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23 août 2021 1 23 /08 /août /2021 09:27

 

Réalisme - Peintre: Laura Knight

l'oeuvre représente la jeune ouvrière Ruby Loftus (1921-2004) travaillant dans une usine d'armement britannique 

Il ferma la porte, alluma la lumière, s’assit sur son fauteuil et déposa la lettre sur la table basse. Il savait ce qu’elle contenait, son frère lui a déjà fait part de ses sentiments mais il n’était pas prêt à l’ouvrir du moins pour ce soir jugeait-il, il pensait d’abord téléphoner au lanceur de pierre pour lui confirmer son choix de poursuivre la formation non avec conviction certes, c’est cette approche cependant, cet homme quelque peu mystérieux qui a pesé sur sa décision,  mais tout son être était encore secoué par les événements de la journée.

Un dégoût indistinct présidait son moment, il n’était pas en lui mais seulement chez-lui, il se sentait démuni, incompris, fauché. Je veux témoigner de mon malaise se disait-il mais les gens préfèrent mille fois se couper d’eux-mêmes, ils disent que ce qu’il y a de mieux dans le genre humain c’est son pouvoir de se soudoyer, de se déguiser par le plus noble subterfuge qui consiste à commuer l’amour en égoïsme, ne pas être soi-même est le but recherché et la technique est universelle, toute simple il suffit d’échanger des phrases bien construite faussées par un esprit logique qui rassure, emprunté d'un sophiste éloquent puis de braire Absalon, Absalon ! Et hop le tour est joué ! Le lapin blanc sort de sa tanière pour vous conduire sur le chemin des songes et des chimères. Une seule condition est requise cependant pour ne pas briser le charme : il est absolument interdit de venir là face à quelqu’un exprimer un sentiment vrai !! Les gens ont peur de ne pas être pardonnés pour ce qu’ils ont osés dire de vrai, ou bien que cela vienne à s’ébruiter qu’untel a bravé notre code sociale, nos plus tendres simagrées, en formulant quelque chose de solide ancrée en nous depuis la naissance des temps. Accepter sa peau est loin de nous être possible quand elle est de chagrin elle vous ira très mal à la fin si vous continuer ainsi à vous soucier de la vérité ! Demander d’abord pour votre argent. Merde à la fin !!

Comment donc s’atteler au bazar de la vie quand on n’y comprend rien. Faut-il lutter pour être simple, pour être tout court. Ce pugilat masqué entre gens bien élevés me tus, où pourrait on aller pour nous sentir uni au monde sans artifices ni convenances, quelle terre recèle le diamant de notre âme. Arriverait-il un jour qu’un humain se réveille?

Tiens! J’ai une bonne idée, je vais vous offrir un livre taillé sur mesure, fait pour vous “le manuel de la vie quotidienne”. Vous êtes un fonctionnaire du jour n’est-ce pas? Vous passez vos journées à vous médiatiser, c’est important, votre nouvelle galaxie c’est lavie.com, la nuit n’en parlons pas vous n’êtes pas là, vous n’êtes jamais là d’ailleurs que dis-je! Ses pages vous collent en Prada, de vraies vespasiennes!  Pitié, lâchez moi la grappe! Vous trempez dans 37° pendant plus de soixante quinze ans et vous n’arrivez même pas à vous ennuyer ni penser à vous suicider, n’est-ce pas cela d’une monotonie exaspérante, vous battez sans arrêt à soixante seize pulsations par minute pendant encore soixante quinze ans, n’est-ce pas cela d’une monotonie exaspérante, comment m'emploierais-je pour arriver à vous convaincre que vous êtes irrévocablement dans un état végétatif caractérisé! Même l’Univers a créé les saisons pour s’amuser et vous! Des pizzas et encore des pizzas voilà!  Que le désert de Gobi vous dévore, de la folie à boire, de l’oubli à manger pour les têtes qui ne me reviennent pas, il faudrait bien que vous tombiez malade un jour, vous en seriez heureux croyez moi, vivre c’est être longtemps malade disait Socrate, encore que moi je vous ai à l’œil, vous êtes de ces voyageurs qui n’ont jamais ouvert leurs valises, passant d’une chambre à l’autre, les yeux vitreux, le teint pâle, le galbe lourd malmené par le rythme de l’existence, malade de porter si longtemps votre corps, essorés comme une serpillère, vous ai dévoilé menteurs, engeance incrédule, baroudeurs pédants, larbins, bigotes qui mangent dans les gargotes, sortez des vents, venez ici faire foule avec vos semblables vulgates apocryphe de la création, vous étendez sur le ciel le tarot pour dessiller vos craintes, vous n’avez pas encore compris que la croûte terrestre se pourlèche de vos os, savez-vous au moins pourquoi elle est plus épaisse que vos espoirs? Ecoutez inanité perchée sur un nid d’aigle, vous n’êtes que lubie du colosse locataire du ciel, rendez grâce à vos mimiques simiesque qui ont leurrer la pesanteur pour gagner votre verticalité immanente, laissez l’anse des rivages suspendre votre regard sur l’insensé horizon, peut être qu’alors entre deux instants croupissant d’ennui il vous chamarrera de promesse pour oublier le cri des foules écrasées par la faim, le pain sans beurre, le thé froid, le sourire muet flottant sur une mer glauque. Couardise. Peut-être aussi que dans cette tragédie irréversible et inodore vous recouvrerez votre équanimité pour aller rejoindre les ambiances qui se nouent  dans les venelles, écouter les murmures invisibles, les bruissements des ombres éclaboussées, soufflées par une main froide pétrie dans l’indifférence, visage démoniaque des cœurs aveugles.

Mon Dieu! Un manège de question tourne  autour d’un moyeu vide et sans fond, un mal être au carrefour de Shibuya.  Comme tombant du faîte d’un arbre, Mikael s’accrochait à tout ce qui pourrait le fixer, empêcher ce désarroi de s’emparer de lui, les jugements à tour de bras, les affronts imaginaires, les déceptions du passé bourrelées de ressentiments et la boucle incessante du questionnement: pourquoi! Pourquoi! Pourquoi!

Soudain une tension verticale le poussa vers l’avant, le bras tendu comme un non voyant, il se dirigea vers le buffet en bois. Par accès de tension ou de passion ses doigts, prenant l’agilité des chevaux franchissant les haies équestre, se mirent à parcourir ses vinyls  puis, d’un geste vif retira son disque préféré pour ces moments: Brahms concerto n°1.

La tête en fournaise, les gestes simple, il retira le disque de sa pochette, s’appliqua à l’essuyer calmement, mis le 33 tours sur sa platine Technics, souleva le bras et déposa avec soin la cellule en diamant sur le bord du sillon puis, d’un mouvement de recul, craignant un embrasement de son corps, plongea en profondeur dans son fauteuil club. Les accotoirs en forme d’obus revêtus en vieille peau d’animal avaient l’habitude d'accueillir ces muscles durs méditerranéens aussi tendus que les nœuds des oliviers.

(Asuivre)

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Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
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Peut-être un jour

Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?
Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
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D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

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