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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 14:45

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Je sors pour déjeuner. Je suis seul. Sur mon chemin les hommes, indifférents les uns aux autres. Les voitures passent. Au bout du chemin je m’arrête. Les quidams s’arrêtent aussi. Les têtes ont leurs yeux fixés sur le petit homme rouge qui bloque momentanément le passage à l’autre côté. Vert. Je passe. Ils passent. Ensemble mais chacun est seul. Puis rien. Exister c’est leur genre. La faim, naturelle, chasse le logiciel urbain de ma boîte noir. Il fait un peu froid, je relève le col de ma gabardine, un mélange de brun et de vert domine les couleurs de la ville retenant les confidences de ses murs. C’est triste mais c’est un sentiment que j’ai choisi. Je m’arrête au seuil du resto. Fluide accueil frigorigène, réfrigérateur, chaleur absorbée des aliments exposés en guise de mets proposés. Les hommes sont là. Tout à l’heur ils étaient à l’extérieur comme des grumeaux dans une marmelade, leurs libertés ponctuées par les sémaphores. Maintenant ils sont menés par leur besoin naturel. Moi parmi eux dans cette ambiance physiologique, mais en tout les cas jamais ils n’auraient été là par mon entremise ni moi par la leur. C’est à prendre ou à laisser. Nous sommes là c’est tout. Je m’attable, je passe commande, j’attends mon tour, je surveille mon tour puis je regarde le couteau sur la nappe couleur soleil mourrant, une salière instable en prise avec des serviettes ébouriffées. Entre-temps, pendant que je m’acclimate au melting pot, les soubassements de ma conscience se mettent à l’œuvre marquant les lieux par cette vision discriminatoire qui n’est pas la mienne et ne s’achève qu’après avoir ghettoïsé les noirs, les blancs, les sexes, les origines, les races, les signes distinctifs d’une conviction religieuse et les éventuelles orientations sexuelles. La masse nerveuse dans sa grisaille ne fait pas d’accommodement raisonnable. Soudain un glouglou de robinet me fait penser que je n’étais pas loin des toilettes. Je change alors de place  et me retire un peu plus au fond. Un jour j’ai du supporter malgré moi les jérémiades d’un convive de ces lieux. Il en est sortit le pauvre tout débraillé et cramoisi comme une braise à force de repousser son œuvre fécale. L’arrivé du garçon m’atèle enfin à mon projet. Je dois ‘m’être’ quelque chose dans ma panse, pleine je n’ai plus peur du vide. Après chaque bouchée je relève la tête observant alentour, surveillant le hasard, une explosion de caractère, un chuchotement, un rapprochement de têtes, des seins précis serrées dans leurs corsages, à chaque fois des petites émotions gratifiant la futilité de l’étant, une banalité certaine ressemblant à une mouche démaquillée vrillée dans son instinct. Le ragoût à la viande est bon, la sauce aromatisé me fait oublié mon odeur, c’est une vraie racoleuse cette odeur je l’ai toujours perçu mais jamais connu. L’ambiance est aseptisée, les serveurs dans leurs accoutrements blancs rajoutent encore à ce préau de la bouffe une couleur clinique. Cette atmosphère sans entrain où les râteliers sont à l’oeuvre, finit par m’exacerber et décide alors de  m’essayer à l’ébauche d’une petite discussion avec un client. La situation est kafkaïenne et la bonne méthode à mon avis serait d’appeler le serveur il doit être farci de vérité sur les habitués. C’est  suspect de ma part mais n’empêche. Je lui remettrais un petit papier à l’adresse d’un client qu’il m’aurait conseillé et où j’écrirais : « Cher monsieur, permettez moi de m’adresser à vous, une conversation même anodine en votre compagnie me ferait un grand plaisir. Certes on n’a pas le même passé ni les mêmes épisodes de la vie. Le seul point commun est que depuis que ça a pété au ciel nous sommes une poignée d’argile voyageant dans une même galère. Rassurez vous je ne connais pas le  concierge de votre immeuble, il est repue de votre existence il a même un théorème en votre nom dont il fait chaque soir une démonstration à sa femme….. ».


Je continue à soliloquer comme un fou, un homme sans vis-à-vis et sans parole ne rêve pas, un mot suffit parfois pour que l’existence devienne un rêve - mais que dis-je ! L’existence est un rêve- pour saouler de vin tendre nos mensonges aménageurs subtils de nos différences. Ce silence lapé par les regards indifférents agit en trémor secouant mon esprit, son feu, sa patiente mégère, sa caresse sournoise soutenue par des émotions diverses disait l’essentiel sur les portes de derrière où se cache le chemin d’errance qui s’étire et s’éloigne à chaque battement du cœur.


Le cliquetis des couverts défriche la mièvrerie  moelleuse de mes méninges, l’allure de l’inconnu familièrement étrange imprime une écriture indéchiffrable sur les cimes des regards, il pourrait venir de Saint-Pétersbourg, Abidjan, El Paso, Jeddah ou d’un pâté de maison tout proche, c’est un inconnu donc il vient de loin. Sa prise de la réalité n’est pas la mienne donc il vient de loin. De son par-dessus il se dépouille, une onde élégante frétille au cœur d’une tribu de poussière captive d’un rayon de lumières,  puis s’installe sur sa chaise provisoire. Ses yeux cachés derrière une mine absente perchée sur un dos voûté  semblent fixer nos mains véhémentes à l’œuvre dans le plat soleil empli de ce qu’il a et de ce que je suis. De ce qui nous entoure rien ne semble être cause de ses pensées ni l’enlève à lui-même, il est à l’endroit d’un remâchement circulaire,  comme traversant une steppe, une zone transitoire entre un monde et un désert, inénarrable, sans grotte ni mont, sans l’attente cruelle d’un sauveur pour massacrer des innocents. Je le sent à l’écoute d’un mugissement moléculaire qui emplit ses géminés spongieuses, un aller retour d’un fluide intemporel traçant en gouge cuiller le sillage de l’Homme fils de l’Univers. Le présent est le temps de cette créature, le présent est un temps surnaturel me dis-je.


Le gargouillis de sa pelote de viscère encore tapi  dans son porte monnaie flétrit son regard puis hèle le serveur-infirmier :


-          Oui Monsieur, vous désirez ?

-          S’il vous plaît un poulet kedjenou,

-          Les plats du monde ne sont pas dans la carte Monsieur on ne sert qu’un menu locale,

-          Mais vous devez  bien avoir du poulet fermier  je suppose?

-          Je vous comprends bien Monsieur mais le patron s’est gardé d’en tuer ces derniers temps. Il prétend que le coq fermier est moins prosaïque que le restant des chairs blanches. Au lieu donc de l’agrémenter d’aubergines et de l’attiéké, il est là à se mélanger au vent et au soleil.


La main qui passe alors sur le front de l’homme trahit sa perplexité, il a marché longtemps dans une foule chromatique, enflée par un écho déferlant, tanguant sur la chaleur du bitume, innervée par une sudation rampante …. It’s a man world and it worth nothing….il a fuit pour un moment cette lumière incertaine meurtrie par des nuages lourd et sans bonheur pour aller flotter ne serait ce qu’un instant entre les parois vasculaire du silence, sentir son apesanteur placentaire avant d’être jeter encore une fois dans l’assourdissement des enclos bétonnés.


L’appétit béqueté par l’ego boursouflé d’un coq,  ménagé par un patron qui doit certainement s’amouracher pour le chant d’un grillon champêtre, il commanda un met anonyme, atomisé, servi en tarmac, tapis roulant, sur échelles brisées, croisées en voie ferrée, en trame cutané, mordorée par un sédiment sans âges perdue entre les failles géologique de la minute égarée, sa résurgence magmatique taraude ma chair, ma mort vivante est à l’embout de ma plume.


J’avale ses gestes sans mâcher, mes yeux effeuillent son espace pour arriver jusqu’à lui, une fumerolle éclate sur les décombres de mes lèvres cousues, une parole en trémolos vient tenir ma main pantelante et bistrée pour vaincre mon éloignement à lui puis, en ajustant ma chaise pour cacher mon émotion, je lui dis :


-          Monsieur vous êtes d’ici ?

-          Non, de loin je viens de Yaoundé et vous ?

-          Oh ! Moi d’ici mais je suis toujours ailleurs un homme à hier et à demain …Confusion will be my Epitaphe….

-          Ah ! Je connais bien ce refrain ! Je l’ai souvent fredonné quand je travaillais dans les terres sablonneuses de mon pays.

-          Vous êtes agriculteur ?

-          Pas vraiment, je suis technicien dans les cultures sous serre en particulier les plantations de Tabaco tapado un lieu où la sève arpente patiemment la tige des plantes pour donner  naissance à des feuilles dorées et soyeuses destinées à la cape du havane. Et vous que faite vous dans la vie ?

-          Je suis artiste, je crée des graffitis sur les tôles ondulées abritant les smalas, je colorie aussi la reptation des murs qui naissent au ras des regards, ne laissant qu’une meurtrière pour deviner le monde, au ras des mers et de la terre, pour cadencer le mouvement des foules, enflammer leur ferveur géhenne, sueurs froides, clameurs blanches de pain, le cri des hommes pris au piège d’une meule de pierre cyclopéenne, elle les attends pour écraser leurs derniers grains de vie et se pourlécher de leur miasme.  

-          C’est un monde triste que vous me raconter mon ami. Mais, si vous vous éprenez de la noirceur ou de la joie de l’existence, c’est que vous chérissez le périssable. Est-ce là alors le monde réel que vous voulez vraiment voir ?


Comme un colibri dans son envole je me fige dans ma posture, jeté par les mots sur le pare-brise d’un chauffard qui brûle le feu rouge, frappé par ce visage émacié qui brille par son aspect humain, exprimant la totalité d’une vie, j’écoute, regarde ses joues décharnées, légèrement proéminente, formant une base médiane entre les victuailles de la terre et ceux de l’esprit. J’ai l’impression même qu’il sait que de glaise je suis, et que chaque mot qui choit, se dépose sur mon âme comme les alluvions aux bords d’un fleuve.


Je le prend en gros plan pour l’abstraire de tout, son regard fendu dans le mien puis je ferme les yeux…….. Mon dieu ….. !!!....Il me demande de changer, moi un sismographe carné qui n’a pour habitude que la routine ! Tout le long de ma vie j’ai partagé mon espace dans cette rue impasse, seule artère sans issue de la Voie lactée où le Ra réverbère chaule pourtant mon désir d’y rester. J’ai réduis malgré moi, la complexité  de mes idées à quelque chose qui s’apparente au cadre de vie de la société dans laquelle je vis, pour ne pas heurter mes kif-kif, rabâché mon manuel de la vie quotidienne, légué par les aïeux et parents des grands parents,  remonté chaque matin l’horloge murale, pour que son pendule en cuivre pisseux continu son manège de tic-tac, m’initiant au temps, à la culpabilité.  En somme un apprenant sage du guide de la médiocrité, ce best seller, cette vertu vénérée par les ethnocentriste défenseur de l’identité, qui savent à quoi le normal doit ressembler, et je vous avoue, que nul ne sait danser la Saint-guy aussi bien que cette portion de chair humaine.


La prétention de changer ! Ha ! Ha ! Moi menacer mes congénères de mes aspérités à la différence et à la diversité ! Ah non ! Pas ça ! Je préfère garder mes galons de collabo……Life is bigger than you and me….. that’s me in the corner….. losing my religion….

 

Je retrousse mes lèvres, manière de donner corps à cet intermède venu bien à propos, car je m’en veux déjà d’avoir eu cette vilaine curiosité, cette chiante nature qu’est la mienne de vouloir à chaque fois me rapprocher des autres. Me voilà maintenant réceptacle potentiel du changement, une toile vierge attendant le crime du peintre, son orgasme aux couleurs primaire chargé de signe, comme une fresque contemporaine.


Ah ! Du grabuge, la table d’à côté, je tends l’oreille, un homme, une femme :


-          d’où il vient ?

-          comme tout le monde,

-          qu’est ce qu’il veut ?

-          ce qu’il est,

-          il faut savoir !

-          je crains qu’il faille attendre,

-          je savais,

-          tout le monde sait,

-          c’est ainsi les gens ?

-          oui,

-          j’exige… !

-          la paix !

-          ainsi donc ! alors c’est ton cartable qui passera !


A suivre.....

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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 11:13

Dans un pli où la vie s’acharne à exister, une contenance traverse les rues par le cérémonial ancien du salamalec. Drapée dans le lierre, elle arpente les boyaux des chemins fatigués aux murs impies étranglés par l’obscurité, là où vacillent les ombres hantées par la peau au goût de sel. Le cœur larmoyant de sang sur la terre aimée, hier est aujourd’hui un fini commencement de promesses, de mémoires délestées de leurs éraflures inapaisées.


Je lui ai menti, alors il est parti empruntant les escaliers sculptés dans la  falaise, à l’ombre d’un parfum de menthe et d’absinthe. Mon père  est dans les champs abruti par le miel chaud du soleil, ses veines sont nouées dans les écorces des oliviers, dis lui que les chemins bâtis par mon pays aucun ne m’a conduit chez moi, les demeures édifiées par les hommes aucune ne m’a vraiment abrité, seul peut être les impétueux embruns de l’océan  enrobent les indices annonciateurs de  ma liberté. Ma mère est derrière les haies de nopal, elle guette la piété sauvage, là où le ciel se mélange à la mer où les sarcophages se vident et s’emplissent d’espoir. L'attente creuse l’hiver dans son cœur,  ses mains sont gercées de pain et de sel. Demain quand la terre aura lâcher son dernier soupir  un commis de l’état frappera à sa porte un bol de cendre à la main, enduits tes lèvres absoutes de sourires, ton fils est dans l’incessant bruit des mers.


Je suis né de cette liqueur séminale qui remplie les entrailles des êtres assoiffés de langage annulé pour couvrir la cannelle des mythes, raie dorsale des corps azurés, de feuilles de pierres et d'épines. Suis-je d'une différence insolite m'a-t-il dit, pour que ces  regards s'accrochent sur chaque mouvement de ma vie, pour que ces yeux se suspendent à mon caddy, à la mousse de bière quand elle couvre mon duvet.  Puis des croisement sur les trottoirs, reprise insignifiante des phrases de politesse, reste  des mots pour le lendemain pour à qui mentirait le plus, rien  enfin n'est définitif,  des corps que des corps déambulant dans la réserve des homosapiens assaillant du regard leurs congénères débitant des prévenances hypocrites, remontant la mèche pour attiser leur moelle épinière, trou d'évacuation d'une misérable nature.


Il m'a dit qu'il était en quête de la paix pour  contempler le cadastre des âmes depuis le récif de sa solitude que la soie des vents n’arrive plus à adoucir. Laissez-moi à l'abri de cette giboulée  souffrante d’épidermes désappris qui n'a d'égard que pour les escarres froides des identités aveugles, reprenez vos scripts administrateurs des visages égarés dans le cortège zodiacale, puis abandonner moi sur les margelles asexuées des secondes.


Pourquoi écrits tu ces mots en ces jours réversibles à l’insu des temps  en travers de l’éternel ? Pourquoi as-tu laissé le monde entré en effraction dans mon esprit, ai-je trop vécu dans cette ville ?


Maintenant je pars. Il ne cesse de partir. Je ne suis pas coupable, je retire les clous de mes paumes les épines de mon front,  je descends de la croix, ma plante touche la terre, trop de sang. Dans mes veines de sable coule la rage de Vésuve couvrant de lave brûlante les sicaires de l’altérité, de la diversité, je ne m’assiérai plus sur la chaise de l’aveu j’ai suffisamment gerbé cette merde cette pituite jaune, je désapprendrai les règles de l’ego cette ombre fantôme utile pour le renoncement au présent, tout ce que j’ai appris est faux, qui es-tu ? Où vas-tu ? Je prend le chemin du retour vers l’Univers mon seul créateur, met ma foi dans le Vide unificateur des essences invariantes des choses, cesse mon adoration pour le Plein, désempli ma boite osseuse du manège de rosaces en billet vert, en or noir, en sauveur de baleine. Ceci est ma véritable connaissance car infondée, dépeuplée, je quitterai volontiers ce monde où le glouglou de l'évier et la chasse des fosses d'aisance ont plus d'écho que les mots d'amour et de vérité.

 

Une crise il m'a dit, oui tous les hommes en sont atteints parait-il, c'est le seul moment de leur vie au cours duquel la raison ne leur fausse pas compagnie. Ils entrent dans une sorte de convalescence morale, un genre de rituel qui les initie au passage de la mort à la résurrection. Alors ils s'arrêtent de se débattre comme des fous dans leurs camisoles de force et partent en haut de la colline surplombant la terre d'Antée pour assister ,en dépit de leurs souffrances, à la débâcle de leurs idéaux , à tout ce à quoi ils ont cru pendant un demi siècle. Un lâcher prise formidable s'emparent d'eux , plus que ne pourrait supporter un dieu, pour les aider à laisser mourir leurs meilleurs pensées et dont l'issue n'en est pas moins douloureuse car ils finissent par croire à l'évidence de leurs solitudes et à la certitude de l'absence d'une quelconque ordalie, ils sont finalement seuls responsables de leurs actes.


Ce sont alors des hommes libres que tu vois dévaler sur le flanc de la colline, heureux d'avoir accepter que tout ce qui "est" est pour eux mais pas à eux, heureux d'avoir étendu leurs champ de conscience aux  confins de la vie, aux frontières de la mort.

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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 10:15

Pourquoi tu mens engeance incrédule ! Je t’ai à l’œil baroudeur pédant, larbin, bigote qui mange dans les gargotes, tu attends comme un bandit de grand chemin avide de faire des siennes, sors des vents vient ici faire foule avec tes semblables, vulgate apocryphe de la création, tu étends sur le ciel le tarot pour dessiller tes arcades nimbées de craintes, tu n’as pas encore compris que la croûte terrestre se pourlèche de tes os, sais-tu au moins pourquoi elle est plus épaisse que tes espoirs ?

 

Écoute consommateur de codes barres, inanité perchée sur un nid d’aigle, tu n’es que  lubie du colosse locataire du ciel,

 

Marche un peu bonobo pour vaincre la pesanteur c’est ainsi d’ailleurs que tu as gagné ta verticalité immanente, laisse l’anse des rivages suspendre ton regard sur l’insensé horizon peut être alors qu’entre deux instants inerte il te chamarrera de promesses pour te faire oublier le cri des foules écrasées par la faim, le pain sans beurre, le thé froid, le sourire muet flottant sur une mer glauque. Couardise.

 

Mais peut être aussi que dans cette tragédie irréversible inodore tu recouvreras ton équanimité pour aller rejoindre les ambiances qui se nouent dans les venelles, écouter les murmures invisibles, les bruissements des ombres éclaboussées, soufflées par une main froide pétrie dans l’indifférence, visage démoniaque des cœurs aveugles.

 

Ton enseignement n’est toutefois pas achevé car au bout du chemin à l’encoignure d’un monument érigé à la mémoire d’une ville, tu remarqueras une créature agenouillée, les cheveux noir fourbis cachant une érubescence de vie, la main de Fatma autour d’un cou gracile, les paumes jointes devant une flamme encensée par le rythme de ta culpabilité, à ton approche quand tu franchiras  le cercle de ses pensées , sans savoir si tu es homme ou femme, elle te tendra une musette remplie de khôl pour attendrir l’acuité de ton regard, c’est alors que tu entendras des voix mêlées, bigarrées un mélange d’arabe d’espagnol et d’hébreu sortant d’un recueillement endolori par le souvenir, tais-toi alors, prends sa main elle a vécu dans la familiarité quotidienne de ces âmes emmurées, dans leur détresse ils résonneront dans ta chair pour franchir l’invisible, donner contenance à leurs esprits, échapper au châtiment de l’oubli, aux calligraphies immobiles, défaire cette trame lourde et dense par l’inflexion des hommes pour aller qui vers la rade qui vers les cultes qui vers les donjons des remparts, tu verras alors passer les saints les fous les mystiques les pauvres les saltimbanques les riches les pitres, ils s’entrelaceront comme des volutes, ils s’appelleront comme jadis, Mohamed, Jean, Josèphe, Aïcha, Isabelle, Bengio, Nohain. Demande à la créature, si elle le consent, de te raconter l’histoire de ces vies multiples délacées, autrefois des langues entremêlées vivant dans le ventre des vents azurés essaimant une amitié tolérante à ceux qui en voulait. Mais peut être que tu es encore immature, tu préfères aller dans une fosse lubrique encore plus profonde que le furoncle qui s’étend sur cette ville, là tu vas échancrer tes pustules, laisser couler leurs vomissures dans les plis de tes regrets, épancher ta couardise dans les bouteilles pansues d’alcool et quand les dernières lumières de ton esprit serons enrobées de vapeurs fumigènes tu iras te moucher dans les seins plantureux des libertines.

 

A suivre.....

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 12:09
MARK ROTHKO -Sans titre-1957-huile sur toile-143 x 138 cm-Collection particulière

Mille voix assemblées dans une page refusant la bonne logique d’un récit bien conduit se transforment en mots assignés à résidence pour avoir outragé le bel écrit :

 

Gardien ! Ouvrez cette marge !

 

- Alors monsieur l’écrivain ou plutôt devrais-je vous appeler géomancien, vous refusez toujours d’écrire en tenons et mortaises.

 

- Je ne suis pas bâtisseur ni marchand de mots monsieur.

 

- Mais je vois bien, des lettres conduites aux revers des pupilles par une plume folâtre caverneuse seule et esseulée, une stalactite suspendue aux plafonds des temps, une pointe tapie dans la doublure des oripeaux qui à mesure que  les vapeurs d’encre se condensent en ressurgit  un geste incisif pour éventrer nos impératifs au bon usage de notre langue et déboiter notre style.

 

- Sans vouloir vous offenser monsieur  vous confondez style et écho multiple, rouage de l’écriture et création littéraire, je fuis les enclaves sclérosées par le semblable, aux chaînes et aux enchainements je préfère de loin le déchaînement de l’écrivain sur sa page blanche, je vous avouerai bien que c’est en m’exposant aux limites de la langue que je compte donner le meilleur de moi-même, la page est bordée de précipice.

 

- C’est ça, on a affaire à un funambule sans ombrelle. Si vous continuez, vos mots seront ceux de la rupture, du déracinement, à la lisière d’une autre langue tarie en dessous même des tombes et de là, exilé en symbole traître sur une surface abyssale, je me ferai un plaisir d’écouter le crépitement de ton linceul, comment osez-vous outrager de cette manière nos règles courantes ! Si vous persistez c’est vous qui quitterai bientôt cette page à fond la cale la langue aux fers.

 

- Parfois je me dis que peut être c’est vous qui avez raison, les gens ramassaient les graines et moi je m’attardais à observer la trace de la faux sur l’épi, une entaille perdue entre la parole et le silence, j’ai chaulé les pierres pour retrouver mon chemin, ça ne m’a servi à rien, tous les chemins parcourus se retrouvent maintenant unis dans une seule et unique trace, je ne pense plus au passé, je n’ai que le souvenir de mes années à venir, mon seul ami est un monticule de sable je vais donc souvent à la plage, je m’assois à son côté, ensemble on regarde la mer, l’écrêtement des vagues par le vent, le commérage des lames, l’eau qui se couche paisiblement sur le rivage, le battement tendre des ailes nuptiales, l’immobilité apparente des hommes sur les grandes étendues de sable troquant leurs certitudes contre la noblesse du vide sidérale, il me dit que le monde est infini et je le crois, ce n’est pas un idiot boursouflé par son savoir. À présent ma seule espérance est que cette teinte obscure qui enrobe la pointe de mon roseau arrive à rassasier cette blancheur dévorante, blême feuille post mortem.

 

- Alors faite monsieur ! Toutefois l’immédiateté de vos pensées me consterne un peu, je me départirai bien de ma rigueur pour démêler l’écheveau de vos réflexions mais où est la source où est l’embouchure ! je ne vois qu’un agrégat intime d’oxymoron peuplant une ombre tranchante qui ne prend pas corps avec son milieu, vous êtes un homme cru ne m’obliger pas à vous faire une prescription de sens pour l’existence, débarrassez-vous de cette obsession du présent il est insignifiant fade et sans consistance, ce n’est que fétu de paille soulevé par le vent, suffit les ornières satanique du quotidien qui nous creusent la chair.

 

- Etrangement je constate que vos paroles ne sont pas radicalement opposées aux miennes, vous comprendrez j’espère ma forte aversion pour la rigueur aux éclats d’acier, aussi m’est-il venu l’idée…

 

- Venez-en au fait

 

- Ecrivons ensemble dans une chaude rigueur, joignons nos mots et au fil de mûrissement de nos idées chacun peut se révéler autre ce qui l’a toujours pensé de lui-même, après tout nous sommes que deux nœud sur un même liseré de sel, tentons le défi !

 

- Chaude rigueur, deux erses sur un liseré de sel ! Hum...


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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 16:25

J’entends le désir ramper dans tes veines et la nuit dans ton sommeil j’écoute tes délires où tu racontes l’histoire de ce bâtisseur de mythe, la parole frugale, d’une main en plume de mésange il a inscrit des sillons sur ton corps pour écouter le récit de ton cœur, ses accès de fièvre, ses espoirs inachevés affalés sur un muret de remblais.

 

D’un geste ciselé de poèmes il a drapé ton cœur de pages d’un roman racontant les noces d’une ville à la mer, la procession des murmures, la moiteur des échos, le reflux des regards au passage de la bien aimée.

 

Ton cépage tendre soûlait de syrah les barbes drues qui les ont mariées, des mains égrenaient l’innocence des jours , les voix incoercibles s’échappaient des lèvres fauve pour aller donner la réplique aux clapotis des vagues, remontaient la falaise, séchaient  les mots trempés dans l’écume sur les tuiles des terrasses, nourrissaient   le frémissement du rituel pour calmer l’exubérance du cortège,  les yeux buvaient la lumière lestant les visages de leurs plis , les pages sacrées claquaient dans le vent, mélangeaient calottes et turbans, les mémoires bariolées, tatouées de soie rouge du Sefer, des fanions vert des minarets, de  blancheur de l’hostie, les tabernacles devenaient fous.

 

Un dialecte silencieux emmuraillait les morsures de la veille, tu continuais ton rêve sur l’aile d’une mémoire oubliée, décapant peinture sur peinture, découvrant la poussière des jours, les épreuves encore ardentes sur un plat en émail chatouillées par les vents qui moissonnaient à la lisière de tes pensées, vagissement, gazouilles, un peuple, les voix, épaisseur du silence, fracas, ressac des lames à l’orée des mots.

 

Tu t’es réveillé, des larmes chaudes coulaient sur les plis de ton visage, la nostalgie t’as serré dans ses bras pendant que tu dormais, c’est une princesse défunte, tu le sais bien mais tu as trop butiné sur le miel des jours passés, tu t’es repu des « Après » des « plus tard » des « demain » et  aujourd’hui tu es foudroyé, trop de vérité, démunis face à ces horizons lointains décousues, aux travers desquels des mots étrange passaient, paroles à rebours, pourtant la langue est ton amie, une écharde insupportable, fébrile, titubant tu t’assois sur une marche d’escalier, la tête sur la main courante, la vie court , la réplique des jours, seule est subversive la plume qui invente l’écriture, elle passe, tu es l’homme qui passe.

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 11:00


Voix maigre, putrescible,

Langue improbable,

Regards languis sur les murs avachis par l’histoire,

Pleurs nécrosés sur la mer,

Econduis par une avanie sincère,

Morts convalescents plume à la main,

Vent polyglotte, haleines croisées,

Non voyant à tâtons cherchant le relief des plaies,

Errance agglutinée autour de nuages en parade,

La mort choisie, la vie subie.

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 16:23


La lumière blanche est là, elle me rappelle mes dents à vingt ans quand je mordais à plein dents dans la vie. Je la regarde pendant de longs moments, elle n’est pas fugitive, semble échapper aux séquences qui organisent ma quotidienneté, elle  m’agasse et m’angoisse. Mon temps passe, elle reste inébranlable, il semble que rien ne se passe pourtant quelque chose de réel, de vrai est là mais demeure  inénarrable. J’ai peur, je regarde son jeu qui arrache de la pénombre les meubles qui perdaient de leurs contours, va au trot sur les murs pour faire la répartie des ombres, ses naseaux vaporeux refroidissent la chaleur de ma théière, ma pupille transpire et se contracte car elle sait que la réalité est proche et va exploser dans sa nudité la plus totale brutale en laissant une brèche béante d’où tout mon être passera, sans retour sans concessions. Je suis las, elle est là, assise sur le bord d'un lit à baldaquin, son apparat blanc trahi les cambrures de son corps, les fils en pépite d'or et d'émeraude réverbèrent la lumière, fragmente mon regard, recompose ma mémoire perdue dans cette vaste pièce. J'attends cette promesse infinie qui ne peut venir que de l'artiste dont les gestes curvilignes s'évanouissent puis s'éveillent sur les frises arabesques. Son regard suspens mon corps, allège mon appui sur le sol pour ne pas réveiller les caprices de mon corps fait de sang et de pain, épris d’odeur et de parfum, portant l’estampille du vivant amoureux de l’éphémère. J’espérais la voir nouer ses cheveux pour découvrir le creux de ses aisselles et offrir à mon regard le rehaussement de ses seins mais en vain. Elle est propre, limpide, empreint de noblesse et moi de salacité et d’arrogance. Elle est présente et moi égaré dans ma chair soustrait à l'instant par mes absences éthylique desquelles je n’en reviens  que sur la monture des vents pour aller déposer sur les pages nubiles mes états d’âmes nacrés de visages désertés par le sourire, le front vaste et plissé tel de lourds rideaux noir qui  m’empêchent à chaque aurore  de me réveiller un peu plutôt que dieu. Non, je ne tenterai pas de lui reprendre le sceptre qu'il m'a subtilisé, faisant de lui un Être   imputrescible et moi une argile vivante, il me suffit de savoir seulement que sans le doute des hommes il n'aurait été qu'une brebis égarée.

Mais aussi dissident que je puisse paraître une assurance fragile me guettait, je me sentais en effet jeté dans l’existence, j’ai beau être quinquagénaire mais au fond je ne suis qu’un itinérant immobile à la recherche d’un secret encore plus profond que l’existence. Cette quête me sera-t-elle concluante alors que je suis tenu en laisse par le devoir d’être, l’obligation de devenir ? Pourrais-je un jour chasser le vent de l’outre pour y mettre un peu de vie ?  

Je me mis à marcher de long en large dans la pièce, les damiers réguliers et polychromés des murs essayaient de contenir mes ruminations mais je n’avais d’yeux que pour cette lumière. Mais que faisait une lumière sans estomac sur mon territoire ? Elle cherchait peut être ma foi alors que je n’ai que des tripes ! J’avais envie de la déloger de mon domaine, de lui dire que j’étais un aveugle qui a des illusions, un être qui ne reprend confiance en lui-même et ne recompose tous les éléments disparates de sa vie que dans les plus profond des gouffres.

Je continuais à soliloquer, la tête penchée par le poids de mes pensées qui ne cessaient de copuler et bourdonner comme des mouches assaillantes, je voulais passer une bonne colère à cette lueur qui semblait manifestement insensible à ce que je pouvais ressentir et ne prétendait à l’évidence qu’à sécher ma glaise et faire de moi un objet de poterie prêt à recevoir l’écriture floral des peintres.

C’est alors qu’une fureur noire m’empoigna encore plus obscure que les flancs des volcans puis j’ai rugi le cigare à la main  : « Moi, Michaël, nait entre les remparts de Tanger, fils d’Ismaël l’instituteur, petit fils d’Adam vendeur de bijoux de fantaisie donr le front a été marqué par les tapis des mosquées, mes aïeux ont traversé les plaines arides brulées  par le soleil d’Arabie et n’ont étanchés leurs soif que dans les jardins des Hespérides où ils se sont établis, je suis venu au monde dans des mains plus blanches que les écumes des vagues de la méditerranée, et ne me suis acquitté de mon prépuce qu’au plus distingué des barbiers »

 
Regarde me dit-elle

Tu es blanche, diffuse, chaude et rapide répondis-je

Non ce sont mes qualités premières que tu observes

La nuit bientôt sera là

Erreur encore ce n’est que le mouvement de ta guérite mais moi je suis là 

Qui es-tu sinon une substance douée de propriété

Il n’y a je constate finalement que les formes et la matière qui t’intéressent.

Qui es-tu alors, que me veux-tu

Je suis c’est tout. Ecoute je t’apporte un message, je suis le maintenant-avant, le maintenant-après, je suis l’évènement que tu n’as jamais savouré et caressé de ta vie tellement tu es porté par tes attentes, je suis l’instant le présent infini indivisible.

Mais le temps n’est il pas une succession d’instant !

Non un tout n’est pas l’ensemble des parties ! Un n’est pas dix mille chose disait Lao-Tseu. Ecoute il y a un moment je t’entendais dire « il semble que rien ne se passe pourtant quelque chose de réel, de vrai est là mais demeure  inénarrable » ce « quelque chose » c’est l'instant.

Mais l'instant est impalpable, c'est du vide, absence, absence d’objet !

Non! le vide donne naissance aux objets. N’as-tu pas besoin du silence pour écouter de la musique, n’as-tu pas besoin d’espace pour créer ton habitacle. Regarde le hall de ta maison il y a un peu d’espace vide combien de chose tu pourras y mettre ? Le vide offre des potentialités infinies. Et maintenant commence par faire le vide dans ta tête et chasser le bruit incessant de tes pensés qui te martyrisent et t’empêchent de vivre l’instant, ici et maintenant.

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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 13:54


Ma voie dans l'écrit me conduit à Tanger ma ville, mais je ne suis pas encore sûr, car parfois j'ai mal quand j'arbore cette parure de citadin domestiqué en arabe musulman arpentant les rues de la médina les mains balans, le pas muet, le coeur gercé par l'oubli, peinant à croire à la mosaïque de l'instant, refusant d'accépter que l'autre est déjà en moi insensible à la mouvance combien vaste de mes identités. J'aurais peut être mieux fait de rester chez moi repoussant toute expérience qui aurait la velléité de me mêler, de me decentrer loin de ma zone de confort où calmement je proclamerai "Je...Je...Je" jusqu'à ce que les espaces antérieurement ouvert et acceuillant deviennent aigus et inquiétant, le regard fripé, les coins sombres murmurant de leur folies mourantes "Majnoun Tanja...Majnoun Tanja"  cet homme sans mémoire encore en chair, les yeux en berne cachés par le capuchon de son bzou, la peau terreuse et grave, ecaillée par les épreuves du temps, le regard rapiécé par les non dits, par les repressailles des silences scélérats qui empoisonnent le corps, debout dans un jardin de pierres brisées par les sabots ferrés des colonisateurs, suppliant les sentinelles de le laisser traverser les remparts pour aller chercher sa fille égarée, accusée d'avoir découcher. Mais accuse-t-on une rivière en crue d'être sortie de son lit pour aller perler dans les entailles de sa mémoire?

C'est à cet instant, comme des cheveux éteints qui tombent oubliés par les vents, que je m'effondre dans mon sofa. Une voix semblable à un clapotis de lèvres me traversa alors l'esprit et me dit qu'on peut rester vingt ans dans cette ville à regarder par nos yeux sans pouvoir jamais saisir avec le coeur ses innombrables composantes.

Calme et résigné à aimer un souvenir passé, je quitte cette sombre demeure pour appréhender les mots qui commencent à se resserer pour que les ruelles soient plus denses, écouter les voix qui s'échappent, grimpent sur les remparts, s'appuient sur les arcades des portes pour donner la parole aux hommes qui, engonssés dans leurs belgha et djellabas blanche, crient La Ilaha Illa Lah , je passe par des venelles paresseuses comme une langue pâteuse qui se réveillent par la rumeur des passants.

Les commerces débordent, les regards lèchent, le sacré se relaie d'un coin à l'autre, d'une confession à l'autre. L'ambiance enfle, les duvets trempent dans du thé à la menthe, les visages se mouchent dans les mains pour priser le tabac, le vent d'est qui s'entête à balancer le linge blanc sur les terrasses, le marbre des hammams miroite sous l'eau chaude coulant des étuves, les chemins vides puis en crue de la médina avancent en calligraphie arabe, la tièdeur s'endort au pied des murs où je trempe par moment mon calame pour continuer l'illusion de l'image par l'écriture. L'ombre et la lumière se relèvent et scintillent comme des oriflammes portés par des guerriers arabes sur leurs cheveux de guerres clamant au fort du combats la désaccoutumance du peuple à l'écrit.

Je me mêle à la foule, née d'une même blessure, vais et vient dans les profondeurs et par les entailles des demeures Tanger me sussure son histoire pour que je dispute sa mémoire à la mort.
Je sais, je n'aurais peut être pas la chance de croiser un concitoyen sépharade, la tête couverte d'une kippa embrassant la mezzouza de sa maison avant de s'embrancher comme moi dans les articulations de la cité. Un siècle ils sont restés, en un jour ils sont partis. Pourquoi?

Lové par les vents, je sors du ventre de la médina pour aller au toit de la falaise goûter au safran du soleil, fermer les yeux pour voir naître Tanger dans la blancheur des vagues qui viennent caresser l'âme de leur tourterelle et recouvrer sa virginité, puis rugir, le ressac plein d'écumes prêt à lacérer les corps de ceux qui ont osé barbouiller son rimmel

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 22:33

un homme regarde la mer. A quoi pourrait-il penser?
(ce texte a été primé par le site littéraire www.inlibroveritas.net)

Soudain, intermittence entre légèreté et pesanteur, dessaisissement et reprise, la nuit lâchait son étreinte. J’émergeais lentement de mon sommeil. Le drap, défraîchi par le langage nocturne et muet de mon corps, sentait encore l’odeur fade de l’absent qui revenait. Les plis du suaire se détachaient nonchalamment des chemins de la nuit qui s’éloignait maintenant vers le levant.

La lumière me délia sans rancune de ma compagne. Le corps titubant glissé dans mes pantoufles j’avançai avec une démarche d’apprenti vers la fenêtre. Le chuchotement à peine naissant de tout ce qui n’est pas moi, c'est-à-dire l’extérieur, le convenu, bref le non-moi m’arrivait avec la procession d’une chenille jusqu’au pavillon de mon oreille, Tanger se réveille.  

Les pensées s’amoncellent alors dans ma tête, le soleil m’accueille à son casting, mes yeux restent diaphanes à son sourire matinal, et la blancheur des nuages, comme des moutons accrochés au ciel, me rendent jaloux de cette couleur laiteuse jadis acquise à Tanger la blanche un espace d'où poètes, écrivains et peintres ont créées leurs matières. Maintenant, graffitis et semelles de chaussures, voilà ce que je trouve sur ces murs autrefois protecteur et composant de notre histoire, à présent demeure de quidam et d’esprits mercantiles.

Bon, malgré cela je prends mon café et je sors. Pour moi Tanger fait toujours ses vingt ans. Le temps aura certainement oublié quelques traces à glaner, un pli contre l’amnésie où je pourrais séjourner l’espace d’un moment pour lire à l’écriture blanche l’énigme de son histoire.

Mais quoi de mieux que d’aller marcher sur la plage. La matinée s’annonce lumineuse, flâner entre les grains de sable et l’écume des vagues est une activité qui donne une bonne dose de sérénité, elle me permet de me dénouer de mon passé et d’oublier tous mes arrangements avec le futur, le plus important dans ces instants c’est le présent: une neutralité psychologique à l’égard du temps. Alors au diable les perspectives architecturales qui vous imposent l’espace, le héros sociétal qui voudrait que vous soyez ailleurs et autrement. Non merci, dans ces grandes étendues j’apprends à chercher refuge au fond de moi-même et pour une fois c’est dans ma coupe que je vais déguster mon vin et non dans celle de mon voisin.

Malheureusement mon détachement n’allait pas survivre longtemps. Le clapotis des vagues murmurait le récit terrible des flots azurés : Nos enfants, amassés dans la rade comme un check point à Ramallah, se sont embarqués dans une chaloupe, une fosse commune, ils ont fait le saut dans le vide avant le vide de la mort, ils sont partis, ils ont choisi le mutisme de la violence au dialogue de la révolte, leurs yeux prospectaient la liberté sur les cimes des montagnes frontières, l’espoir glissait sous leur barque mais ils n’en savaient rien,  la mer d’huile chauffait en silence elle les attendait au milieu de cette étendue bleue désolée pour se déchaîner, créer des crêtes soufflées par la démence, un œdème maltraitant la Terre, une échelle pour s’essuyer les larmes dans le ciel gris puis, des creux plus profonds que la famine de l’Afrique les a jetés dans les crocs des vagues pour se délecter de leurs hystérie, de leur supplice, de leurs derniers soupirs de leurs séreuses pour enfin étouffer leurs rêves.

Je continuai à regarder la mer, elle était calme et moi démonté, je voulais renverser les événements mais je n’arrivais pas à comprendre. Pourquoi y a-t-il plus de murs que de ponts entre les peuples, quelle est l’intensité de ce désespoir qui poussait nos enfants à s’engager dans ces lames ? Je m’arrêtais de penser me résignant à l’idée qu’on ne peut être témoin que de sa propre subjectivité et pas de celle des autres. Quand je passe par ces sentiments contrastés, sérénités et violences, j’ai vite envie de retrouver la banalité des choses, l’ordinaire pensable. 

Mon impuissance face au récit des vagues fit obliquer mes yeux vers le sable et me suis rappelé A. ZRIKA qui disait «  Je ne voudrais pas être le monde mais le grain, la particule, singulière et distante du tumulte ». Dans ce tumulte qui commençait à s’apaiser en moi je me mis à chercher mon aiguille pour coudre en silence les mots qui transpiraient encore. Elle était là posée sur les grains pointée vers le sud, un bon présage, je resterai en Afrique, son chas accueillait les mots du nord,  je me mis donc à écrire de gauche à droite, du nord au sud. Sur la trame de mon errance mon âme se repaissait de l’étoffe que je brodais et, piquant de l’envers à l’endroit, le souvenir de ma jeunesse me revenait lorsque je m’amusais  à plaquer un coquillage sur mon oreille pour écouter le bruit de la mer, j’étais étonné alors de voir cette couleur bleue démesurée contenue dans un si petit coquillage. Mais maintenant je sais que le  coquillage est aussi contenu dans la mer.

Je n’étais pas pressé de partir, J’ai regardé encore une fois la mer qui miroitait sous le soleil puis je me suis penché et pris une poignée de sable, je la sentais rêche comme une coiffure noire. Au loin, des silhouettes en forme de kakemono noir accrochés aux vents, ondulaient sous une  vapeur chaude, brusquement une colère inattendue m'envahit, j’en avais assez de voir les choses s’agencer pour donner un sens à mon regard, un décor préétabli, un monde en Ikea, j’avais besoin du vide de la vacuité et une fois empli de sens je me mettrai en quête et sans relâche du vide et de la vacuité, je voudrai atteindre là-bas cette neige vierge d’une blancheur éclatante qu’aucune créature n’a encore foulé, je résiderai à huis clos s’il le faut mais je n’irai pas en enfer, je me jetterai sur le sable pour cacher mon ombre humide de son soleil, je supplierai pour que l’air devienne bleu, le ciel incolore, la mer une houle en vagues de sable et la plage dorée une pituite jaune crachée par les hommes en quête de sens.

Le soleil me regardait avec sa lumière jaune implacable, mes pensées ne l’ont guère atteint, il était là avec son insolente majesté, au fait je ne l’intéressais pas il était épris par l’ouvrage d’un petit insecte des sables, par un chien qui s’ébrouait. Bien que mon existence s’apparente à ces individus, il semblait que rien ne lui donnait prise pour former une critique à mon égard, sa fierté totémique le lui interdisait.

Je sais maintenant pourquoi il feint l’indifférence, j’ai choisi de vivre, d’accepter ma contingence, d’involuer comme ça m’enchante, c’est vrai ça me rend arrogant et impétueux mais lui avec son étoile jaune à six pointes ne tentait-il pas de m’humilier ? Soudain un grand coton blanc s’interposa entre nous.

Alors mortifié par cet évènement inattendu il me cria depuis les cieux : « Exister devrait te suffire, pourquoi donc aller chercher le sens de l’existence puisque à chaque fois tu seras condamné à le perdre ! » et moi de répondre : «  mon existence si elle est conclue d’avance elle ne le sera jamais pour mon espèce » puis j’ai lâché prise. Il était temps de partir.

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 18:14

Les mots appellent les choses, la chose n’est pas le mot, mais en chaque mot il y a des choses.

La nuit est une chose, un fait qui s’impose à nous, il faut simplement ouvrir les yeux pour voir la nuit, un passif regard, une main courante qui nous sépare du vide, reconduit notre attitude naturelle, une réplique type sans variante de l’être,  irréversiblement acquise, qui conforte nos familières sensations…………Si le temps nous respirait il aurait fatalement changé d’air…… car nous demeurons dans un porte document moisi  rempli d’image et de sémaphores…… ou peut être nous sommes à l’arrêt dans une station perdue dans le vaste néant de la nuit, le visage plaqué contre les glandes mammaires, les lèvres déchiquetées par l’usage suçant le lait crasseux d’une roturière habitude jusqu’à ce que l’aigreur d’une pensée  rapace grimpe aux frontières buccales pour cracher dans un cul de sac les phonèmes et vomir la langue. Il faut alors vivre la mort pour en échapper, « Alors j’ai mis ma peau sur la table, parce que, n’oubliez pas une chose, c’est que la grande inspiratrice, c’est la mort. Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien. Il faut payer ! » Dixit LF Céline.

Un homme passe, peau noire d’ébène, yeux blancs de craie,  il me dit des mots absents, je prends leur formes, je les mets en forme, je les éloigne de l’oreiller, des alluvions, ils entendent l’éboulement des pierres, les mots fluides polissent les pierres pour ne pas cabosser les jambes grêles du NordAfr décolonisé qui cherche encore sa marâtre, pousse les brouettes dans les chantiers, les caddys dans les codes barres pleins de mots égaux débordant de pitance glissant dans des parures différente……  キペディア, התגבשה متعدد اللغات…..le soir , la nuit est déjà dans les mots, le gîte est sans plume pour réchauffer l’haleine froide, le vent glacial incolore et  aveugle passe sous les interstices des portes pour raconter le monde, une larme vient sur la joue. 

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Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
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Peut-être un jour

Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?
Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
Porsche 356 1300 coupé 1951
Porsche 356 A 1500 GT Carrera 1958
Porsche 356 châssis 356.001
Porsche Carrera 911



 
 

  

 

des mots en image

D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

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