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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 17:52

L’oppression de la langue, quand elle ne vous appartient pas mais que vous avez choisi d’écrire avec, devient comme un rempart difficile à enjamber, elle vous refuse l’imaginaire, vous rappelle votre suffisance identitaire qui cloisonne chaque jour le local où vit le Monde, attise les flammes du cœur, entérine les souffrances. Dans ces situations, je me dis souvent, il faut que j’écrive un récit, un poème, pour montrer à cette langue que je ne suis plus son esclave.

Comme un enfant je dépose alors une goutte d’eau sur une graine de maïs, le ciel regarde les nuages et les nuages me regardent, le vent emporte ma graine et quand le temps aura suffisamment crayonné sur mon corps, je reviendrai voir mon champ de maïs. J'aurai peut être alors le courage de franchir les remparts, et de passer finalement du clos à l'ouvert.

Mais mon cœur ne peut attendre. Il s’éveille, il fait encore nuit dans les mots, la langue, ma compagne, n’est pas encore là, c’est une sultane infidèle, elle découche et traverse des contrées bien lointaines. Quand elle revient elle me dit avec son haleine parfumée :

« Avant de me prendre dans les dédales de tes joies étranges, apprends-moi ta langue »

Et moi je lui réponds, avec la hantise de la perdre et le plaisir vital de me repaître de son corps :

« Je ne connais que la tienne ».


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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 22:27

VB

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Je n'ai pas envie de penser de mettre de l'ordre dans mes pensées. J'écris c'est tout!

La pensée erre et fabule, va jusqu'à la margelle des puits se penche et regarde, puis rattrapée par la perception du présent elle recule.

Quels choix s'offrent à elle quand le présent s'inspire de son passé? La terre plein d'argile craquellant sous ses pieds, ou le reflet de son image au fond de l'abîme?

Les stèles des trépassés sur lesquels elle trébuche lui donnent la seule certitude qui lui fait perdre tous ses espoirs.

Le doute n'est-il pas sa meilleure assurance pour l'éclairer sur le chemin du non sens?

Des mots jetés à la volée comme les graines sur un champ doré donnant le meilleur blé.

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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 08:16

les-trois-cultes2.jpg

 Les lèvres trempées dans un breuvage interdit, j’écoutais patiemment un ami. Il avait la mine longue sans pour autant être triste. Il était mon vis-à-vis sur cette table de restaurant, son visage détaché avait les traits d’un voyageur qui n’a jamais ouvert sa valise, une vague qu’on attendait mais qui ne venait jamais. Pourtant ses mots racontaient la tolérance cultuelle dont se prévalait notre citée, l’expérience vécu par ses citoyens dans un espace qui ne s’agençait pas en voisinage duel : musulman-chrétien, musulman-juif ou juif-chrétien. Nous étions une seule famille comme trois bûches allumant le feu sous un même chaudron, loin des oppositions actuelles, des couleurs contrastées, des constructions mentales fictives et hachées qui ont finalement aboutis à éveiller la méfiance et la peur de l’autre. Et, pour bien m’arrimer à ses pensées, il m’invita à prendre un itinéraire, d'abord une avenue dans notre ville, Sidi Bouabid, puis celle de Siaghine en passant par la place du 9 Avril et finalement rue de la Synagogue. Le long de ces chemins, continuait-il, je pouvais voir les édifices de chacun de ces cultes comme les vestiges d’une amitié qui était peut-être perdue et que la sottise humaine a eu la blessante préférence de disjoindre les gens que de les distinguer.

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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 21:30
Porte-Sidi-Ali-Ben-Hamdouche2-copie-9.jpg 

Ce jour là c’était un vendredi. Les empreintes d’une mémoire jadis en argile fraîche balbutiaient encore sur mes lèvres les moments de vie à la médina. Mes yeux emplis sans le vouloir du visible ordinaire, devenaient soudain perméables à la beauté de ces lieux. L’humidité des sentiers passait au travers de mes souliers pour alléger mes pas, mon regard était fixé sur ces murs fatigués par tant d’histoire et sur ces maisons tellement proches l’une de l’autre que le soleil a finit par les répudiées.   

 

Mais il était un peu tard, le muezzin annonçait déjà la prière du crépuscule et Tanger s’apprêtait à nous dévoiler ses yeux de jais. Les ruelles n’étaient pas encore silencieuses et la lumière somnolente des réverbères à peine éclairait les hommes et femmes qui s’affairaient à leurs derniers besoins quotidiens.

 

Je m’apprêtais moi aussi à prendre congé de la médina et m’étais engager dans la rue Gzenaya lorsque une musique cadencé et ancestrale m’attira vers l’alcôve des chants. Je me suis approché alors d’un pas léger vers cette porte déjà ouverte ornée de gros clous et d’un heurtoir en anneau de fer, elle était d’un vert éclatant qui cachait mal les fêlures du temps et la vermoulure du bois. Quelques femmes et enfants sérés comme une botte de foin regardaient à l’intérieur de ce qui semblait être un grand patio, où mon attention flottait déjà creusant l’espace pour m’imprégner de l’ambiance des lieux. Ma curiosité de savoir ce que c’était cet endroit fût rapidement assouvie par l’un des rares hommes qui s’y trouvait : j’étais au seuil de la confrérie des hmadchas, une zaouïa dans notre langage courant où les adeptes se prêtent à des animations mystico-religieuse, pratiquent l’ascèse individuelle en chantant des psalmodies selon l’enseignement  du fondateur de la confrérie Sidi Ali Ben Hamdouche. Un saint homme qui vécu au 17ème siècle sous le règne du souverain marocain Moulay Ismail.

 

Le dialecte étrange de la musique et l’odeur chaude de l’encens qui habillait l’atmosphère donnaient la mesure à mes pensées et m’appelaient à tremper dans l’ambiance comme un morceau de pain blanc qui tombe dans un  ragoût. J’ai décidé alors de franchir le seuil pour communier avec ce rituel. Pendant que je descendais les marches d’escaliers, le bruit des ruelles se distançait de moi comme le sifflement d’un train qui s’éloignait, la tiédeur du dedans se substituait doucement à l’air frais du dehors. Puis la dernière marche fût comme le cliquettement d’une clé dans une serrure, J’étais pris dans les remparts d’un temps lointain qui s’apprêtait à disposer de mon devenir, pour y produire le  vécu d’une graine des champs emportée par le vent.

 

Intimidé par ce lieu inhabituel je me mis à traverser, les pieds déchaussés et un peu perdu,  cette natte usée parsemer de femmes voilées.

 

Une place clémente accueillit mon corps affaissé par la densité de l’air, où mon épaule fût à peine éloignée d’un joueur de hautbois assis en tailleur sur une peau de mouton. En musicien averti, il portait déjà à ses lèvres lourdes la languette en roseau de son instrument pour l’humidifier de sa salive et créer de temps à autre, au passage de son souffle, une vibration claire et nasillarde. Ses amis compositeurs chauffaient patiemment sur un brasero la peau d’animal de leurs petits et grands tambourin. Ensemble ils attendaient sous le regard assoupi des visiteurs le signe du maître de cérémonie. L’homme n’avait pas un visage neutre, il était habillé d’une djellaba blanche à rayures jaune, un jaune lunaire qui a éclairé le chemin de ceux qui sont venus jusqu’à la zaouïa, un sentier plein de tourment et de passions perdus. Il embrasait une poignée d’herbe morte et mystérieuse dans son kanoun dont le crépitement prémonitoire annonçait pour bientôt le déchaînement des corps enclavés par l’émotion et la peine.

 

A travers la multitude des présents, des femmes en procession allumaient une bougie puis, mêlant de multiples syllabes aux arômes mystiques de l’air, la déposait au milieu d’une alcôve. Leurs silhouettes s’entrecroisaient sur les murs dont les couleurs arabesques s’efforçaient en vain à éveiller les regards voilés par l’arbitraire et que la raison allait bientôt quitter. D’autres femmes, le visage défait par une épreuve récente de la vie, empoignaient les pates d’une volaille aux plumages noirs, une couleur inconsciente appartenant à l’autre côté du monde plein de pouvoir et d’inconnu.  Elles attendaient la levée d’une tenture  pour entrer dans une pièce où la vie ne revient pas aux offrandes.

 

 A peine avais-je commencé à chercher dans les regards un visage avenant, qu’un roulement de tambourin chauffé par le son nasillard du hautbois fendit le silence comme un éclair lézardant  le ciel. Le claquement sec des doigts sur la peau des tambourins et le souffle des musiciens me rappela avec étrangeté le flanc des montagnes du Rif, les sentiers tracés par le passage des hommes et des muletiers, les couleurs cendrées des eucalyptus, les hivers sans tendresses attisés par les vents. Quand la musique devint plus rythmée, ses vibrations commencèrent à se blottir contre le torse des présents. En tête de bélier elles voulaient faire céder cette étrange forteresse qui gardait les âmes crédules, s’efforçaient à enjamber les esprits pour prendre possession de leurs substances, palpaient les personnes émues dépositaire de leurs mélodie pour déloger, avec un pouvoir enivrant, des recoins cachés et sombres de leurs corps, les djinns qui les auraient peut être habités. Soudain, prise de convulsions spasmodique, une femme poussa un cri strident, d’autres furent arrachés de leurs séant pour aller encensé leur corps au milieu de la zaouïa, leurs cheveux d'ébène prenaient de plus en plus de volume et voltigeaient dans les airs. La mort vécue dans l’âme elles ondulaient  dans l’espace exprimant leur désir triste et sombre de chasser les injures de la vie. Les plus éveillées d’entre elles pénétrèrent dans le plateau pour les aidés à se ressaisir mettant au dessus de leurs hanches des ceintures en tissu blanc. Pendant ce temps, le maître de cérémonie, en connivence avec ses acolytes musiciens, les sens ouverts aux milles frémissements, engageait un périple étudié, son geste était sensuel, son mouvement coloré, et ses paroles incantatoires  bien mesurées. Un lègue de plusieurs années d’expériences qui donne aux partisans de la confrérie l’illusion qu’ils allaient bientôt échappé aux revers des temps.

 

Quand la musique s’arrêtât brusquement, les femmes s’écroulèrent comme si le sang avait gelé  dans leurs veines. Puis, à leurs côtés, les plus proches ce sont agenouillés  pour raffiner leur souffrance et leur malheur.

 


Epilogue

 

Moi  j’étais là, j’observais. Les sensations que j’ai éprouvé alors n’étaient pas angoissante ni assurément agréables et bien que je n’aie aucune notion des principes fondateurs de cette confrérie, je sentais autour de moi un pouvoir dont l’essence était plus étendue que son enseignement et qui disposait les croyants, confinés dans l’ignorance et l’égarement, à transcender leur religion véritable.

Je me suis senti aussi comme cet étranger qui venait d’ailleurs, celui dont l’origine n’était pas si sûre et qui regardait avec tolérance cet événement comme une curiosité culturelle.

Je me demandais quel rapport avais-je avec ces gens alors que nous étions en commun un grand peuple. Je ne crois peut être pas à ce genre de manifestation qui caractérise une frange de notre société mais je me demande, bien que l’abord soit différent, si leurs attitude n’est pas aussi semblable par exemple à celle de ce banquier qui, à côté de sa rigueur et son approche méthodique, consulte en temps de repos son horoscope. Il m’est donc bien évident de dire que chacun de nous croit bien à quelque chose et si par distinction nous cherchons à être dissemblable nous ne pouvons nous empêcher de croire à nos pensées. Y-a-t-il donc plusieurs formes que peut prendre la croyance ? Oui certainement et la mienne n’a jamais dépassé en tous cas la certitude sensible, elle ne tient pas son origine d’une vérité révélée par les textes ni d’un engagement envers une quelconque doctrine, ma croyance vient  d’opinions flottantes et mal assurées qui s’érigent au fur et à mesure de l’expérience en conviction fondée.

 

A chacun sa propre Zaouïa.

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19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 18:50
Je me suis vêtu de plusieurs parures en espérant que le destin ne me reconnîtrait pas. Mais la vie me lorgnait et je feignais ne pas la voir. Elle avancait avec une élégance troublante vers le "Pas de Tir" comme la crête d'une vague calme qui échouera bientôt sur le rivage.

Je continuais à ignorer ce mouvement de vie qui cherchait à m'enlacer, à me rabattre sur le chemin de mon unicité, soudain je me suis arrêté, mon ombre était si lourde de déguisement qu'elle m'enchaînait, mon âme blessé par les masques que je lui mettais, mon coeur brisé par le manque d'émotion que lui accordais.

J'ai compris brusquement comme un éclair qui vous foudroie que j'abîmais mon chemin vers la liberté en tentant de m'approprier le monde des autres, d'accepter la vérité collective au mépris de ma nature profonde, je flottais au gré des vents dans un système préétablie où le désir de dissimilitude n'avait pas droit au chapire.

Secoué par ce séisme une voix intérieure me dit "De ton âme jaillira la lumière qui révélera à ton coeur la vérité".

C'est ainsi donc que je me suis arrêté et fait face au destin et dit:

Mme la vie je te salue

Alors avec un signe de déférence, elle a décoché sa flèche à mon égard et, en un moment furtif, mon corps fût imprégné d'une certitude mystique me débarrassant de ce que je croyais connaître de moi-même, ouvrant la porte de ma conscience à mes côtés sombres, acceptant le contenu de mes différences, jettant un nouvel ordre dans mon regard et mon existence.

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23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 22:22

J'ai vu la parade de la vie.

Elle a affiché le grand luxe de sa cruauté.

Elle a marché l'air hautain défiant avec insolence ma douleur affichée.

Jeune, elle m'avait déja marqué comme L'Homme qui en savait trop.

Son haleine qui ne se reprend pas de son sourire cruel se plaîsant à verser les larmes sur mes joues, enflées comme les seins de ma mère,  a adoucit cependant mes blessures et m'a apprit le script de la métamorphose de la peine en humour.

Sans souffrance aurais je pu embellir cette disposition naturelle à convertir les tourments de l'insolite, l'étonnement anxieux, à prévoir le départ du coup de feu, à transformer l'événement douloureux en humour comme victoire contre les épreuves de la vie?

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21 mai 2007 1 21 /05 /mai /2007 07:15
Je crois que vivre est un sort tragique pour chacun de nous lorsque notre parcours ici bas est auréolé de trop de commencement qui infusent attachement passion et imprudence et peu de conclusion lesquelles, je l'espère, nous consentirons peut-être le bonheur d'anoblir notre âme si ordinaire.

Chaque jour quand je me lève, je suis comme cet arbre qui étend ses branches pour recevoir la douceur de la lumière guettant par delà les hauteurs l'arrivée certaine des nuages qui ombragerons mes rêves les plus chers et mes élans les plus sincères.

Le soir éprouvé par le lot quotidien de joie et de contrariété, mes pensées informulées et secouées par un corps fragile, tombent comme des branches mortes au pied de mes racines enfoncées dans une terre noir et humide et loin du supérficiel.

Mes pensées commencent alors à respirer profondement cette odeur de mucus imprégnée d'arômes floral qui unie petit à petit les fraguements de mon esprit perdu et le libère des événements de la journée diaprées par la critique et le manque de beauté. Alors, comme un marin qui vient de mettre pied sur la terre ferme, enflammé par l'amour, le vin et les mystères de la nuit, mes pensées, apaisées et heureuses d'avoir retrouver leur auteur, s'accrochent aux lianes tréssées par l'espoir et la lumière dorée du soleil qui se lève et coule sur le flanc des montagnes  puis grimpent de nouveau au sommet de l'arbre attendant paisiblement la venue du prochain jour.

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14 avril 2007 6 14 /04 /avril /2007 19:40


Je marche sur la cinquantaine, mes yeux regardent déjà la terre qui commence à se lézarder sous mes pieds aussi bien que les fêlures de mon coeur. Mais je n'ai pas heureusement ce sentiment de déception, car je continue à aimer la vie.

Si mes quarantes six glaçons ont coulés c'est dans la joie de l'ambiance et des meilleurs breuvages qu'ils l'ont fait.

Si mon fromage a fondu, c'est dans la chaleur de mes rapports avec tous les êtres que j'ai côtoyés et les choses que j'ai aimé

Si la lumière se voile peu à peu, c'est pour mieux rêver et donner plus d'attrait à mes futurs projets.

Si je réalise avec gaieté l'incurie de mes rides, c'est parce que j'intériorise mieux et avec subtilité les évènements de la vie, j'examine avec plus de calme les idées nocturnes empréssées à s'acharner sur mes sens rêveurs d'aventures fugaces.

Parfois en revanche, j'ai comme le sentiment d'avoir passer ma vie dans une salle d'attente, l'air absent et inconnu parmi les présents, une tête en résidu dans un corps fuyant.

Roulé donc j'ai été, comme les feuilles de mes cigares, qui m'ont procuré cependant suffisament de plaisir pour mettre des croches pieds et faire perdre l'enthousiasme à mes démons persécuteur.

D'aucuns diront que je suis bien bizarre, comme cet homme qui paie une stripteaseuse pour se rhabiller ou vend des souliers à des cireurs de chaussures, oui et pourquoi pas en fin de compte si mon aspect qui, au gré de mes écrits, échappant à l'entendement de quelques uns,  veille sur mon plaisir et ma satisfaction!

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15 janvier 2007 1 15 /01 /janvier /2007 17:10

Il est beaucoup plus facile de parler des autres, de raconter leurs parcours, mais quand il s'agit de soi-même, ça devient difficile, très difficile, car on est beaucoup plus appelé à s'exprimer sur nos émotions passées, des moments de vies perdues dans notre memoire ramenés par les souvenirs tel un galet jeté par les vagues.

Rue Zaitouna, ansi s'appelle la rue où j'habitais. Mon père avait été affecté en qualité de directeur dans un collège à la nouvelle ville, et en attendant de s'y établir, on a partagé pendant trois belles années la demeure de ses parents, mes grands parents, et bien sûr la mitoyenneté de nos voisins et l'entourage de la médina.

Notre quartier Dar Barroud, ancienne forteresse anglaise, avait cette atmosphère vivante et parfois molle à cause de l'humidité régnante, soufflée par le vent de mer qui alourdissait nos paupières et détendait nos mouvements. Les mouettes rieuses habillées de leurs plumages nuptiales flottaient inlassablement dans les airs, et les cornes de brume des bateaux nous rappelaient la proximité de la mer.

Les matins, j'esseyais de me lever tôt pour mettre la carafe de lait au seuil de notre maison et attendre le passage des chèvres pour tirer le lait de leurs mamelles. Les chèvres descendaient mais ne remontaient jamais. Les pauvres habitent toujours en bas.

Quand je m'oubliais au lit, des mains à la peau écaillée, nervurée par le temps, plissées comme un drap défait, venaient scruter mon matelas pendant mon sommeil, pour s'assurer si aucune eau chaude ne m'a réchauffée la nuit. L'échappée n'étant pas toujours certaine, les doigts osseux me pinçaient alors jusqu'à faire trébucher mes rêves.

Avant de filer à l'école, ma grande mère, pour se réconcilier avec moi après un réveil agité, me donnait un peu de pois chiche cuit à la vapeur au sel et au cumin.
Mais....dieu.....qu'est-ce que je pouvais détester cette femme, elle avait les lèvres charnues à vous laissé une écume de salive sur la joue quand elle vous embrassait, elle pestait sans se lasser contre mon grand père, lui qui avait le coeur tendre et prenait la vie comme elle venait, et quand il s'agissait de ma mère, épouse répudiée par mon père, sa langue devenait alors fourchue et sa bouche commençait à cracher allègrement son venin.

Notre maison à la médina avait un aspect andalous, les pièces de réez de chaussée et du premier étage s'ordonnaient autour d'un patio bordé par du fer forgé noir qui, avec la mosaïque marron et vert du carrelage terni par le temps, ressemblait à du fard noirâtre sur les yeux d'une femme qui vous exprimait un amour simple et sincère.

Le dévouement de mon grand père à sa famille, à son travail et la résignation de ma grand-mère à sa condition de femme au foyer, enracinaient encore et toujours un peu plus profondément ce sentiment d'immuabilité dans le temps, je les voyais réaliser chaque jour les mêmes fragements de gestes successifs, accomplis comme une promesse, pour s'acquitter de leur prières, remonter d'un mouvement de poigné l'horloge murale, bluter la farine, pétrir le pain, astiquer les théières d'argent et fourbir les plateaux et les lampes en cuivre.

Mon grand père partageait assidûment mon chemin vers l'école. Il s'habillait de son traditionnel Jabador blanc, symbole d'appartenance à sa communauté, de son couvre chef en laine rouge cerise puis sa chaussure belgha qui n'a jamais cédée à une citadine et bien sûr sa jellabah grise et sa meilleure compagne une canne en cèdre. Qu'est-ce que j'aimais cet homme! il ma appris l'ambition de chercher à rester simple et modeste, sa propreté physique et morale a éclatée la blancheur de son linceul.

Notre chemin attirait sans cesse mon attention, on y sentait l'odeur des fêves et celle des faillots, des plats rustiques qui me rassasiaient. Les rues étaient sinueuses et irrégulières, les maisons se touchaient puis se séparaient faisant succéder l'ombre et la lumière qui se remplaçaient jusqu'à la place Dar Barroud.

Le quartier abritait des personnages distincts qui nuançaient l'ordre social et donnait de l'importance et de la densité à notre communauté.
Tourya la voyante, habitait à l'embouchure de la rue où elle offrait ses présages aux femmes en mal d'amours, ses recettes pour déjouer le mauvais oeil, pour briser le cadenas des filles recemment mariées et difficiles à dépuceler ou les maris qui n'arrivaient plus à le remuer. L'épicier Hamou, le fkih de l'école coranique et enfin le maître du four traditionnel qui jouissait du respect du voisinage car c'est en ce lieu que le pain du pauvre côtoyait paisiblement celui du riche.

Le café Makina n'était pas loin de chez nous, on sentait de loin l'odeur du kif et du thé à la menthe. Un verre contenait assez pour oublier le désoeuvrement ou peut être le désespoir. Les adultes nous disaient toujours "Les enfants! n'ayez pas la mésaventure d'entrer dans ce maudit café, c'est un lieu où on abuse de la chair tendre..." tous les autres mots intérdit restaient suspendues à leurs lèvres.

Non, je n'ai pas oublié les vendeuses de charmes qui habittaient sur le prolongement de la rue Zaitouna en pente vers la place Amrah. Elles attendaient les passants en mauvaises pente pour éclater la bulle de leur chewin-gum signifiant ainsi leurs libérté passagère.

Place Amrah était le passage obligé de tout un chacun de nous qui désirait accéder aux quatres portes deTanger, Bab Haha, Bab Bhar, Bab Assa et Bab Casbah. Cette place était bien connue par la somptueuse demeure Sidi Hosni de la richissime Barbara Hutton que les médias ont surnommés plus tard la pauvre petite fille riche.

Un jour, en compagnie de mon père, on a emprunté ce chemin grêle, mes soeurs étaient habillées en manteau rouge écarlate achetés par ma mère lors de son voyage en Angleterre.

Moi, je suis absent et pourtant j'étais là, je refuse d'avouer ma présence, la culpabilité est insupportable. J'en voulais à mes soeurs car elle riaient, je les sentaient complices de ce qui allait peut être se passer, j'observait mon père, je ne pouvais pas l'arrêter, j'écoutais ce silence pesant qui le hantait, il craignait une rencontre, chaque battement de son coeur raclait la noirceur déposée par l'amertume d'un temps passé encore isolé dans ma mémoire d'enfant, mon corps était  témoin de sa soufrance mais il demeurait muet, les maux qui rongent n'ont pas encore trouver leurs mots, et quand le verbe m'est venu aux lèvres je ne connaissais pas encore la chanson de Barbara Mon enfance qui disait "Il ne faut jamais revenir au temps caché des souvenirs...ceux de l'enfance vous déchirent"
Le corps de mon père s'éloignait peu à peu de sa peau, son affection pour nous s'amoindrissait à mesure qu'on avançait, il avait besoin de toute son animalité pour faire face à cette apparence qui allait soudain déchirer la nuit.
 
La densité de la nuit transfigurait nos ombres, étranglait la lumière des réverbères accrochés sur des murs en décomposition, et s'emparait avec une délicatesse ténébreuse de mon malaise. Dans ces moments, la nuance, la distance de l'ambiance n'existent pas seul le heurt est roi. Brusquement il s'arrêta, la scène est irréelle, le silence est absolue, son flanc gauche s'écartait lentement de derrière le mur pour voir comme d'une lucare........personne........ma mère n'était pas là........sa mère a déja fait la sale besogne.

Ce sont des évènements semblables qui ont transformés ma relation à mon père, elle s'est vêtue d'une parrure de peau écorchée. Lui, était devenu pour moi un morceau de viande qui s'est mis entre les cuisses de ma mère, et moi faute d'avoir mal cacher mes pensées, j'ai perdu son estime. J'écris donc ces traces de vies à l'encre noirci par l'expérience de la vie, bleutée par l'amour à ma nourricière.

Les ruelles sont étroites et ondulantes, l'absence de l'effet de perspective libère le regard pour être saisie de ces mûrs rugueux paints à la chaux colorée et incrustés dans leur masse de bois ouvré faisant usage de porte. Des portes massives, obéissantes à leurs maîtres et indifférentes aux étrangers, parfois ornées d'enclumes et d'un lourd heurtoire en forme d'un anneau placé au milieu.
L'ornement et l'aspect des portes déclinait souvent le niveau sociale des propriétaires des lieux.

Les profondeurs de la médina m'ont appelés pour plonger dans mes souvenirs, pour écouter l'écho de la vie trépidante d'antant, pour enlever le pansement de ma bessure qui n'avait pas guérie.

Je reviens sur les pas de mon père quand il rentrait le soir le coeur palpitant de bonheur de nous revoir.
Je reviens sur les pas de ma mère quand elle venait supplier de la laisser voir ses enfants.

J'avais peur de changer. Mais maintenant la médina reconnaîtra l'enfant qu'elle a consolé.

Je reviendrais......

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9 janvier 2007 2 09 /01 /janvier /2007 15:36

Bon avant de prendre pied sur un sujet qui fait vivoter mon coeur, je dois d'abord mettre un peu de vernis, vous en conviendrez je suis sûr.
Bon cela étant fait, voilà ce que j'ai envie de vous dire:

Je suis aimé,
Je ne suis pas obligé,
Je suis occupé,
Je suis un homme,
Je suis heureux et parfois.....
Je suis triste,
Je suis jeune,
Je ne suis pas narcissique mais....
Je suis ce que....
Je suis,
Je suis blanc,
Je suis ma voie et.....toi la tienne,
Je suis ici et.....toi là-bas,
Je ne suis rien quand.....
je suis seul,
Je suis parce que.....mon expérience dans l'existence me dit que....tu es,
Je suis souffrant car.....au plus profond de moi-même, je sais que......,
Je ne suis pas celui que je pense être,
Je suis donc representatif de quelque chose qui prend essence dans.....son enchevêtrement avec l'existence des autres,

Attendez, ça se corse un peu. Je prend un cigare, au moins lui il ne va pas se déguiser. Où est ma guillotine, ah! la voilà, je le décapite comme ça il ne pensera pas, j'allume son pied pour qu'il donne ce qu'il a dans la tripe.

je disais, ah, oui,

Je ne suis pas libre, ma vie est amarrée à une seule et unique illusion: Je suis ceci, je suis cela.

A suivre............



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Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
.....................................................................................................................

Recherche

Peut-être un jour

Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?
Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
Porsche 356 1300 coupé 1951
Porsche 356 A 1500 GT Carrera 1958
Porsche 356 châssis 356.001
Porsche Carrera 911



 
 

  

 

des mots en image

D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

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