Le ramasseur de pierres est mon premier roman édité chez L’Harmattan. En réalité il s’agit de mon deuxième en tant qu’auteur. Le premier, publié en autoédition, s’intitulait Midi et un peu plus tard….
L’idée première qui m’animait pour écrire ce livre était la suivante : comment parler du temps linéaire et du temps circulaire. Je sais qu’il existe aussi un temps psychologique et un temps chronologique ; néanmoins, mon but n’était pas d’en faire une thèse ou un essai mais simplement de raconter comment le déroulement des évènements est perçu, dans ce milieu précis, par l’esprit du personnage.
Cela demeure — et continue de l’être — un grand défi, surtout lorsqu’on se rappelle la célèbre phrase de saint Augustin, qui m’a accompagné tout au long de l’écriture, et continue encore aujourd’hui à me prendre la main.
Dans Les Confessions il écrit : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus ».
Seules les vérités universelles traversent les siècles, n’est-ce pas ? Voilà vous êtes averti ! Alors, ne me demandez pas ce qu’est le temps : laisser plutôt ma plume vous le raconter !
Dans cet article, je vais développer le premier chapitre, Tanger d’abord, car il constitue la clé de lecture de tout le livre.
En effet, ce chapitre est l’alpha, la primeur, le seuil que vous allez franchir pour ouvrir la porte symbolique d’une pensée qui vous conduira dans les méandres à la fois esthétiques et existentiels du personnage Mikaïl — et peut-être même de son auteur.
Mikaïl regarde la mer, le détroit de Gibraltar. C’est une faille mythique, un lieu de passage pour les hommes, mais peut-être aussi une échancrure de l’âme, creusée par les doutes et le questionnement. La géographie se mêle à l’être, elle pointe vers lui. De là où il est assis, il voit comment les vagues en recouvrent d’autres comme jadis les millénaires ont recouvert les siècles.
A mesure que le lecteur avance, il s’aperçoit que la tension du mouvement qui se dégage du style hybride de l’écriture sera plus importante que l’intrigue même du roman. Mikaïl arpente, tel un topographe romantique, les mémoires, les héritages et les absences. Il médite sur la migration et le retour des passereaux, celui des saisons aussi, refusant ainsi l’acception d’un temps strictement linéaire et plaçant sa foi dans le temps circulaire et l’éternel retour.
Sa décision principale de partir en faisant le choix de rester est capitale. Elle éclaire le lecteur sur le fait que le personnage a certes pris la résolution de quitter un lieu pour un autre, mais que ce voyage sera avant tout intérieur : un éloignement intime et profond.
Mikaïl aime Tanger, sa ville. Il dit qu’elle respire, qu’elle a un cœur. C’est un être vivant. Elle est lumineuse sans aveugler, nocturne et noire sans être habitée par les ténèbres.
Dans le chapitre suivant on découvrira comment Mikaïl se ressent inactuel face à la vive et frontale spontanéité d’un monde qui n’éprouve aucune difficulté à dire ce qu’il est, car il a été créé pour Etre tel qu’il est — bien loin des doutes et des questionnements du personnage.



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Blanche est ma ville
Brun est mon humidor