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4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 07:30

Grenier fortifié à Amtoudi

En ce début d’après midi l’air était frais. Les peupliers plantés en alignement sur les trottoirs, ordonnaient tout le long de l’avenue le regard des passants. Traversé nettement par la lumière, la clarté de l’arbre offrait un abri moins sûr pour les moineaux et les mésanges qui allaient, de leurs battements d’ailes, vers des ramifications plus denses. Le bruissement doux des branches et la jeunesse des  feuilles au vert calme, fournissait une légèreté au vent qui venait caresser les visages des passants mal éveillés de leurs supplices existentiel, arborant chacun un regard ressemblant à une pancarte hissée sur un territoire privé. Inapparente multitude, masse aqueuse insaisissable, échangeant une complexe mémoire pour de simples sensations, badauds, promeneurs, marcheurs, allant vers des attentes bariolées, incertaines, un étang en dérive, une ferme de culture simiesque, sauvage, corps habités par les grandes surfaces traversés par les carrefours de la civilisation où les sémaphores frissonnent, tremblent de leurs hauteurs pour agréer la prise et blâmer le don, quête unique et credo du citoyen moderne. C’est un lot d’âme foulant la terre, inscrit uniquement dans le registre des trottoirs des cafés et des bars. La myopie des semelles aveuglées par la poussière a déjà fait oublier le chemin des bibliothèques, seul leurs mitoyenneté avec des dieux étranges les incitent à troquer leurs chaussures contre des mots évidés, ampoulés qui ne leurs servent à rien sauf à maquiller leur piètre figure, la rendre, au sortir de leurs temples, encore plus pâle, plus lugubre parfois même imprudente, téméraire, certain sont toutefois guai, heureux d'avoir pour un temps, le temps d'une semaine calmer leurs culpabilités et trouver dans la science religieuse un nouvel ersatz, de nouvelles excuses. Mais n'est-il pas vrai que l'omniscience des guides religieux est faite de l’ignorance de leurs fidèles.

Seule la ville de Tanger brûle d’aimer, un amour fou car Tanger convie sans réclamer, Tanger brille de ses dédales plein d’histoires, éclat d’héritage millénaire habillé d’effluve de menthe, d’absinthe, soyeuses ascensions d’un fumet de chanvre. La ville demeure ceinte, calfeutrée dans sa virginité imémorielle malgré les assauts des siècles et des peuples n'ayant pour moitié que le vent d'est qui chante ses ardeurs par le ressac des mers.

Mikael, le ramasseur, était davantage sensible à cette ambiance urbaine compassée, maintenant qu’il était affaibli par les événements de la journée. Observant les pigeons qui venaient au sol chercher leurs nourritures puis prenaient leurs essors pour aller ailleurs sans souffrir de quoi que ce soit, ni de questionnement ni de ce qui pourrait leurs arriver, le plongeait dans une réflexion surnaturelle de laquelle aucune réponse n’en pouvait s’extirper sans qu’il ne ressente la bizarre misanthropie du créateur.

Tout être vivant ici bas restitue à la mère nature de la manière la plus parfaite, la plus naturelle ce qu’il a reçu d’elle. il voyait les tourterelles comme le fruit d’une expression mémorielle dénoyautée de tout ce qui pourrait ébranler la certitude de ce qu’ils sont, rien ne pourrait leurs arriver qui ne soit déjà en eux,  alors que moi, se disait-il se sentant étriqué, son âme flottante dans un corps en forme de morceaux d’anatomie mal cousue, je suis forcé d’être libre, de craindre d’espérer et surtout de réfléchir avant de faire quoi que ce soit pour simplement être, rendre à la création ce qu’elle m’a légué dans sa pureté la plus totale la plus spontanée, la plus naïve, comme si dans cet acte, cet effort quotidien de calculer, peser, remâcher, gamberger, il m’était possible de briller, de faire mieux que le créateur seulement en cogitant. Ah non! Non ! Quelle arrogance, prométhéen moi, jamais ! Je troquerais volontiers les feux et les arts contre une simple vie d’un insecte des champs.

Il était conscient de son impuissance à communier avec le monde, sa canne  invisible faisait encore de lui un marcheur dans la brume. 

Chacun allait de son propre intérêt ici-bas, pensait-il, nul n’accède à l’âge adulte par la Compréhension, la charité et l’accueil de son semblable, on y arrive uniquement par l’appropriation, l’individualité, la personnalisation, la séparation, la mise en valeur agressive pour la distinction, tais-toi tu n’es bon à rien, range moi ce clapet pour que je ne l’entende plus !

Tout est privé tout est particulier rien n’est partagé.

A suivre Episode III

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Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
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Peut-être un jour

Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?
Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
Porsche 356 1300 coupé 1951
Porsche 356 A 1500 GT Carrera 1958
Porsche 356 châssis 356.001
Porsche Carrera 911



 
 

  

 

des mots en image

D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

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