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25 avril 2022 1 25 /04 /avril /2022 15:00

Café de Paris, place de France, Tanger


Ma voie dans l'écrit me conduit à Tanger,  ma ville, mais je ne suis pas encore sûr, car parfois j'ai mal quand j'arbore cette parure de citadin domestiqué en arabe musulman, arpentant les rues de la médina les mains balans, le pas muet, le cœur gercé par l'oubli, peinant à croire à la mosaïque de l'instant, refusant d'accepter que l'autre est déjà en moi, insensible à la mouvance combien vaste de mes identités.

J'aurais peut être mieux fait de rester chez moi, repoussant toute expérience qui aurait la velléité de me mêler, de me décentrer loin de ma zone de confort où calmement je proclamerai "Moi-Je...Moi-Je...Moi-Je" jusqu'à ce que les espaces antérieurement ouvert et accueillant deviennent grave et inquiétant, le regard fripé, les coins sombres murmurant de leur folies mourantes "Majnoun Tanja...Majnoun Tanja".

Majnoun, oui Majnoun, cet homme sans mémoire encore en chair, les yeux en berne cachés par le capuchon de son bzou, la peau terreuse et grave, écaillée par les épreuves du temps, le regard rapiécé par les non dits, par les représailles des silences scélérats qui empoisonnent le corps, debout dans un jardin de pierres brisées par les sabots ferrés des colonisateurs, suppliant les sentinelles de le laisser traverser les remparts pour aller chercher sa fille égarée, accusée d'avoir découcher. Mais accuse-t-on une rivière en crue d'être sortie de son lit pour aller perler dans les entrailles de sa mémoire?

Un moment…puis…de même que des cheveux éteints tombent oubliés par les vents, de même je m'effondre dans mon sofa. Une voix semblable à un clapotis de lèvres me traversa l'esprit, c’était des mots à l’image des fumerolles magmatiques échappant aux crevasses des lippes, on peut rester vingt ans dans cette ville, disait la voix, à regarder par nos yeux sans pouvoir jamais étancher la soif ardente du cœur.

Calme et résigné à aimer un souvenir passé, je quitte cette sombre demeure pour aller chercher les mots qui chaulent les ruelles et s’y resserrent pour qu’elles soient plus denses, écouter les voix qui s'échappent, grimpent sur les remparts, s'appuient sur les arcades des portes pour donner la parole aux hommes engoncés dans leurs belgha et djellabas blanche, clamant  La Ilaha Illa Lah , je passe par des venelles paresseuses comme une langue pâteuse qui se réveille par la rumeur des passants.

Les commerces débordent, les regards lèchent, le sacré se relaie d'un coin à l'autre, d'une confession à l'autre. L'ambiance enfle, les duvets trempent dans du thé à la menthe, les visages se mouchent dans les mains pour priser le tabac, le vent d'Est s'entête à balancer le linge blanc sur les terrasses, le marbre des hammams miroite sous l'eau chaude coulant des étuves, les chemins vides puis en crue de la médina avancent en calligraphie arabe, la tiédeur s'endort au pied des murs où je trempe par moment mon calame pour continuer l'illusion de l'image par l'écriture. L'ombre et la lumière se relèvent et scintillent comme des oriflammes portés par des guerriers arabes sur leurs cheveux de guerres clamant au fort du combat la désaccoutumance du peuple à l'écrit.

Je me mêle à la foule, née d'une même blessure, vais et vient dans les profondeurs et par les entailles des demeures Tanger me susurre son histoire pour que je dispute sa mémoire à la mort.

Je sais, je n'aurais peut être pas la chance de croiser un concitoyen sépharade, un ami espagnol, les surprendre quitter leur maison pour aller s'embrancher comme moi dans les articulations de la cité. Longtemps ils sont restés, puis en un jour ils sont tous partis. Laisser moi crier leurs noms : Benjio !!! Antonio !!! Mercedes !!!Molina !!!

Lové par les vents, je sors du ventre de la médina pour aller au toit de la falaise goûter au safran du soleil, fermer les yeux pour voir naître Tanger dans la blancheur des vagues qui viennent caresser l'âme de leur tourterelle et recouvrer sa virginité, puis rugir, le ressac plein d'écumes prêt à lacérer les corps de ceux qui ont osé barbouiller son rimmel


 

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7 février 2022 1 07 /02 /février /2022 19:04

 

Cette photo je l’ai prise à Amtoudi (140 km de Tafraout). C’est un village qui se trouve sur le flanc sud-ouest de la chaîne montagneuse de l’Anti-Atlas, tapi dans la profondeur des gorges. Les habitants sont berbères, des Id Aissa. Bien que rarement citée par l’histoire du pays, cette localité est célèbre par ses impressionnants greniers, des Agadirs comme  il est coutume de les nommer, parmi les plus importants du Maroc.

La nuit, par la force de l’écho, emprisonné entre les parois verticales et spectaculaire de la montagne, le croassement des crapauds venaient à nous comme le son de quelques animaux d’une période géologique disparue.

Mais pourquoi cette photo ! Car des plus lointaines contrées que j’ai visitées, la nature a toujours porté l’empreinte des êtres humains. Dans le cas présent Le Culte.

Une nature vierge, seule a toujours dérangé, effrayé les Hommes, son espace et son immobilité les terrifie ! S’empressent alors à vouloir l’animer, à l’inonder de signes et de totem pour la ployer à leur volonté.

 

********************

 

Longtemps nous avons habité la médina chez mes grands-parents. Dar Baroud, lieu abritant notre demeure, fait partie des cinq quartiers formant cette enclave, un dédale de ruelles et d’impasses, un lieu d’oralité et de conte, de cris des mouettes et de cornes de brume des bateaux, de voix avachies par le vent de l’est.

Soufflée par le courant des mers, une atmosphère vivante franchissait chaque jour les remparts pour venir ramollir nos corps et attendrir nos regards. Non loin de notre logis, un Café maure “Makina”, quelques quidams autour d’une table en bois, les lèvres humides à l’embout des Sebsis, les yeux fardés d’espoir lorgnaient tantôt le fond des verres qui contenaient suffisamment de thé pour noyer le désœuvrement et abjurer le malheur tantôt les cimes ibériques pour donner corps à leurs attentes.

Chaque fois que je franchis le passage pour aller à la rencontre de ce corps social, un sentiment doux de ne pas en être exclu émerge en moi. Un silence fortuné, opulent, assoupissait mes pas. On aurait dit que les habitants de ces lieux passaient leur temps à se recueillir, à lire le roman de leur vie à la mer, à se remémorer un fragment de souvenir raconté par le roucoulement des galets et des pierres. Il faut dire que cet espace traditionnel, affranchi de toute instance urbanistique, est presque un lieu privé, on venait que si on y résidait ou quelque affaires nous appelaient à y chercher un familier. C’était les maisons qui, au fur et à mesure de leurs sorties de terre, créaient, traçaient les passages de ruelle en venelle. Les habitations comme les fissurelles de la méditerranée sont incrustées dans la roche puis soudées côte à côte, torsadées, chevauchent quasiment les unes sur les autres, agrippant le souffle des vents enduis d’écumes et d’encens, disputant la lumière pour vaincre l’oubli et le revers des temps.

A mesure que j’évoluai dans les entrailles de la médina, le souvenir de mon grand-père, Bassidi, papy me vint à l’esprit, un homme probe, le plus délicieux des êtres que la vie m’a accordé de rencontrer sur mon chemin.

• Dis-moi Bassidi, pourquoi n'habitons-nous pas en ville?

• Écoute mon enfant, me répond-il, les gens qui habitent la ville sont indifférents à la religion. Habiter dans des avenues en lignes droites ou perpendiculaires affublées de sens, de directions est une offense à notre créateur car le sens nous est donné uniquement par Lui. Notre conception de l’espace est en tout égard respectueuse de notre croyance, celle de croire entre-autres au retour de notre prophète Issa fils de Mariam et laquelle croyance nous permet de porter en nous, avec joie cette dimension cachée de l’éternel retour, du temps répétitif et circulaire, comment donc avoir foi en cela et habiter des lignes rectilignes dont on n'en reviendra peut-être jamais! L’espace pourrait certainement influencer ton appartenance, mon enfant. Regarde notre médina ses venelles sont sinueuses, pleines de chicanes et d’impasses, les portes des maisons obéissantes à leurs maîtres, indifférentes aux étrangers, révélatrices de la catégorie sociale de leurs hôtes, alors quand quelqu’un nous demande après un lieu on lui communique uniquement l’emplacement mais jamais la direction, c’est de relais en relais en implorant l’aide de Dieu par la formule Inchallah et la sourate du Trône qu’il peut atteindre le lieu recherché.

Je l’écoutai avec fascination, nous avions un dieu intime mon grand-père et moi, il me conduisait chaque jour à Sa demeure car il avait les clés du château: un poste radio Philips en bois datant de la première moitié du XXème siècle où repose la technologie d’avant la deuxième guerre mondiale et une clé pour remonter l’horloge murale qui ordonnait les heures de prières. Chaque matin vers huit heures et demie je lui apportai l’escabeau pour allumer la radio, on écoutait ensemble la lecture du coran, puis il s’en servait pour examiner la détente du ressort de l’horloge, l’évaluation terminée, il me jetait un regard de satisfaction en me défaisant les cheveux avec la paume de sa main.

Quand je revisite ma mémoire et revois notre demeure, son carrelage vert floral affadi par le temps, l’escalier en balustres de fer forgé desservant le premier étage, les murs laiteux oubliés du soleil, je ne peux résister au souvenir de cet enfoncement sous la paillasse de l’escalier, une alcôve dont le seul usage était de recevoir “tbak” le panier de pain évasé surmonté d’un cône ouvragé de feuilles de doum. C’était un coin sacré, à l’heure des repas on allait chercher le pain presque avec cérémonie.

Le seul trait qui mettait notre logis sous une apparence occidentale, c'était le costume de mon père. Quand le soir arrivait et le vestibule plongé dans la pénombre, la porte s’ouvrait et mon père apparaissait. Il arborait fièrement cette armure de fonctionnaire, les chaussures propres, noires et formelles. Il n’était pas soucieux uniquement de sa mise mais attentif aussi à sa marocanité et africanité. Il venait d’une époque que je n’ai pas connue, le Protectorat et moi de l’Indépendance, que dire un monticule de sable face à une montagne! Mon père était sévère, je regardai seulement son visage pour recevoir le témoignage d’une affection ou d’une réprimande, à la maison il était pour moi l’homme par qui la civilisation et le monde m’était conté, il prodiguait et savait tout, il ressemblait à Gamal Abdennassar selon les dires de mon oncle ou Imad Hamdi selon ceux de ma mère mais jamais à De Gaulle ou à Pompidou.

Parfois le matin, j'essayais de me lever tôt pour mettre la carafe de lait au seuil de notre maison et attendre le passage des chèvres pour tirer le lait de leurs mamelles. Mais quand je m'oubliais au lit, des mains à la peau écaillée, nervurée par le temps, plissées comme un drap défait, venaient scruter mon matelas pendant mon sommeil, pour s'assurer si aucune eau chaude ne m'a réchauffée la nuit. L'échappée n'étant pas toujours certaine, les doigts osseux me pinçaient alors jusqu'à faire trébucher mes rêves. Cependant avant de filer à l'école, ma grande mère, pour se réconcilier avec moi après un réveil agité, me donnait un peu de pois chiche cuit à la vapeur au sel et au cumin.

Mais....dieu.....qu'est-ce que je pouvais des fois détester cette femme, elle avait les lèvres charnues à vous laisser une écume de salive sur la joue quand elle vous embrassait, elle pestait sans se lasser contre mon grand père, lui la candeur dans sa nature la plus absolue qui avait le cœur sur la main, prenait la vie comme elle venait. Certes, le commerce des bijoux fantaisie que pratiquait Bassidi ne lui permettait pas de rapporter suffisamment d’argent à la maison, aussi faut-il avouer qu’il n’avait d’intérêt que pour son chapelet dont il faisait passer les grains entre les doigts pour compter les jours qui lui restaient. Alors quand il empruntait chaque matin les chemins grêles de la médina pour aller tenir son commerce en fait c’était davantage pour méditer et rester en retrait des chamailleries du foyer. Mon père s’occupait du reste.

Le dévouement de mon grand père à sa famille, à son travail et la résignation de ma grand-mère à sa condition de femme au foyer, enracinaient encore et toujours un peu plus profondément ce sentiment d'immuabilité dans le temps, je les voyais réaliser chaque jour les mêmes fragments de gestes successifs, accomplis comme une promesse, pour s'acquitter de leur prières, remonter d'un mouvement de poigné l'horloge murale, bluter la farine, pétrir le pain, astiquer les théières d'argent et fourbir les lampes et les plateaux en cuivre.

Mon grand-père partageait assidûment mon chemin vers l'école. Il s'habillait de son traditionnel Jabador blanc, symbole d'appartenance à sa communauté, de son couvre chef en laine rouge cerise puis sa chaussure belgha qui n'a jamais cédée à une citadine et bien sûr sa jellabah grise et sa meilleure compagne une canne en cèdre. Qu'est-ce que j'aimais cet homme! Il m'a appris l'ambition de chercher à rester simple et modeste, sa propreté physique et morale a éclaté la blancheur de son linceul.

Notre chemin attirait sans cesse mon attention, on y sentait l'odeur des fèves et celle des haricots, des plats rustiques qui me rassasiaient. Les rues étaient sinueuses et irrégulières, les maisons se touchaient puis se séparaient faisant succéder l'ombre et la lumière alternant ainsi jusqu'à la place Dar Baroud.

Le quartier abritait des personnages distincts qui nuançaient l'ordre social et donnaient de l'importance et de la contenance à notre communauté.

Tourya la voyante, habitait à l'embouchure de la rue où elle offrait ses présages aux femmes en mal d'amours, ses recettes pour déjouer le mauvais œil, pour briser le cadenas des femmes récemment mariées et difficiles à dépuceler ou les maris qui n'arrivaient plus à la remuer. L'épicier Hamou, le fkih de l'école coranique et enfin le maître du four traditionnel qui jouissait du respect du voisinage car c'est en ce lieu que le pain du pauvre côtoyait paisiblement celui du riche.

Place Amrah était le passage obligé de tout un chacun de nous qui désirait accéder aux quatre portes parmi les sept de Tanger, Bab Haha, Bab Bhar, Bab Assa et Bab Kasbah. Cette place était bien connue par la somptueuse demeure Sidi Hosni de la richissime Barbara Hutton que les médias ont surnommés plus tard la pauvre petite fille riche.

Les nuits n’étaient pas toujours égales. Épaisses, elles transfiguraient nos ombres, étranglaient la lumière des réverbères accrochés sur les murs en décomposition, s'emparaient avec une délicatesse ténébreuse de mon malaise. Ma tête tanguait sur l'édredon comme une coquille de noix aux prises de la houle d’une mer agitée. En cherchant le sommeil j’imaginais ma mère assise auprès de moi, au bord du lit essayant de me couvrir jusqu’aux épaules puis déposer un baiser sur mon front. Bonne nuit mon chéri et fait de beaux rêves me disait-elle. Mais ce n’était qu’un rêve, elle n’était pas là, ne pouvait pas être là. C’était une affaire de grand paraît-il. Personne ne connaissait encore le langage des chaudronnés pour me l’expliquer sauf mon grand-père qui, tel un papillon, volait avec moi à la recherche d’un soleil meilleur.

Quand mon grand-père est parti dans les replis mystérieux de l'inapparent, je n’ai plus retrouvé l’escabeau pour allumer la radio et écouter le coran ni la clé pour remonter l’horloge murale et ordonner les prières. C’était ses bornes à lui pour s'amarrer à l’existence. Maintenant qu’il n’en avait plus besoin pourquoi les avait-il emportés avec lui? J’ai alors demandé à mon père qui m’a répondu avec une assurance lapidaire, à l’emporte-pièce sans qu’un seul pli de son visage ne vienne trahir un doute, que notre dieu intime avait le même âge que son adorateur Bassidi. Cette affirmation péremptoire me troubla un peu, elle cachait peut-être un malaise un non-dit, c’est à ce moment là que le rhizome religieux de mon paternel commença à m'intéresser, mais je ne voyais encore en lui que ce qui m’était accordé à voir, c’est à dire ce grand arbre qu’il représentait aux branches larges qui m’abritaient, parfois m’angoissaient mais aussi d’où j’ai fleuri après l’enfoncement orgasmique de ses lianes dans la terre, ma nourricière.

Après la disparition de mon grand-père Bassidi, mon père cru peut-être nécessaire de compléter mon éducation cultuelle! Ainsi, au commencement du mois sacré de ramadan il m’acheta la tenue réservée à l’occasion, Djellaba, Jabador, gilet et belgha. Certes, mon corps était encore silencieux, rien ne venait traverser mes lombes ni mettre à l’épreuve ma virilité, mais je me sentais déjà un homme! Un vrai! Aux vingt sixième jours du mois sacré, à la nuit du destin, nous sommes partis ensemble à la mosquée pour nous acquitter des prières qui conviennent à la circonstance.

Il faut dire que cela fait bien quelque temps que je savais que le dieu de mon père était un comptable, un administrateur de culte, un dieu de service qui distribuait les bons et les mauvais points. Rien ne venait cependant donner corps à mes soupçons, je voulais en avoir la certitude, la preuve et cette nuit je l’ai eu, car qui pourrait aimer un comptable!!

Après Salat Al ‘Ichae et les prières surérogatoires, il s’appuya sur ses genoux pour se mettre debout, plia son tapis et soudain d’une voix triste, irrépressible, telle une aigreur expulsée malgré lui par la contraction de son diaphragme, lasse d’être à chaque fois contenue il dit: ”Ouf c’est terminé!”. Cet aveu fut comme un lézard dans mon firmament! C’est la seule fois où j’ai ressenti de la pitié pour mon père, sa foi en dieu s'était brisé il y a bien longtemps, il en était malheureux, parti très jeune, séquestré par les vicissitudes de la vie, trop longtemps resté à guerroyer pour se ressouvenir maintenant sans coup férir du chemin du retour, une douloureuse tristesse le séparait de son pays natal, la voix mystique et sacrée de son peuple.

Les profondeurs de la médina m'ont appelé pour plonger dans mes souvenirs, pour écouter l'écho de la vie trépidante d'antan, pour enlever le pansement de ma blessure qui n'avait pas encore guérie.

Je reviens sur les pas de mon père quand il rentrait le soir le cœur palpitant de bonheur de nous revoir.

Je reviens sur les pas de ma mère quand elle venait supplier de la laisser voir ses enfants.

J'avais peur de changer. Mais maintenant la médina reconnaîtra l'enfant qu'elle a consolé.

Je reviendrais......

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 février 2022 4 03 /02 /février /2022 08:40

 

 

Ils arrivèrent dans l’après-midi aux abords de la ville. De part leurs divers séjours dans le sud, Adam et son épouse Aïcha savaient que les gens du cru à cette époque du siècle avaient encore la foi en leurs terres, et la terre en retour les aimait et leur dispensait suffisamment de plantes et de pierres médicinales pour calmer leur maux et leurs douleurs. Demander en ces temps-là après une pharmacie au lieu d’un herboriste ou un apothicaire c’est comme si vous profaniez un lieu sacré.

Depuis la nuit des temps les peuples communiquaient avec cette Force Vitale, se sustentaient avec secret de son Principe Universel, le transmettait d’une génération à l’autre par une presque chorégraphie de gestes ancestraux saluant par leurs biais la naissance primordiale du monde.

Mais la science a vite fait de fanfaronner ses découvertes, prétendant ouvertement d’avoir démystifier le secret  du cosmos, reléguant au fin fond de la mémoire des hommes les liens inviolables qui les unissaient à leurs terres. C’est ainsi que nos enfants ont emprunté le chemin des molécules chimiques et l’adoration des nouveaux dieux, Bayer, Pfizer, J&J…... 

A l’arrière les jérémiades de Mikael avaient cessé, sa maman le divertissait et lui appliquait les remèdes de grand-mère qui ont fini par lui rendre le sourire et les couleurs. Dès que Adam s’arrêta sur les bas-côtés de la route pour s’enquérir de la situation, Ismaël n'attendit pas la permission de son père pour sortir, ouvrit la portière avant et se mit à courir dans les plantations avoisinantes. La famille était contente et soulagée de voir son enfant se remettre rapidement de ce malaise.

Adam enjamba une rigole et rattrapa Ismaïl, ils passèrent au travers des frondaisons de quelques oliviers puis débouchèrent tous les deux avec surprise sur des vergers d'arganiers, de palmiers et d'amandiers. Les champs tapissés d’herbes, d’arbustes divers et de hennés aux couleurs vert bouteille étaient ceint, de part et d’autres d’un sentier taillé dans une argile dure semi dépierrée, d’un muret de terre rouge imprécis mais ferme construit à même la paume de la main mélangé à du feuillage morts. A cette heure de l’après-midi, les habitants congédiés par la forte chaleur s’assoupissaient dans leurs demeures attendant la prière de l’instant pour sortir et aller prier dans leurs mosquées. Seuls les criquets et les insouciantes cigales peuplaient le silence faisant la répartie aux roucoulements des ruisseaux et aux craquements des pierres sous la brûlure du soleil. Adam s’est sentie apaisé par ce paysage, une forme de plénitude gagna son cœur et le fit approcher d’Ismaël, un mouvement spontané qui les rendissent égaux dans leurs humanités malgré leurs différences d’âges. La nature et les êtres sont tous les deux sur la même roue de la réincarnation, ils viennent au monde ensembles le quittent de la même manière puis reviennent avec des visages différents. La mort c’est l’Homme qui l’a inventé il n’y a que la Vie. 

Ici au crépuscule, quand le paysan rentre chez lui, conduit son troupeau à l’étable, attache son mulet dans la stalle, même dans le silence de la nuit il reste toujours de la chaleur, l’ardeur du vivant ne s’arrête pas, elle fait hennir, piailler, aboyer et le paysan dort. Dans son sommeil, il pense à la terre. Il est absous d’erreurs, repose dans une quiète certitude malgré les vicissitudes des jours. Lorsqu’il pousse la charrue et que le soc commence à retourner la terre, à creuser son sillon, il sait que c’est la Mère nature qui a choisi pour lui le lieu et le moment parfait pour remplir son rôle de paysan. Il le sait, il doit le savoir.

Ailleurs une fois le moteur de la voiture éteint, c’est du métal mort qu’on laisse derrière nous, on n’entend oualou lorsqu’on rentre chez soi, l’être ne partage rien avec la machine, l’acier et le fer mais il continue à sentir l’huile et le gasoil et la nuit dans son sommeil il pense au prix du pétrole. L’humain c’est de l’ADN mais pas seulement, c’est une émotion mais pas seulement, il est plus que cela, il le sait, mais ce qu’il est, est plus vaste que ce qu’il pourrait savoir. Mais cela, il ne le sait pas encore car  le merveilleux a quitté son cœur.

 

A suivre 

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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 16:06

 

Vers Errachidia Maroc

Arrêt en route vers Tafraout Maroc

En route vers Tinghir

Souk Khemis des Ida ou Gnidif à 80 km de Tafraout Maroc

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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 13:50

 

Voyage vers Tadighoust au-delà des montagnes du Haut-Atlas. Un village en pisé resté millénaire,  fixé dans le temps par une fibule berbère malgré la résurrection des Hommes, construit par la promesse des vents et le vœu des êtres trépassés.

 

La tristesse assombrit le visage de Mikaël. Vraisemblablement Ismael n’était pas encore au courant des raisons qui ont déterminé leur père Adam à partir habiter loin de Tanger à l’oasis de Tighmert dans la province de la ville de Guelmim. Mikaël savait quant à lui que le projet de son père d’aller s’installer dans une autre contrée ailleurs que sa ville natale n’avait pour seul but que de préserver leur maman  des regards des gens et de leurs potinages venimeux quand ils seront au courant de ce qu’il est advenu de leurs fils, c’était juste une question de temps avant que les langues ne se dénouent et qu’ils deviennent ainsi la cible des pires vilenies. Alors sous prétexte de calmer l’irritabilité de son épouse dû à sa ménopause et aussi à leurs amour égal qu’ils éprouvaient pour le Sahara,  il a décidé de partir pour quelque temps chez leur ami Jamil, le conservateur de musée des nomades à cette oasis  puis ils se sont établis dans une demeure ombragée par une dense palmeraie à l’orée d’un lit de rivière. C’est de leur retour de Cap Juby en direction de la ville de Guelmim qu’ils ont eu l’occasion de faire la connaissance fortuite de Jamil.

Très tôt le matin, au deuxième jour de leurs arrivés, Mikael, dix ans d’âge à peine, avait réveillé sa mère, il souffrait d’une surinfection de piqûres multiples sur les chevilles et les jambes, les démangeaisons étaient si fortes que des tâches de sang maculaient ses draps, mais lorsque une légère fièvre et une pâleur apparu sur le visage de l’enfant, la famille s’alarma et prit la route en direction de la ville la plus proche de Tarfaya, Guelmim pour trouver un médecin.

Les trois cents quarante kilomètres qui les séparaient de leurs destinations étaient tracés dans une géographie étrange, un pays montueux de mystère, le monde autour d’eux était sans conteste différent de celui du nord, gravé dans des plaines arides aux couleurs de corail, la route filigranée dans un sol aux éclats aurifères, la croûte de la terre plissait et déplissait au gré de montagnes majestueuses presque sacrées, au gré d’un désert extrême, dévorant, ponctué de tamaris aux feuilles ramollis par  la chaleur. Au versant des djebels et dans les creux des vallées où se dessinait des lacets de chemins, saillait de la terre de petits amas de villages que l’on prenait de loin pour des pierres taillées dans le roc.  Là-bas on imaginait bien des hommes la peau fripée et revêche, battre la terre en pisé pour ressusciter leurs demeure vaincues par les vents chauds du Sahara, chevauchant les dunes flottantes pour aller paître leurs troupeaux de chameaux et de chèvres.

Rien n’est plus propre et essuyé de toutes laideur que le désert, chaque poignée de sable coule en fine poussière d’éclats de roche dans les veines des hommes qui, même rabougris par l’hostilité de l’environnement, resteront  millénaires, rupestres, éternels, plantés comme des acacias dans leurs terres acceptant ce qui leurs arrivent entre un sourire et un malheur.

Adam, tout le long de son voyage, avait les tripes noués par une telle splendeur, la beauté écrue des paysages triomphait sur chaque sentier de la démesure de la solitude. All we are is dust in the wind...chantait Kansas.

L’homme aspire au changement certes, mais le souhaiterai-t-il vraiment, le voudrait-il lorsqu’il comprendra tardivement peut-être que la nature l’appelle à n’être que lui même et rien d’autre et ce qu’il créera ne sera au fil des siècles qu’un monticule de sable au mieux une pâture pour les vents. Lui qui vient de l’Univers est-il si différent de ce galet qui vient de la montagne pour ne pas narguer la corde raide sur laquelle il croit marcher et faire volte face à ses craintes, ses espoirs puis se mettre à  courir et à danser, lâcher tous ses effort à vouloir augurer les bons et les mauvais signes de la vie essayant de savoir  à quel moment, la tête empesée par le poids du joug, le corps par le fouet des émotions, il va tomber pour se relever , à quel moment, noir d’inquiétude, va-t-il devoir composer,  avec la raison, le religieux, le profane, la rue, les gens et la nation, happé, froissé par les événements comme une poignée de feuille morte prise dans les courants, puis brouter par le quotidien et jetée dans la chyme de l’ogre.

Oh! Cet ogre qu’il est beau! Si délicat dans le mensonge, si léger et habile dans les convenances, collé à la rumeur comme l’ombre à son corps, il est le peintre dans le frais des inimitiés camouflées, des jalousies inavouées. Oh! n’ayez aucune crainte, nous sommes tous de près ou de loin de sa race, il ne décantera jamais assez et suffisamment pour vous faire extorquer la vérité au bon citoyen que vous êtes. Allez! Vous êtes si loin, bien abyssaux, des gentilhommes distinguées reclus sous les strates géologiques assexuées du bienséant pour que deux ou trois pelletées suffisent à vous faire revenir de votre sombre secret!.....Soupçons…..Moi vous dévoiler! Comment à mes êtres haïs les plus aimés de mon cœur pourrais-je briser leur promesse à l’ego, pénitent pécheur qu’ils sont, de rester dans l’oubli et de garder secret le chemin du souvenir. Non je ne permettrais à personne de vous rappeler à l’unité séparés que vous êtes. Mais bien sûr que vous êtes des gens compatissant quand il s’agit d’acheter des fleurs pour partager la peine de la femme convoitée,   du voisin qui vient de trépasser. Mais il faut être sûr qu’il a bien les pieds devant! Pas avant. D’abord les asticots, ensuite les fleurs. L'appétit de la mort calmée, ses yeux qui nous lorgnaient distraient pour un temps par la chair d’autrui, nous donnent un répit momentanée un nouvel élan grâce à l’arrêt de l’autre.

J’ai perdu l’appétit, je viens de m’apercevoir qu’il y a un cheveux dans ma soupe! Beuh!

 

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 17:40

 

J’ai pris cette photo lors de mon long voyage au pays berbère.

Je suis cela, cet enfoncement dans la mémoire, sa profondeur, à la fois claire et mystérieuse. Qu’il est beau mon pays!!

Cela me rappelle aussi les symboles et arabesques de notre regretté  peintre Ahmed Cherquaoui, lui qui a su travestir la parole qui s’envole dans les airs, en une trace qui caresse, aime et s’enracine dans la terre.

 

Mickael entreprit d’ouvrir la lettre, il y avait deux plis l’un portait la mention à mon père l’autre à toi. Avec respect il ouvrit la sienne et commença à lire:

Cher Mickael,

Même s’il n’y a pas longtemps qu’on s’est parlé au téléphone j’espère que cette lettre te trouvera au beau fixe de ton moral. A Paris je vais souvent à la bibliothèque et cela me rappelle nos souvenirs de lecture, les choix que notre papa nous proposait, c’était souvent Saint Exupéry n’est-ce pas? Nos exercices d’articulations qu’on peinait à prononcer à haute voix malgré les supplications de maman à venir déjeuner avant que le repas ne refroidisse et remplir la bouche par des mets autres que les mots. Parfois aussi papa se faisait un plaisir de nous taquiner, nous voyant aimer la langue de Molière il nous disait “Rouler les “r” mes enfants, rouler les “r”, n'essayez pas d’être plus français que les français” Il me vient à l’esprit maintenant que je t’écris ces mots, notre voyage à Tarfaya, Cap Juby avec papa, mille trois cent kilomètre rien que pour visiter le musé de Saint Exupéry, et notre maman dépassée par cette virulente passion qui lui ravissait son mari lui demandait naïvement pourquoi il ne l’aimait pas autant qu’Antoine ! Ce que j’ai appris de papa c’est que nous ne pouvons jamais aimer vraiment sans passion, s’égarer furtivement de notre raison sans nuire à l’autre, sans inclination du corps sans désordre psychique est ce qui fait de nous des êtres humains à proprement parler. Aimer sans passion n’a d’égale que l’indifférence. Cela ne te rappelle-t-il pas ton épisode à la mosquée? Ah! combien j’étais fière de toi Mikael, avoir un frère qui pense par lui même et qui n’a pas peur de braver ouvertement la croyance de ses semblables. Là aussi parce que mon père nous aimait passionnément que malgré sa notoriété publique d’homme pieux et respectueux des valeurs de sa communauté il n’a pas hésité un instant, du fait que que tu sois jeune et que tu avais alors toutes les raisons de te poser des questions au sujet de ce qui touchait ton peuple, à prendre ton parti, d’abord en te cachant pour quelque jours au village de nos aïeux et partir ensuite chercher une entente avec le caïd et le responsable du culte de la ville, des conciliabules savamment orchestré à l’époque par maman auprès des épouses de ces derniers. Ah! quel temps, vous tous m’avaient montré le chemin.

Bien que Paris soit belle, je n’arrive pas à me défaire de ces souvenirs, c’est très tôt et je n’ai pas encore à vrai dire trouver de meilleures occupation, à part l’intérêt pressant que j’ai à débuter mes études et l’emploi temporaire de plongeur que je viens d’avoir récemment dans un restaurant italien, mon aire méditerranéen n’y était pas pour rien pour me faire accepter dans ce lieu. les annonces ne manquent pas au RU.

Voilà, comme tu peux le constater j’ai écris une lettre à papa et je voudrais bien que tu la lui remettes par toi même, la lui envoyé par courrier c’est courir le risque qu’elle tombe entre les mains de maman et ça je ne me le pardonnerais jamais, après j'espère de tout mon coeur qu’elle se ralliera sans peine à mon choix de vie. je sais que tu es à la recherche d’un travail et c’est pour cela que je t’ai envoyé de l’argent pour le voyage si cela ne te contrarie pas. Tu peux en disposer à n’importe quel guichet bancaire mais vas-y plutôt à la poste ils connaissent bien papa pour avoir travailler là-bas.

je compte sur toi pour me faire part de leurs nouvelles, d’un si loin dépaysement ailleurs que la ville de Tanger. Papa est fou!

Merci Mickael, dès ton retour tu m’appelles chez mon voisin de palier comme la fois passé.

 

A très bientôt et bon voyage

Affectueusement ton frère qui t’aime.


Mikael et son frère Ismaël aimaient beaucoup lire et écrire, mais l’oppression d’une langue, quand elle ne vous appartient pas mais que vous avez choisi d’écrire avec, devient comme un rempart difficile à enjamber, elle vous refuse l’imaginaire, vous rappelle votre suffisance identitaire qui cloisonne chaque jour le local où vit le monde, attise les flammes du cœur, entérine les souffrances. Dans ces situations, les deux frères se disaient souvent, il faut qu’on écrive un récit, un poème, pour montrer à cette langue que nous ne sommes plus ses esclaves.

Comme des enfants alors, ils déposaient une goutte d’eau sur une graine de maïs, le ciel regardait les nuages et les nuages les regardaient, le vent emportait leur graine et quand le temps avait suffisamment crayonné sur leurs corps, ils revenaient pour voir leurs cultures. Peut-être alors pensaient-ils avoir le courage de franchir les remparts, et de passer finalement du clos à l'ouvert.

Mais leur cœur ne pouvait attendre. Quand ils s’éveillaient, il faisait encore nuit dans les mots, la langue, leur compagne, n’était pas encore là, c’est une sultane infidèle, elle découchait et traversait des contrées bien lointaines et lorsqu’elle revenait elle leurs disait avec son haleine parfumée :

« Avant de me prendre dans les dédales de vos joies étranges, apprenez-moi votre langue »

Ils lui répondaient en chœur, avec la hantise de la perdre et le plaisir vital de se repaître de son corps : « nous ne connaissons que la tienne ».

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28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 12:46

Café Rif de la cinémathèque de Tanger 

Ce texte est une réédition. Je l’ai publié en Février 2014, il y a de cela maintenant sept ans, j’étais alors proche de mes cinquante quatre ans et, sans le savoir encore, car rien ne le présageait, j’allais bientôt faire l’expérience d’un sublime et miraculeux malheur! Et vous le savez autant que moi, à quelque chose malheur est bon. Mais ça, c’est une autre histoire!.

Donc pourquoi je republie ce texte? 

Eh bien quelques amis m’ont fait la délicieuse remarque que mes écrits étaient apparentés à ceux d’un poète rebelle, anarchique! eh bien dites-moi!!!

Je me suis donc demandé pourquoi ne pas republier ce texte, c’est mon manifeste presque un crédo de ma façon d’écrire, une épithète inscrite dans ma couche Malpighi et qui donne le mouvement à tous mes crayonnages.

Je dois quand même vous demander s'il vous arrive de temps en temps de rajeunir vos notes ! Allez donc voir ces délicieux propos de Georges Canguilhem, je ne peux me résoudre à garder pour moi seul cette substance!!

Il dit:* La raison est régulière comme un comptable mais la vie anarchiste comme un  artiste* CQFD

Continuons, d'abord les précisions suivantes:

La chose que je déteste le plus au monde c’est d’écrire pour paraître plus français que les français eux-même.

La langue française n’est pas ma langue maternelle, elle s’est toujours refusé à moi, elle a dressé tous les remparts possible pour m’éloigner d’elle, a dit non à mon désir de paître auprès de son corps pour manger les mots d’automne qui tombaient le long de son corps, c’est une sultane infidèle, elle couche au Bénin, se réveille en Côte d’Ivoire déjeune au Sénégal et rare quand elle se souvient de moi, mon sérail est triste quand elle n’est pas là. Je suis un amant cocufié!!

Parfois son haleine aux reflets dorés prend la forme de volutes au parfum  rouge citronné et à peine je les ai dessiné, voilà qu’elle part vers de nouvelles contrées!!

Non, Non et Non!!!! Tu ne feras jamais de moi un peine-à-jouir, femme je te répudie!

Alors j’ai décidé de l'étriller, de la mettre à mal, de la tyranniser, adieu les propositions, les adverbes et les conjonctions, bien fait pour toi! Je m'arrangerai avec le reste!

Maintenant le texte en question:

 

J’ai découvert l’encre et la forme des lettres, mais je n’ai jamais appris à écrire,

L’assemblage de mes mots ne forme pas une phrase mais plutôt une trace littéraire,

Ma difficulté à communiquer est devenu avec le temps l’objet principal de mon expression,

Mes phrases sont une travée de strate, des tranchées derrière lesquelles je me mets à l’abri,

A l’abri du lecteur sérieux en quête de sens, prêt à me dépouiller de mes vérités,

C’est pour cela que je suis un scribe dissident, à la fois mobile et sédentaire, essayiste et fictionnel,

Exprimer l’indicible est ma seule quête qui restera à jamais inachevée,

Mais je n’y peux rien, dans le supplice existentiel tout est déjà décousu

 

 

 

 

 

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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 17:17

Humeur sombre - Marianne von Werefkin

 

Mikael revenait petit à petit à lui-même. Une voix lointaine, caverneuse, l’appelait à remonter en surface, sa vision ployée jadis par son propre isolement se détendit comme un arc lesté de sa flèche et recouvrait à présent la mobilité de son regard. Enfiévré par sa quête d’une liberté adverse et pensante, malgré les prémisses d’un hiver froid, il se mit debout et commença à se déshabiller pour rester en caleçon et débardeur. Son esprit manifestement copulait avec l’instant, aussi sa peau nécessitait pensait-il un examen profond, son contact avec les cosmopolites, ce réservoir d’acarien, lui a fourré la gale et creusé un long et sombre tunnel dans sa peau comme un méchant vermisseau.

Maintenant, réveillé de cette incubation sordide, il jeta au rebut toutes les étoffes qui l’ont mal habillées, rendit par toutes ses tripes ce tord-boyaux empoisonné, il n’y a pas pire taule que vivre avec une âme tourmentée.

Oui, se dit-il, pourquoi ne pas rester nu, nu comme un ver et rendre gorge de toute cette insanité que le monde s’est efforcé à en tapisser le corps, l’âme, employant indistinctement ses juges et ses saints dans sa tâche cousue au fil blanc. Pourquoi chercher à augmenter la nature de ce dont elle n’a jamais eu grand besoin, toutefois si vous êtes dans la veine d’apprêter les choses, de les accommoder à votre faible esprit prenez vos truelles et platoirs et allez lissez la surface des eaux pour en diminuer les remous.

Ah, bon dieu d'bon dieu!! Pourquoi suis-je assaillie par ces idées, elles auraient mieux fait de me venir un autre jour, je ne suis pas encore prêt pour ces imbécilités, et ce mal de tête! qu’est-ce que je peux détester les faiseur de vérités, ils veulent me persuader qu’il y a un monde meilleur, moins négligé, mieux préparé qu’il suffit de quêter par les moyens qu’ils sont prêt à mettre à notre disposition, une sorte d’échelle pour passer par la mansarde alors que la porte est grande ouverte devant chacun. Il est vrai que je n’ai eu de cesse par le passé de vouloir me persuader, à cause de la déontologie bien pensante des hommes sous l'apparat rutilant de valeurs universelles, qui en fait cherchent à déconstruire notre maisonnée, que ce qui est en haut est bien supérieur à ce qui est en bas et ce qui est là-bas n’est pas encore ici. Que nenni!

Ah, bon dieu d’bon dieu, pourquoi j’ai partagé ce verre de vin avec ces marcheurs à reculons, pourtant je m'étais promis par le passé de ne jamais me laisser entraîner par cette logomachie, toute ma tête embrumée par les ragots. Mais à quelque chose malheur est bon n’est-ce pas! je vais vous faire un aveu, il n’y a pas mieux qu’un homme ou une femme qui se trompe, car se tromper est le privilège de l’homme, avez-vous jamais vu de votre vie un animal se tromper!!! évidemment que non car l’animal n’a pas le pouvoir de se perfectionner! Alors laissez moi à mon cru! cessez de chercher à dépersonnaliser les gens , à les déposséder de ce qu’ils ont de mieux dans la vie c’est à dire leurs personnalités , à leurs faire accroire que moins ils ressembleront à eux même et plus ils avanceront dans le progrès. C’est ma chaumière, laissez-moi la construire à ma manière!

Mais continuez cependant vos diableries, à nous pétrir de morale, nous égarer entre bien et mal, bon et mauvais, innocents d’aventure mais coupables sûrement! à jamais!

Je vais vous dire, j’avais les yeux fermés, les oreilles bouchées totalement désunis pour aimer l’Unité de l’Univers créateur.

In perpetuum nous sommes dans la grâce, dans l’immensité.

La lettre était posée sur la table basse, il la regarda de biais et décida de l'ouvrir, concluant que si son frère avait agi de la manière qui le réconfortait le mieux dans sa vie, personne n’avait pour autant le droit de l’incriminer ou de le juger. C’est un manque de compréhension de notre part, nous sa famille la plus proche et ses amis, nous dépensons chaque jour que la création a fait une énergie incommensurable pour voiler la vérité faisant semblant d’aller mieux alors que la souffrance sourd comme une fontaine du fond de notre âme, jaillit des pores de notre corps comme un intraitable fumet de fenugrec. C’est notre agissement machinal qui a fait que notre vie soit devenue réductible à un jeu pathétique de conflits sociaux muet et fratricide, nous veillons à rester des hommes normaux, aux chevet des pensées ordinaires, veules respirant un grand vide pavoisé de narcissisme, assis en marchand hédoniste devant notre étalage de faux plaisirs, la pensée définitivement subordonnée à celle de la masse et nous y répondons par la masse tout grossièrement sans aucune subtilité!! Éblouissez les yeux et les oreilles de la multitude et vous aurez réussi votre pot pourri!! S’en est fini du sigle S.P.A pour Socrate Platon Aristote maintenant c’est Sexe Pouvoir Argent. Toutes nos pensées seront bientôt voilées d’une brumeuse couardise.

Ciel! aidez moi à nuire à la bêtise*.

Je défendrai le choix d'Ismaël, je préfère mourir pour une tragédie que vivre une dramatique comédie.

(*)formule de Nietzsche dans Le  Gai savoir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 septembre 2021 1 27 /09 /septembre /2021 14:38

Giorgio De Chirico - La récompense du devin - 1913

(la peinture métaphysique)

La couleur argentée de la lune annonçait déjà la soirée. Une flottille d'oiseaux en formation traversait le ciel, le battement gracieux de leurs ailes, le cou tendu fièrement vers l’avant, allaient assurément vers l'intérieur des terres. Depuis sa baie vitrée, Mikaël regardait cette lueur bleue pâle qui s’étendait en large bande du cap de Malabata jusqu’au village de Nouinouiche. L’étoile de Sirius, tirant en laisse le Grand Chien, grimpait lentement au-dessus du village, suivant dans son sillage zodiacal la constellation d'Orion. A l’ouest, couché sur les vagues miroitantes de l’atlantique, le soleil plongeait dans un éclat de lumière vermeille, battant le rappel aux derniers éclats roses qui coloraient les nuages. Bientôt un bleu noir sera étendu sur le ciel de Tanger. 

A l'extérieur, le silence des murmures devenait audible. L’espace public change, au gré de l’obscurité, en espace privé. Les éventaires amovibles des marchands fuyards reviennent couvrir les parcelles des trottoirs. Enfermés dans leurs silences, les hommes, marchant sous les réverbères, tressent le suc amer des souvenirs aux fragrances de l’oubli. Les errants, fatigués par les méandres de leurs patries, cernés par une mer entre terres défensives et le massif montagneux du Rif, retrouvent les traces de leurs chemins. Le fardeau du jour et des heures s’éloigne maintenant de leurs épaules, s’élève au gré de leurs détentes pour aller démêler leurs soucis au-delà des hauts immeubles et des remparts. Les visages laissent apparaître soudain les traits d’une joie, d’un bonheur oublié. Les plus téméraires enjamberont peut-être le rivage de la Méditerranée pour narguer cette brèche faite par les titans. 

Les mendiants attirés par les gémissements de la terre, cherchent un gîte aux pieds des murs balafrés, au seuil des mosquées silencieuses, ruminent la chute de leurs existences, cachent leurs tribulations par une feuille de vigne, puis  se souviennent des visages inconnus qui ont enrichi la main orpheline. Pourtant, le matin venu, ils oublieront leurs indigences, échangerons leurs pauvreté contre de la misère , seront comme des soldats affamés de l’émoi des passants prêts à exécuter une nouvelle fois la scène de leurs drames.  

Les amoureux s’enlacent et se collent aux écorces des arbres, aux angles des rues. De quelques encoignures, montent des voix avachies de vice, les vents arrivaient avec leurs moissons de langues étranges mêlées aux ardeurs marines, aux étreintes des caresses furtives tempérées par un inquisiteur psaume de la sourate de l’ouverture. Le bruit de la vie est de retour dans les arbres, les feuilles boivent à la rosée du soir. Un parfum de chanvre et de thé à la menthe somnole déjà sous une langoureuse racine méditerranéenne. 

Au crépuscule les écrans s’éteignent, la finance éclipse, pour une nuit, ses crocs dans les interstices de la cupidité misèreuse, les brouettes grinçantes des chantiers se taisent, les mains gercés par la terre à force de retourner le sol se délestent de leurs outils, les ouvriers cessent de lubrifier les machines qui crachent onze dirhams l’heure, le peuple est solitaire perdu dans l’épaisseur de l’existence, les larmes facettées en diamant illuminent pourtant les visages et rappellent ce que nous sommes. Quand vient le soir et ses caprices un nouveau monde se crée, les groupes séparés le matin se reforment, les affinités effacent les inimitiés et querelles du début du jour, les vantards et les patibulaires s’y associent puis, sans peine,  le renseignement s’y mêle pour lester les hâbleurs du poids de leurs paroles. La grisaille électrique du jour, hâtée par la forte nuance des ombres devient moins pesante, les roches des serments arides tombent en pierres fines dans les jarres des vignes. Que d’hommes inquiets et nerveux deviendront calme et pieux quand le fleuve de la vie ralentit son cours pour que chacun puisse choir dans sa tombe au gré d’un vent sans rives, se répandre dans les rainures des nécropoles peints à la Giorgio De Chirico pour mendier à la vie un brin de compréhension, un moment d’amour, un instant de grâce et  d'indulgence à son égard. 

Les hommes savent pour ce soir, oui ils savent que pour cette fois encore ils vont vivre la nuit de leurs morts, perdus au sein d’un vaste néant obscure , les lèvres plaqués contre les glandes mammaires de la vie, suçant le lait placebo de l’espoir, conduit par une main courante habillant le lendemain par les apparats fantoches de la veille, roulant sur une roturière habitude jusqu’à ce que les lèvres soient déchiquetés par une zygomatique hypocrisie. Peut être adviendra-t-il qu’une idée vengeresse absurde et salvatrice grimpera à contre sens dans les œsophages avide de vin et de silence pour vomir la langue, chasser les phonèmes, brutaliser les rêves et transformer les rituels caramels en un frémissement de vapeur. Mais Tanger a un coeur, mais Tanger demeure toujours impatiente d'accueillir dans son espace et ses milieux les dionysiaques, agacée par l’attente de croiser dans ses rues et avenues ces hommes qui consentent, l’haleine aviné et le rire lascif, à composer avec l’irrationnel, quittant pour une nuit encore leurs raisons pour inventer leurs paroles, laissant leurs corps, amidonné le jour, devenir léger et improvisé le soir. D’aucun sûrement alors partiront dans une fosse lubrique encore plus profonde que le furoncle qui s’étend sur cette terre, là ils vont échancrer leurs pustules, laisser couler leurs vomissures dans les plis de leurs regrets, épancher leurs peurs dans les bouteilles pansues d’alcool et quand les dernières lumières de leurs esprit seront enrobées de vapeurs fumigènes,  ils iront se moucher dans les seins plantureux des libertines.

Mais laissez-moi vous présenter un ami, parce que nous sommes d’une bonté exécrable, ignoble et détestable que je ne peux me résoudre à garder pour moi seule cette vérité, une plus longue attente aurait raison de mon cœur. Notre ami d’outre tombe a chanté bien avant moi cette existence et moi j’en prédis une engeance pleutre que seule une graine poser sur l’humus de la terre pourrait vaincre.

 

Au Lecteur

La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,

Occupent nos esprits et travaillent nos corps,

Et nous alimentons nos aimables remords,

Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;

Nous nous faisons payer grassement nos aveux,

Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,

Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste

Qui berce longuement notre esprit enchanté,

Et le riche métal de notre volonté

Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !

Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;

Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas,

Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange

Le sein martyrisé d’une antique catin,

Nous volons au passage un plaisir clandestin

Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes,

Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,

Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons

Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie,

N’ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins

Le canevas banal de nos piteux destins,

C’est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,

Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,

Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,

Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !

Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,

Il ferait volontiers de la terre un débris

Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C’est l’Ennui ! — l’œil chargé d’un pleur involontaire,

Il rêve d’échafauds en fumant son houka.

Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,

— Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère !

 

Charles Baudelaire. (Les fleurs du mal)

 

(A suivre)

 

 

 

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10 septembre 2021 5 10 /09 /septembre /2021 09:06

Ballon Rouge - Paul Klee

La musique commença comme un ressac de mer sur les rochers, l’éclat majestueux des timbales propulsé par le souffle des cors donna à l’entrée la hauteur au mouvement, suivi d’une rafale de frottement des archers sur les cordes des violons, une gestation vive courte et impétueuse sans demi teinte sans concession. La gravité de l’alto, dans une proportion égale, empoigna d’une main de fer l’ambiance du salon, une formation à l’image de ce spectacle saisissant et harmonieux des oiseaux migrateurs dessinant dans le ciel une tâche noir nuit puis d’un mouvement brusque agencé depuis le commencement des temps se séparent s’éloignent les uns des autres et par un étonnant et ineffable appel la chorégraphie ailée se reforme, se ramasse trempe une nouvelle fois ses rémiges dans un encrier ouvré en des âges reculés et continue sa gestation artistique. Toutes ces mesures dans leurs beautés, étaient maintenant verrouillées dans le corps de Mikaël qui s’attachait par une soif épidermique à en boire le philtre, à oublier ses désillusions.

Nécessaire est-il de préciser que Mikaël n’est pas un mollusque ni un crustacé, n’a pas la chair en dessous des os mais bien à l’air libre couverte par quatre mètre carré de peau tourmentée?!! C’est un vrai sismographe carné, suffit d’un friselis d’émotion pour se mettre à la  recherche d’un abri. L’œuvre de Brahms culminait à présent à son paroxysme, Mikaël attendait encore l’entré de son soliste préféré, le pianiste, son annonce était toujours faite par les instruments les plus perfides qu’il n’a jamais aimé: les bois. Souffler dans un bois c’est comme se blesser au pied, vous perdez l’équilibre, vous descendez le versant de la montagne, jadis conquise, comme un tibétain qui se prend les jambes dans sa parure ocre.

Mikaël était aussi en quelque sorte un soliste dans sa vie, il veut jouer à sa manière sa partition, ne pas obéir à celle des autres en les laissant toucher aveuglément aux cordes de son existence, se faire gentiment prendre par la main pour rendre ses journées insipides. Non, ce simulacre ne peut que l’enfoncer encore un peu plus dans cette toile tissée par la culpabilité et la peur. Par quel bout de chemin va-t-il sortir un jour quand à chaque fois il doit ravaler sa pensée, se nier à soi-même pour faire plaisir aux autres et offrir en guise d’assentiment ce rire cynique qui ravage son cœur. Il se sent tellement égaré dans ses jours qu’il n’arrive même plus à savoir ce qu’il veut. Devrait-il continuer à réprimer son véritable moi et passer son temps à se faufiler, raser les murs, errer comme un aliéné  dans toutes les directions à la recherche d’une sortie heureuse ou faut-il accepter définitivement son désespoir de n’être finalement qu’un crétin à la merci des autres…How many roads must a man walk down…chantait Bob Dylan.

le tempo moins pulsé intéressa Mikaël et intimait à l’orchestre à seconder maintenant le soliste qui, de toute sa hauteur et de ses poignées légères, les doigts voûtés sur le clavier suspendus en l’air comme un rapace qui se prépare à fondre sur sa proie lança une fusée d’arpèges entraînant  d’un seul coup  plus de trois cent pièces en bois d’ébène transformant leurs matérialités en essence spirituelle.

Ce jeu d’harmonie délia petit à petit l’entremêlement des pensées de Mikaël et le sédiment épais et inconscient  dans lequel il se sentait empêtré se transforma  soudain en cristal de roche translucide et lumineux. Une forme d’euphorie quasi inespérée, rare, se propagea tout le long de son corps enrobé d’une liberté  étrange qu’il n’a jamais connu, regarda ses mains comme s’il les voyait pour la première fois, toucha son visage pour s’assurer de lui-même puis, par une imagination résurgente, poussa les portes de son esprit et fila à rebours dans le temps pour voir le déroulé de la journée. Il y était à chaque instant, était-ce moi se dit-il?

Pendant longtemps Mikaël a passé ses jours comme un passager de bus faisant le trajet debout  accroché aux poignées luttant contre la force d’inertie sans jamais  pouvoir descendre au terminus, garrotter par les sangles à son vécu, payant le même tribut, martelé par les mêmes questions, forcé de donner les même réponses, jusqu’à quand demeurera-t-il mêlé à ces ornières, il n’avait pourtant ni excuses pour y rester ni de courage pour en sortir, ébahi comme un arbre millénaire devant les événements de la vie et maintenant ce sentiment douloureux d’être pris dans les serres a subitement disparue, cette complétude si longtemps recherchée lui procurant la sensation d’être achevé ne manquant de rien, le déchargeait de toute nécessité à prouver à lui-même l’impératif et nécessaire sentiment d’utilité, et que sentir sa présence, côtoyer sa propre odeur, être ami avec lui-même sans forcément faire quelque chose devint une évidence. Lui dont l’esprit était toujours actif à s’employer à faire quelque chose pour éviter de s’approcher des margelles de l’abîme, voilà maintenant qu’un charme habillé en paresse délicieuse venait bercer ses pensées, le manœuvrait paisiblement pour que les voiles de cette mystérieuse flânerie se présentent le mieux possible au vent qui l’emportait, le poussait vers des perceptions inconnus. Cette légèreté pourtant lui était étrangère le désarmait et l’éloignait de ce qu’il qualifiait auparavant de certitude ou du moins pour ce qu’il en prenait pour cela. Mais pourquoi chercher à être utile se dit-il ! L’utilité quand elle est bonne pour autrui sans apporter un avantage spirituel et sensible à soi-même est quelque chose de méprisable ! Ah mon Dieu, faites à ce que jamais je n’aurais à mélanger brosse à dents et amitié !!!

Tandis que son calme affaissait tout son être sur l’assise du fauteuil, son regard nouveau et serein, guidé par une lenteur séculaire, entreprit à parcourir son espace. Une réserve de douceur venait de chaque coin de la maison se déposer dans le massif de son cœur, tendresse presque maternelle, ardeur calme pleine de promesse mue par un frémissement secret d’une main ciselée d’arabesque, de poème en henné qui démasqua soudain tout son poids, devint léger comme les regards azurées et, par le même élan attentionné, ne manqua pas d’admirer son tableau fétiche, Ballon Rouge de Paul Klee. Une peinture à la fois chaude et énigmatique où la couleur rime avec confession. Ce sont les traces de ce peintre poète, son admiration pour cet art à la fois abstrait et expressionniste  qui lui a inoculé ce courage désobéissant pour créer son propre monde. Cette œuvre vivante pour elle même faisant fi de toutes les perspectives, réveillant la foi mieux que toute religion, associant cube cylindres et cônes n’ouvrant son cœur qu’au plus téméraire des amants.

(A suivre épisode VIII) 

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Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
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Peut-être un jour

Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?
Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
Porsche 356 1300 coupé 1951
Porsche 356 A 1500 GT Carrera 1958
Porsche 356 châssis 356.001
Porsche Carrera 911



 
 

  

 

des mots en image

D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

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