi il y a bien longtemps, mais la peur d’être réprouvé par les miens et par la société a fait que j’ai continué à vivre, à paraître faussement équilibré. Notre milieu me ramenait souvent à l’évidence amère, au prix de mon harmonie intérieure, que seule une effigie obéissante faisait le printemps chez les hypocrites, et pour y évoluer, je devais à chaque fois décider quoi et comment  ressentir, sans jamais permettre à mon émotion de s’épanouir, celle-ci m’était censurée par les miens. Personne ne s’est enquis de ma souffrance, la probité morale et l’honnêteté n’avaient de valeur que si elles participaient à sauver les apparences. Comment nous guérir de cette mort ? 

Maintenant s’en est fini papa, j’ai décidé de faire de ma vie un ressentit, donner un visage à mes émotions et pouvoir me regarder dans la glace, sans jamais me culpabiliser d’avoir trop attendu pour me réaliser. Je suis parti donc à la recherche de ce presbytère qu’un voisin de palier m’a indiqué. C’est drôle, une fois arrivé tout mon corps s’est mis à trembler, un vide m’enveloppa, j’allais presque rebrousser chemin. Mais non, me suis-je dit, combien de temps ai-je attendu ce moment, impossible de faire marche arrière. Alors j’ai frappé à la porte et attendu un long instant avant que celle-ci ne s’ouvre. C’était, tel qu’il était habillé certainement un ouvrier qui faisait des travaux à l’intérieure de l’église. J’ai demandé après le pasteur, il ma prié d’attendre le temps qu’il aille le chercher. La porte est restée légèrement entrouverte, pour m’apercevoir de la douce sobriété des lieux, de la lumière bleutée du vitrage qui se posait légèrement sur l’éclairage tamisé de la pièce lovée dans une senteur de bois noble. J’ai entendu des pas qui venaient vers moi, puis ce sourire qui sortait agréablement de ce col romain. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, grand de taille, un front qui gâtait un peu le visage sous des cheveux d’ébène malgré l’âge. Il me pria d’entrer et m’invita à m’asseoir, puis dès qu’il m’a posé la question de ce qu’il pouvait faire pour moi, j’ai commencé à pleurer, mes trémolos m’empêchaient de parler tellement ému  que je fusse. Après qu’il soit parti me chercher un verre d’eau, il s’est légèrement penché sur moi, m’a soulevé le menton de sa main droite et m’a demandé ce qui se passait. Alors dans une force libératrice jamais soupçonnée, des années réprimée, je lui répondis :…. Je veux accueillir Jésus dans ma vie….Il se redressa, s’immobilisa un laps de temps, fit deux pas en arrière et s’assit sur une chaise et me dit :…….mon fils sais- tu vraiment ce que tu veux !........…..Oui père, répondis-je, je veux accueillir Jésus dans ma vie…..Alors son visage s’illumina, et sans se départir de sa gravité sincère, embroussaillée par des sourcils drus, il revint alors vers moi lentement, j’entendis même le froufrou de sa robe noire, me pris par l’épaule m’imprimant un léger mouvement qui nous amena tous les deux à nous agenouiller sur le sol, comme s’il présageait un tremblement de terre……..Ta famille est…………….Musulmane rétorquais-je……………l’Islam est aussi une bonne religion lorsqu’on en fait un bon usage, n’est-ce pas mon enfant ?Et d’ailleurs, en quoi ton intimité avec le divin changera-t-elle que tu sois chrétien ou musulman ?................Peut être que vous avez raison, j’ai usé de toute ma tête pour ne pas éveiller de  soupçons sur ma conduite cultuelle, et maintenant d’une manière tout à fait contraire vous me demander implicitement, d’argumenter ma foi, n’est-ce pas cela étrange père !  La foi doit-elle rendre des comptes à la raison ?............Son visage se relâcha, lesté de toute nuance, seule une présence vive marquait son regard……..Soit mon fils !  Approche : Crois-tu que Jésus est le Fils de Dieu ?...........Oui, je le crois………..Crois-tu que Jésus est mort sur la croix pour tes péchés ?..........Oui, je le crois……..Crois-tu qu’il est ressuscité pour t’assurer la vie éternelle en Lui ?.........Oui, je le crois………Répète maintenant après moi : Seigneur Jésus, je T’invite à entrer dans mon cœur maintenant et à me sauver. Merci Père. 

Quelle paix papa j’ai sentie alors dans mon cœur ! Moi qui ai traversé pendant des années des chemins obscurs à l’envers du monde, me voilà renaissant inondé par le bonheur, je regardais mes mains, les glissais sur mon buste et touchais mon visage, comme pour accueillir une résurgente superficialité.  Me voilà enfin emplis de moi-même libéré du joug de l’Homme.

 

C’est ma vie papa. J’espère que tu comprendras l’engagement de mon frère Mikaël.

Ton fils qui t’aime.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 20:25

  Mon ami Tarik au café Rif (2)

Mon ami Tarik au café de la cinémathèque Rif 2010

 

J’ai connu cet homme, chétif comme un miroir, étrange comme un logis sans mémoire, il se plaisait à dire qu’il n’était cohérent que lorsqu’il demandait son chemin. Me voilà donc bien averti. Sa démarche raide sans être hautaine lui donnait dans sa blancheur, l’aspect d’une asperge longtemps mûrie dans les profondeurs du sol. Il semble diviniser le mépris à l’égard des moines cybermarketeurs vivant en communauté. Ces cénobites, comme il aime à les appeler, sont des poux qui vous rongent le cuir chevelu de dedans en usant de leurs principes civilisateurs s’acharnant à ce que vous n’ayez point de promiscuité avec la contrainte pour que vous n’élaboriez jamais vos moyens de résistance, rester brancher, liberté velléité impéritie c’est leurs devise tout cela ! Ils veulent savoir tout de toi, te mettre à nu, et lui la nudité il en a horreur, car voyez vous me dit il, moi j’ai des complexes et croyez moi c’est bon un complexe ça donne plus d’humanité à ton sujet, une bonne intrigue sincère et moins affectée.   Et quoi encore lui répondis-je, chacun fait le choix de la vie factieuse qu’il désir et la peuple d’acteurs espiègles à sa mesure  prêts à vous jeter dans les rimes les plus insensées.

 

Son opium à lui c’était de sortir quand tout est fermé, lorsque la nuit avait définitivement vomi les insomniaques, desservi le relent de bière des yeux obèses et grivois. Il aimait à sentir alors ce silence, ce veston noir qui sied à la nuit pourvoyeuse de sa lumière. Quand il s’approche de la mer il devient matelot mutin qui ne veut plus repartir. Y a-t-il quelque chose à l’horizon qui ne soit pas encore ici ? Me dit- il. Je ne réponds pas et demeure silencieux. Ses yeux restaient alors à quai pour se goinfrer des collines  et du seuil de la mer.

 

Le roucoulement des galets, sous les franges claires des eaux azurées, le plongeait dans une sorte de syncope ondoyante. Son calme soudain m’étonna mais je me dissuadais de l’en ramener. Il aime à être fugitif dans la ville aux versants colorés d’exode. Je sais qu’il avait décidé il y a longtemps de partir en faisant le choix de rester. Son amour pour sa terre était profondément ancré dans son âme. Il y a des lieux d’où on ne part jamais, des traces géographiques damnées par le recommencement.

 

Les pieds mêlés à l’écriture marine, il chevauchait déjà les chemins de traverse qui mènent au confident horizon là où vitupèrent les poètes et les voyageurs chamarrés de mythes. Il était l’hôte du moment, l’instant où la  pierre repose sur la pierre, diaprée par le reflet d’un rire de lumière. Quand il revint à lui, il jeta par la seule force de son être tout son orgueil et du revers de la main fit signe aux vagues de s’éloigner puis, à chaque retrait de la mer il se baissait, les mains appuyées sur ses genoux pour déchiffrer, tel un géomancien, l’inscription des vaguelettes de sable sculptées par les marées.

 

Les gens de la ville le prenaient souvent pour un fou ordonné par un esprit insulaire.  Lorsqu’il sentait les regards peser sur lui il allait allègrement vers les curieux pour leurs demander s’ils savaient pourquoi les pierres n’avaient pas de foie ni d’intestin, ou parfois même criait après eux « allez, ouste ! Gratteurs de tain !! ».  Aussi faut il admettre qu’il n’a jamais fait quoi que ce soit pour ménager sa réputation depuis que l’Imam de sa paroisse s’en est bien occupé. En séance plénière d’un jour de grande affluence à la mosquée, il a fait passé à l’Imam un mot écrit sur une page sacrée « Votre Etre suprême est mort. Tout ce qui est touché par la possession  des hommes est voué tôt ou tard à disparaître». Son affront n’eut d’égal qu’un menaçant murmure de sirocco s’élevant sur les visages escarpés, un précipice terrible  s’annonçait, une buée rouge vermeil auréolait les regards, les coeurs étaient alors chargés de poudre dont  l’odeur âcre flottait déjà autour des têtes capuchonnées  qui attendaient un seul geste des barbes drues pour mettre le feu à la mèche et fustiger l’égaré. Mais l’Imam n’eut que ses lèvres pour se préserver du blasphème et appela la communauté à en faire autant puis se retourna vers notre ami et lui dit « mon fils, allez refaire vos ablutions et demander pardon à Dieu pour votre offense ». Il se mit debout, et sous le regard inquisiteur de l’assistance répondit « Non ! J’irai au môle là où les lames de l’hypocrisie sont brisées. Autour de moi je ne vois que des cœurs attendus, travestis par les peurs et la culpabilité, les bouches sont insipides par un pain sans sel et moi de ce pain je n’en mange jamais. Continuez à tresser vos croyances infidèles, vous êtes tous autant que moi des perturbateurs mais à la différence près que vous, vous êtes des perturbateurs insoupçonnés car réglés sur la même aporie que celle de vos congénères, aux mêmes signaux régissant la morale de votre société. Certes j’habite au même dojo que vous, mais je ne suis pas dupe, j’ai les clés du portail et j’en sors quand je veux, mieux que les guignols de vos rois je suis. Alors, je préfère arborer l’étiquette de mécréant que de me conformer à vos vertus. ». Il a parlé comme une gifle et ne lui manquait qu’un calicot de manifestant. Pourtant le ton de sa voix exprimait la force de ses mots, il était sincère, et pensait que l’homme crédule était un dormeur qui dormait dans le corps d’un autre dormeur comme des poupées russes se résignant à se déboîter faisant perdre ainsi à chacun sa singularité. Voyant les fidèles médusés par son absence totale de crainte à s’exprimer sur un tel sujet il continua « L’homme primitif et celui du moyen age, ont vécu moins heureux que nous, des être qui ont assuré leur subsistance dans une indigence remarquable et étaient loin, très loin de se douter que l’homme arriverait un jour à domestiquer les énergies telluriques et créer des remèdes curatif à ses maux. Pourtant l’humanité dans son entièreté a traversé les siècles sous la même voûte céleste, est-ce que le Dieu d’alors s’est dérobé aux prières des hommes, ne préférant pas jouer au garde malade dans un asile pour impotent ? Est-ce que Dieu s’est manifesté seulement lors de la découverte de la transfusion sanguine, des vaccins et des antibiotiques pour spolier la découverte des hommes? N’y a-t-il finalement rien de nous même dans cette existence, ou préférons-nous croire à l’invisible, ce visible niais, pour mieux nous accommoder de nos souffrances ? » La mine dévote des croyants était barbouillée par cet apostat funeste, les pommettes resserraient les paupières, les fronts dégoulinaient, presque un étau au centre du visage contenant à peine le flottement incrédule des pupilles dans un blanc d’yeux  maculés de menstrues : expulsez le faustien ! Découpez en mille morceaux l’apostasié ! Rangées pieuses soudain tranchées de soldats de Dieu, giclées intense de voix vernaculaires soufflant l’aigrette de pissenlit. C’est dans un pogrom que notre ami s’est ouvert le passage pour sortir de la maison de Dieu et du cœur de ses acolytes, chassé vers le rythme citadin, cet amour vénal où il arrive, gorge invoisée, à la terre de ses châtiments puis, dans un coin ombragé par une arcade, comme Ovide s’assit et pleura.

 

Dans sa retraite, les murs mal rasés s’incurvaient sans rides, trempaient leurs sourires dans l’humidité des venelles, accusaient la secousse brusque d’une porte bénissant l’épopée d’un enfant aux yeux châtaigne. De quelques encoignures, montaient des voix avachies de vice appelant la jouvence d’une  caresse furtive, halètements au seuil des lobes et parfums de poivre sous une langoureuse racine méditerranéenne. Une  trace laiteuse habillait le silence en tissu blanc écru ressemblant à la premiere aurore qui, dans l’attente du retour des hommes du quai, des filles des usines, des éventaires amovibles de marchand fuyard,  gommait peu à peu la différence entre les hommes et absorbait dans son réceptacle monacal le soliloque furibond de notre ami à l’égard des godemichés au qamis blanc.

 

Les pancartes étaient désormais affichées dans les esprits : attention homme tragique à ne pas fréquenter, tendance à regarder les problèmes de très près, inclination au pessimisme. Ne lui parlez pas, restez cloîtré chez vous et mettez à portée de main votre raboteur qui rend lisse et connaissable la quotidienneté des jours. Il va vous dire qu’entre chaque instant anodin de la vie germe un soubresaut de surréalisme coloré de spectres inaudibles, que quelque chose alors vous échappe, ne vous prêtez pas à son jeu, restez dans le cadre totalitaire de la chose apprise et du légué. Sa feuille automnale et légère aux racines insidieuses et puissantes, réclamera le bois arraché aux forêt, éclatera les meubles de votre logis, éloignez votre attention de son lierre et de son humus car il couvre les visages des innocents comme le duvet  de vos enfants, fera de vos évidences d’alors des lieux d’énigmes squattés par le départ retour dans un décor révolté. Si par malheur acquis vous êtes à sa cause il vous parlera de son métier d’artiste tisonnier, la tige remuant la braise vous ne sauriez plus si le feu est bon ou mauvais, s’il est destructeur ou rénovateur, s’il éclaire le paradis ou brûle en enfer, vous regarderez et toute votre vie alors sera portée en un instant à son terme.

 

Si jamais vous rencontrez mon ami sur une terrasse de café et vous le voyez comme vous et moi tartiner son pain ou boire son café ne considérez  pas alors qui l’est l’un des nôtres, c’est vouloir se saisir d’un esprit ajourné que de croire à sa présence car il y a longtemps qu’il a casseé son guindeau pour n’accoster nulle part sauf peut être au gît des calanques là où réside un étrange ordinaire inaccoutumé.

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 18:41

 

Ce serait tout à fait prétentieux de ma part de parler de l’art contemporain en étant une personne dilettante. Mais ce n’est pas la seule raison, car comment peut on parler de quelque chose dont la seule tradition est la nouveauté ! Et comment alors devenir connaisseur dans un domaine qui invente à chaque fois son publique ! Me risquerai-je jusqu’à dire que l’art contemporain, abstrait en particulier est sevré de ses racines ? Non bien sûr ! De rupture il n’y en a jamais eu sauf peut être pour le dadaïsme et dans une moindre mesure le ready-made inventé par Marcel Duchamp devenu célèbre pour son urinoir inversé (fontaine 1917), de continuité linéaire non plus  Donc si changement il y a eu, et dieu sait combien, à quel niveau se situe t il ?

 

Les mouvements artistiques ce sont distingués tout le long de leurs évolutions par leurs techniques picturales : la présentation de l’espace, la profondeur, le volume, le rendu c'est-à-dire le rapport de fidélité de l’aspect extérieur de l’objet ou de l’être à sa réalité, et bien sûr le coup de pinceau si peinture il y a ! Si je note par exemple de 0 à 10 le rendu d’une figuration classique ce serait 9/10 alors que pour une peinture abstraite non figurative ce serait 2/10 et dans ce cas je serais même tenté de dire que l’expression de l’œuvre est intériorisée.

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Paul Klee ici représenté est un artiste peintre abstrait, un peintre poète comme il aimait se définir. La tendance artistique à laquelle il appartient se caractérise par sa distanciation  de la réalité objective, réduction minimaliste des objets à leurs structures originelles, cônes, triangles, cylindres… L’œuvre est là pour elle-même faisant fi de toute perspective, tombant rapidement dans le bidimensionnel, s’éloignant de toute connaissance sociale. La production finalement n’est pas une image mais une idée désobéissante, courageuse et belle.
La musique de la vidéo correspond à celle de l'opéra de Madame Butterfly de Giacomo Puccini

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 13:41

 

Hiba-ici-et-ailleurs.JPG

 

Midi est un sale temps, le soleil est au zénith, un moment où l’astre lâche  tout comme nous à la diarrhée. Tout est absolu alors, car à midi l’ombre disparaît. La chaleur tremblante sur le sol cuit les personnages de surface. Les nuages souvent assignés à l’horizon ôtent tout abri pour que chacun entre à vif dans l’existence, la gorge épaisse par l’odeur volumineuse de la lumière.

 

A midi personne n’est philosophe le monde est nu face à l’arrogance de la nature. C’est le seul moment peut être que les hommes choisissent pour se déshabiller et accepter malgré eux leurs nudités. Dégoûtés de leur parures, ils aimeraient bien s’arrêter pour réfléchir mais se contentent d’être un liseré de bougainvillées rosat ceignant une maison impénétrable, une chair infinie dorlotée à 37° où l’esprit  sommeille debout sur une terre promise aux chants des grillons, aux caresses des vagues ameutées par un azur rossé par les vents. A vrai dire, je comprend, demeurer à  37° c’est toujours banal c’est comme si vous passiez toute votre existence à la même saison, l’été tiens ! Et ça ce n’est pas une preuve du bonheur qu’ils disent.

 

Moi je ne m’arrête pas, je suis arrivé à un moment de la vie où je prends conscience de ce que je perds. Il m’arrive parfois de voir le passé venir à moi, je n’ai pas de mots définitif pour me séparer de lui, il part quand la saison est douce, le climat tiède puis revient lorsque le froid est attisé par les vents, se penche sur moi reprend la dernière phrase les derniers mots de notre conversation, c’est une chambre à deux, il y restera tant que je n’ai pas encore tout dis, tant que je continuerai à croire qu’il est la preuve des malheurs empaillant ma jeunesse. Il commence toujours par me servir à boire, prends un verre me dit-il ça fermente mieux les actions inaccomplies, les phrases inachevées. J’aurais souhaité qu’il ne rajoute rien à mon amertume, qu’il soit aveugle aux plis de mes habitudes qui l’ont appelé. Mais enhardi  par mon humeur lourde difficile à déchirer il entreprend d’accrocher sur le mur ces heures molles qui s’étirent et s’agglutinent sur les parois de la chambre. Boit ! répète t il sans me quitter de ses yeux brumeux voilant à peine la gêne des jours,  puis dans une atmosphère psychédélique animée par les Doors, libère les anamnèses reprisées, sinueuses flammes fumigènes se déhanchant dans leurs costumes d’apparats aux froufrou d’enfer, tziganes aux visages éclatants de cataclysme, fardées de crépuscules, this is the end my friend continuent de chanter les Doors, je devine le galbe de leurs corps aux rémanences douloureuses, leurs parfums sucré de jasmin se refuse à mes lèvres tremblantes bourrelées de remord noircies par la fumée et les vapeurs éthyliques, une folie rembourrant  les couloirs du temps à l’issue incertaine.

 

Mais il y a toujours, je ne sais comment, cette main qui rêve tendue pour me faire sortir des remous des souvenirs, cette voix intérieure, syncrétique, magnifiée par les mouvements analgésique d’un soufi à la recherche d’équilibre, une voix  qui ne m’appartient pas que je sens sans savoir ce que c’est et qui me pousse malgré tout à avancer.

 

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Alors que cette nature accourt de toute part, bondit de son lit pour s’accomplir dans un présent immortel, fleurit ses bouquets de géranium et élève dans les airs ses plumes nuptiales pour blanchir le ciel, les hommes, au démon de midi marquant la fin de la jeunesse du jour, continuent d’ensemencer non sans souffrance une paresse criarde, attendant le vomissement de leurs rêves sans vérité renforçant le mensonge qui veut que l’homme sur son chemin doit toujours craindre et toujours espérer. Il faut dire que la paresse ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air ! Il faut être solide d’abord, avoir une répugnance pour le présent et surtout faire de la procrastination son sport de prédilection. Un homme pour vivre n’a d’ailleurs besoin que de trois ou quatre habitudes qui créeront son passé et feront de même pour son futur, il changera peut être mais souvent pour prendre et rarement pour échanger.

 

 

Au pied de la falaise viennent s’échouer les haleines tannées d’alcool, les regards empourprés de cannabis, seuls les versets de l’Instant  chantés du haut des chairs des mosquées s’entêtent à éveiller l’absence et l’oubli, à panser les corps qui portent désormais la fatigue de la vie. Le silence des rues, moisies par le repos des millénaires, est altéré en arrière plan par la voix off de la magie burlesque du vivant, travelling des oxymores, cortège de voix sans visages, instants et gestes sont sur le départ, vivants en phase terminal, cédant la place aux suivants, qui bientôt à leur tour partiront, valise à la main, tandis qu’ils étaient là, vlan ! la malle aux souvenirs, rien n’est là qui n’ai d’abord été dans le passé, pourtant les choses changent et la vie est toujours inattendue. 


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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 12:48

placard

 

 

J’ai découvert l’encre et la forme des lettres mais je n’ai jamais appris à écrire,

L’assemblage de mes mots ne forme pas une phrase mais plutôt une trace littéraire,

Ma difficulté à communiquer, est devenu avec le temps l’objet principal de mon expression,

Mes phrases sont une travée de strate, des tranchées derrière lesquelles je me mets à l’abri, à l’abri du lecteur sérieux en quête de sens  prêt à me dépouiller de mes vérités,

C’est pour cela que je suis un scribe dissident, à la fois mobile et sédentaire, essayiste et fictionnel,

Exprimer l’indicible est ma seule quête qui restera pour toujours inachevée,

Mais je n’y peux rien, dans le supplice existentiel tout est déjà décousu.

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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 20:02

 

 

Le 20ème siècle a vu naître durant sa première moitié un mouvement artistique, une peinture d’une abstraction envahissante, une nouvelle vision de l’art qui ne garde pour ses toiles que la forme et la couleur faisant fi de tous ce qui est réel et donc loin du figuratif.

Cette involution ou retour sur soi qui a conduit les artistes à une esthétique émotionnelle et spontanée loin de toute rigueur laissée à la technique photographique est en grande partie le résultat des circonstances politiques et sociales qui ont désorbité la sensibilité des artistes pendant les années 30 est 40 du siècle passé. Mark ROTHKO est l’un des fondateurs de ce courant essentiellement celui de l’expressionnisme abstrait et Vassily KANDINSKY est l’auteur de la première création non figurative une aquarelle de 1910.

Sauver les couleurs & les formes
quoique irisées d'incertitudes,
faite abstraction du reste,
je suis un artiste dissident,
j'ai peur des émotions esthétique,
L'art est irréductible à toute explication,
Un jet spontané, un flux poétique sans retour,

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 14:45

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Je sors pour déjeuner. Je suis seul. Sur mon chemin les hommes, indifférents les uns aux autres. Les voitures passent. Au bout du chemin je m’arrête. Les quidams s’arrêtent aussi. Les têtes ont leurs yeux fixés sur le petit homme rouge qui bloque momentanément le passage à l’autre côté. Vert. Je passe. Ils passent. Ensemble mais chacun est seul. Puis rien. Exister c’est leur genre. La faim, naturelle, chasse le logiciel urbain de ma boîte noir. Il fait un peu froid, je relève le col de ma gabardine, un mélange de brun et de vert domine les couleurs de la ville retenant les confidences de ses murs. C’est triste mais c’est un sentiment que j’ai choisi. Je m’arrête au seuil du resto. Fluide accueil frigorigène, réfrigérateur, chaleur absorbée des aliments exposés en guise de mets proposés. Les hommes sont là. Tout à l’heur ils étaient à l’extérieur comme des grumeaux dans une marmelade, leurs libertés ponctuées par les sémaphores. Maintenant ils sont menés par leur besoin naturel. Moi parmi eux dans cette ambiance physiologique, mais en tout les cas jamais ils n’auraient été là par mon entremise ni moi par la leur. C’est à prendre ou à laisser. Nous sommes là c’est tout. Je m’attable, je passe commande, j’attends mon tour, je surveille mon tour puis je regarde le couteau sur la nappe couleur soleil mourrant, une salière instable en prise avec des serviettes ébouriffées. Entre-temps, pendant que je m’acclimate au melting pot, les soubassements de ma conscience se mettent à l’œuvre marquant les lieux par cette vision discriminatoire qui n’est pas la mienne et ne s’achève qu’après avoir ghettoïsé les noirs, les blancs, les sexes, les origines, les races, les signes distinctifs d’une conviction religieuse et les éventuelles orientations sexuelles. La masse nerveuse dans sa grisaille ne fait pas d’accommodement raisonnable. Soudain un glouglou de robinet me fait penser que je n’étais pas loin des toilettes. Je change alors de place  et me retire un peu plus au fond. Un jour j’ai du supporter malgré moi les jérémiades d’un convive de ces lieux. Il en est sortit le pauvre tout débraillé et cramoisi comme une braise à force de repousser son œuvre fécale. L’arrivé du garçon m’atèle enfin à mon projet. Je dois ‘m’être’ quelque chose dans ma panse, pleine je n’ai plus peur du vide. Après chaque bouchée je relève la tête observant alentour, surveillant le hasard, une explosion de caractère, un chuchotement, un rapprochement de têtes, des seins précis serrées dans leurs corsages, à chaque fois des petites émotions gratifiant la futilité de l’étant, une banalité certaine ressemblant à une mouche démaquillée vrillée dans son instinct. Le ragoût à la viande est bon, la sauce aromatisé me fait oublié mon odeur, c’est une vraie racoleuse cette odeur je l’ai toujours perçu mais jamais connu. L’ambiance est aseptisée, les serveurs dans leurs accoutrements blancs rajoutent encore à ce préau de la bouffe une couleur clinique. Cette atmosphère sans entrain où les râteliers sont à l’oeuvre, finit par m’exacerber et décide alors de  m’essayer à l’ébauche d’une petite discussion avec un client. La situation est kafkaïenne et la bonne méthode à mon avis serait d’appeler le serveur il doit être farci de vérité sur les habitués. C’est  suspect de ma part mais n’empêche. Je lui remettrais un petit papier à l’adresse d’un client qu’il m’aurait conseillé et où j’écrirais : « Cher monsieur, permettez moi de m’adresser à vous, une conversation même anodine en votre compagnie me ferait un grand plaisir. Certes on n’a pas le même passé ni les mêmes épisodes de la vie. Le seul point commun est que depuis que ça a pété au ciel nous sommes une poignée d’argile voyageant dans une même galère. Rassurez vous je ne connais pas le  concierge de votre immeuble, il est repue de votre existence il a même un théorème en votre nom dont il fait chaque soir une démonstration à sa femme….. ».


Je continue à soliloquer comme un fou, un homme sans vis-à-vis et sans parole ne rêve pas, un mot suffit parfois pour que l’existence devienne un rêve - mais que dis-je ! L’existence est un rêve- pour saouler de vin tendre nos mensonges aménageurs subtils de nos différences. Ce silence lapé par les regards indifférents agit en trémor secouant mon esprit, son feu, sa patiente mégère, sa caresse sournoise soutenue par des émotions diverses disait l’essentiel sur les portes de derrière où se cache le chemin d’errance qui s’étire et s’éloigne à chaque battement du cœur.


Le cliquetis des couverts défriche la mièvrerie  moelleuse de mes méninges, l’allure de l’inconnu familièrement étrange imprime une écriture indéchiffrable sur les cimes des regards, il pourrait venir de Saint-Pétersbourg, Abidjan, El Paso, Jeddah ou d’un pâté de maison tout proche, c’est un inconnu donc il vient de loin. Sa prise de la réalité n’est pas la mienne donc il vient de loin. De son par-dessus il se dépouille, une onde élégante frétille au cœur d’une tribu de poussière captive d’un rayon de lumières,  puis s’installe sur sa chaise provisoire. Ses yeux cachés derrière une mine absente perchée sur un dos voûté  semblent fixer nos mains véhémentes à l’œuvre dans le plat soleil empli de ce qu’il a et de ce que je suis. De ce qui nous entoure rien ne semble être cause de ses pensées ni l’enlève à lui-même, il est à l’endroit d’un remâchement circulaire,  comme traversant une steppe, une zone transitoire entre un monde et un désert, inénarrable, sans grotte ni mont, sans l’attente cruelle d’un sauveur pour massacrer des innocents. Je le sent à l’écoute d’un mugissement moléculaire qui emplit ses géminés spongieuses, un aller retour d’un fluide intemporel traçant en gouge cuiller le sillage de l’Homme fils de l’Univers. Le présent est le temps de cette créature, le présent est un temps surnaturel me dis-je.


Le gargouillis de sa pelote de viscère encore tapi  dans son porte monnaie flétrit son regard puis hèle le serveur-infirmier :


-          Oui Monsieur, vous désirez ?

-          S’il vous plaît un poulet kedjenou,

-          Les plats du monde ne sont pas dans la carte Monsieur on ne sert qu’un menu locale,

-          Mais vous devez  bien avoir du poulet fermier  je suppose?

-          Je vous comprends bien Monsieur mais le patron s’est gardé d’en tuer ces derniers temps. Il prétend que le coq fermier est moins prosaïque que le restant des chairs blanches. Au lieu donc de l’agrémenter d’aubergines et de l’attiéké, il est là à se mélanger au vent et au soleil.


La main qui passe alors sur le front de l’homme trahit sa perplexité, il a marché longtemps dans une foule chromatique, enflée par un écho déferlant, tanguant sur la chaleur du bitume, innervée par une sudation rampante …. It’s a man world and it worth nothing….il a fuit pour un moment cette lumière incertaine meurtrie par des nuages lourd et sans bonheur pour aller flotter ne serait ce qu’un instant entre les parois vasculaire du silence, sentir son apesanteur placentaire avant d’être jeter encore une fois dans l’assourdissement des enclos bétonnés.


L’appétit béqueté par l’ego boursouflé d’un coq,  ménagé par un patron qui doit certainement s’amouracher pour le chant d’un grillon champêtre, il commanda un met anonyme, atomisé, servi en tarmac, tapis roulant, sur échelles brisées, croisées en voie ferrée, en trame cutané, mordorée par un sédiment sans âges perdue entre les failles géologique de la minute égarée, sa résurgence magmatique taraude ma chair, ma mort vivante est à l’embout de ma plume.


J’avale ses gestes sans mâcher, mes yeux effeuillent son espace pour arriver jusqu’à lui, une fumerolle éclate sur les décombres de mes lèvres cousues, une parole en trémolos vient tenir ma main pantelante et bistrée pour vaincre mon éloignement à lui puis, en ajustant ma chaise pour cacher mon émotion, je lui dis :


-          Monsieur vous êtes d’ici ?

-          Non, de loin je viens de Yaoundé et vous ?

-          Oh ! Moi d’ici mais je suis toujours ailleurs un homme à hier et à demain …Confusion will be my Epitaphe….

-          Ah ! Je connais bien ce refrain ! Je l’ai souvent fredonné quand je travaillais dans les terres sablonneuses de mon pays.

-          Vous êtes agriculteur ?

-          Pas vraiment, je suis technicien dans les cultures sous serre en particulier les plantations de Tabaco tapado un lieu où la sève arpente patiemment la tige des plantes pour donner  naissance à des feuilles dorées et soyeuses destinées à la cape du havane. Et vous que faite vous dans la vie ?

-          Je suis artiste, je crée des graffitis sur les tôles ondulées abritant les smalas, je colorie aussi la reptation des murs qui naissent au ras des regards, ne laissant qu’une meurtrière pour deviner le monde, au ras des mers et de la terre, pour cadencer le mouvement des foules, enflammer leur ferveur géhenne, sueurs froides, clameurs blanches de pain, le cri des hommes pris au piège d’une meule de pierre cyclopéenne, elle les attends pour écraser leurs derniers grains de vie et se pourlécher de leur miasme.  

-          C’est un monde triste que vous me raconter mon ami. Mais, si vous vous éprenez de la noirceur ou de la joie de l’existence, c’est que vous chérissez le périssable. Est-ce là alors le monde réel que vous voulez vraiment voir ?


Comme un colibri dans son envole je me fige dans ma posture, jeté par les mots sur le pare-brise d’un chauffard qui brûle le feu rouge, frappé par ce visage émacié qui brille par son aspect humain, exprimant la totalité d’une vie, j’écoute, regarde ses joues décharnées, légèrement proéminente, formant une base médiane entre les victuailles de la terre et ceux de l’esprit. J’ai l’impression même qu’il sait que de glaise je suis, et que chaque mot qui choit, se dépose sur mon âme comme les alluvions aux bords d’un fleuve.


Je le prend en gros plan pour l’abstraire de tout, son regard fendu dans le mien puis je ferme les yeux…….. Mon dieu ….. !!!....Il me demande de changer, moi un sismographe carné qui n’a pour habitude que la routine ! Tout le long de ma vie j’ai partagé mon espace dans cette rue impasse, seule artère sans issue de la Voie lactée où le Ra réverbère chaule pourtant mon désir d’y rester. J’ai réduis malgré moi, la complexité  de mes idées à quelque chose qui s’apparente au cadre de vie de la société dans laquelle je vis, pour ne pas heurter mes kif-kif, rabâché mon manuel de la vie quotidienne, légué par les aïeux et parents des grands parents,  remonté chaque matin l’horloge murale, pour que son pendule en cuivre pisseux continu son manège de tic-tac, m’initiant au temps, à la culpabilité.  En somme un apprenant sage du guide de la médiocrité, ce best seller, cette vertu vénérée par les ethnocentriste défenseur de l’identité, qui savent à quoi le normal doit ressembler, et je vous avoue, que nul ne sait danser la Saint-guy aussi bien que cette portion de chair humaine.


La prétention de changer ! Ha ! Ha ! Moi menacer mes congénères de mes aspérités à la différence et à la diversité ! Ah non ! Pas ça ! Je préfère garder mes galons de collabo……Life is bigger than you and me….. that’s me in the corner….. losing my religion….

 

Je retrousse mes lèvres, manière de donner corps à cet intermède venu bien à propos, car je m’en veux déjà d’avoir eu cette vilaine curiosité, cette chiante nature qu’est la mienne de vouloir à chaque fois me rapprocher des autres. Me voilà maintenant réceptacle potentiel du changement, une toile vierge attendant le crime du peintre, son orgasme aux couleurs primaire chargé de signe, comme une fresque contemporaine.


Ah ! Du grabuge, la table d’à côté, je tends l’oreille, un homme, une femme :


-          d’où il vient ?

-          comme tout le monde,

-          qu’est ce qu’il veut ?

-          ce qu’il est,

-          il faut savoir !

-          je crains qu’il faille attendre,

-          je savais,

-          tout le monde sait,

-          c’est ainsi les gens ?

-          oui,

-          j’exige… !

-          la paix !

-          ainsi donc ! alors c’est ton cartable qui passera !


A suivre.....

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Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
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Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?
Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
Porsche 356 1300 coupé 1951
Porsche 356 A 1500 GT Carrera 1958
Porsche 356 châssis 356.001
Porsche Carrera 911



 
 

  

 

des mots en image

D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

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