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11 octobre 2021 1 11 /10 /octobre /2021 08:31

Félix Vallotton - 1900

J’aime beaucoup la peinture du genre celle qui prend pour objet, dans le sillage du pinceau, les scènes de la vie quotidienne.

Car en dehors de l’ordinaire que nous reste-t-il ?

Il est vrai que le coutumier, l’habituel, le familier nous rassure en quelque sorte. Avoir des habitudes c’est bien, ca vient tout seul par soi-même, il n’y a pas d’effort à déployer.

Nous sommes là donc à rabouter les instants bout à bout, tissant ce fil trivial composé de portion pensable qui nous sépare, nous protège de l’abîme, nous éloignent des margelles de la folie.

Mais sommes-nous que cela!?

Chaque jour que l’Univers fait, les humains dans leur rôle d’alchimiste mal assuré, font de leurs mieux pour transformer le banal, le muer en quelque chose d’inattendu, de pittoresque et d’émouvant.

Parviendraient-ils ?

Donc je regarde ce tableau et je sens monter en moi d’abord une forme d’angoisse. Ce placard grand par ses pans, ouvert à l’image des flans d’une bête sauvage, abrite sur ses étagères qui sommeillent dans un fond noir, inconscient, un ensemble de linge de pièces de tissu employées aux besoins du ménage. Il n’y a presque que cela, des tissus blanc traversés en bordure par une bandelette rouge.

Le tout dessine et peint la tyrannie des jours, ce rituel épuisant qui se manifeste ainsi sur la tête de la maitresse de maison.

Maintenant qu’elle s’est acquittée de toutes ses charges elle a besoin d’être seule, de lâcher prise, de se recueillir pour conjurer l’insignifiante médiocrité des heures, c’est alors qu’elle est devenue forte !

Elle a prie sa lampe à pétrole (nous sommes en 1900), s’est diriger vers la bête a ouvert ses flans et s’est agenouiller en s’appuyant sur sa main gauche comme sur un prie-Dieu.

Dans un fond bleu apaisant, un bleu muet et accueillant où toute pensée se dissout et devient muette, elle cherche dans la diversité de sa mémoire, dans des boîtier petits et grands, les réponses à ses questions, aère par ses souhait d’un lendemain meilleur les souvenirs entassés puis, tel le feu échappant de la lampe, rallume le foyer de son cœur, rêve et désire partir. C’est ainsi que les bandelettes rouges du linge se transforment en voiles de voiliers représentés sur l’abat-jour et le fond bleu du placard en lagune ou en méditerranée.

 

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27 septembre 2021 1 27 /09 /septembre /2021 14:38

Giorgio De Chirico - La récompense du devin - 1913

(la peinture métaphysique)

La couleur argentée de la lune annonçait déjà la soirée. Une flottille d'oiseaux en formation traversait le ciel, le battement gracieux de leurs ailes, le cou tendu fièrement vers l’avant, allaient assurément vers l'intérieur des terres. Depuis sa baie vitrée, Mikaël regardait cette lueur bleue pâle qui s’étendait en large bande du cap de Malabata jusqu’au village de Nouinouiche. L’étoile de Sirius, tirant en laisse le Grand Chien, grimpait lentement au-dessus du village, suivant dans son sillage zodiacal la constellation d'Orion. A l’ouest, couché sur les vagues miroitantes de l’atlantique, le soleil plongeait dans un éclat de lumière vermeille, battant le rappel aux derniers éclats roses qui coloraient les nuages. Bientôt un bleu noir sera étendu sur le ciel de Tanger. 

A l'extérieur, le silence des murmures devenait audible. L’espace public change, au gré de l’obscurité, en espace privé. Les éventaires amovibles des marchands fuyards reviennent couvrir les parcelles des trottoirs. Enfermés dans leurs silences, les hommes, marchant sous les réverbères, tressent le suc amer des souvenirs aux fragrances de l’oubli. Les errants, fatigués par les méandres de leurs patries, cernés par une mer entre terres défensives et le massif montagneux du Rif, retrouvent les traces de leurs chemins. Le fardeau du jour et des heures s’éloigne maintenant de leurs épaules, s’élève au gré de leurs détentes pour aller démêler leurs soucis au-delà des hauts immeubles et des remparts. Les visages laissent apparaître soudain les traits d’une joie, d’un bonheur oublié. Les plus téméraires enjamberont peut-être le rivage de la Méditerranée pour narguer cette brèche faite par les titans. 

Les mendiants attirés par les gémissements de la terre, cherchent un gîte aux pieds des murs balafrés, au seuil des mosquées silencieuses, ruminent la chute de leurs existences, cachent leurs tribulations par une feuille de vigne, puis  se souviennent des visages inconnus qui ont enrichi la main orpheline. Pourtant, le matin venu, ils oublieront leurs indigences, échangerons leurs pauvreté contre de la misère , seront comme des soldats affamés de l’émoi des passants prêts à exécuter une nouvelle fois la scène de leurs drames.  

Les amoureux s’enlacent et se collent aux écorces des arbres, aux angles des rues. De quelques encoignures, montent des voix avachies de vice, les vents arrivaient avec leurs moissons de langues étranges mêlées aux ardeurs marines, aux étreintes des caresses furtives tempérées par un inquisiteur psaume de la sourate de l’ouverture. Le bruit de la vie est de retour dans les arbres, les feuilles boivent à la rosée du soir. Un parfum de chanvre et de thé à la menthe somnole déjà sous une langoureuse racine méditerranéenne. 

Au crépuscule les écrans s’éteignent, la finance éclipse, pour une nuit, ses crocs dans les interstices de la cupidité misèreuse, les brouettes grinçantes des chantiers se taisent, les mains gercés par la terre à force de retourner le sol se délestent de leurs outils, les ouvriers cessent de lubrifier les machines qui crachent onze dirhams l’heure, le peuple est solitaire perdu dans l’épaisseur de l’existence, les larmes facettées en diamant illuminent pourtant les visages et rappellent ce que nous sommes. Quand vient le soir et ses caprices un nouveau monde se crée, les groupes séparés le matin se reforment, les affinités effacent les inimitiés et querelles du début du jour, les vantards et les patibulaires s’y associent puis, sans peine,  le renseignement s’y mêle pour lester les hâbleurs du poids de leurs paroles. La grisaille électrique du jour, hâtée par la forte nuance des ombres devient moins pesante, les roches des serments arides tombent en pierres fines dans les jarres des vignes. Que d’hommes inquiets et nerveux deviendront calme et pieux quand le fleuve de la vie ralentit son cours pour que chacun puisse choir dans sa tombe au gré d’un vent sans rives, se répandre dans les rainures des nécropoles peints à la Giorgio De Chirico pour mendier à la vie un brin de compréhension, un moment d’amour, un instant de grâce et  d'indulgence à son égard. 

Les hommes savent pour ce soir, oui ils savent que pour cette fois encore ils vont vivre la nuit de leurs morts, perdus au sein d’un vaste néant obscure , les lèvres plaqués contre les glandes mammaires de la vie, suçant le lait placebo de l’espoir, conduit par une main courante habillant le lendemain par les apparats fantoches de la veille, roulant sur une roturière habitude jusqu’à ce que les lèvres soient déchiquetés par une zygomatique hypocrisie. Peut être adviendra-t-il qu’une idée vengeresse absurde et salvatrice grimpera à contre sens dans les œsophages avide de vin et de silence pour vomir la langue, chasser les phonèmes, brutaliser les rêves et transformer les rituels caramels en un frémissement de vapeur. Mais Tanger a un coeur, mais Tanger demeure toujours impatiente d'accueillir dans son espace et ses milieux les dionysiaques, agacée par l’attente de croiser dans ses rues et avenues ces hommes qui consentent, l’haleine aviné et le rire lascif, à composer avec l’irrationnel, quittant pour une nuit encore leurs raisons pour inventer leurs paroles, laissant leurs corps, amidonné le jour, devenir léger et improvisé le soir. D’aucun sûrement alors partiront dans une fosse lubrique encore plus profonde que le furoncle qui s’étend sur cette terre, là ils vont échancrer leurs pustules, laisser couler leurs vomissures dans les plis de leurs regrets, épancher leurs peurs dans les bouteilles pansues d’alcool et quand les dernières lumières de leurs esprit seront enrobées de vapeurs fumigènes,  ils iront se moucher dans les seins plantureux des libertines.

Mais laissez-moi vous présenter un ami, parce que nous sommes d’une bonté exécrable, ignoble et détestable que je ne peux me résoudre à garder pour moi seule cette vérité, une plus longue attente aurait raison de mon cœur. Notre ami d’outre tombe a chanté bien avant moi cette existence et moi j’en prédis une engeance pleutre que seule une graine poser sur l’humus de la terre pourrait vaincre.

 

Au Lecteur

La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,

Occupent nos esprits et travaillent nos corps,

Et nous alimentons nos aimables remords,

Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;

Nous nous faisons payer grassement nos aveux,

Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,

Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste

Qui berce longuement notre esprit enchanté,

Et le riche métal de notre volonté

Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !

Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;

Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas,

Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange

Le sein martyrisé d’une antique catin,

Nous volons au passage un plaisir clandestin

Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes,

Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,

Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons

Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie,

N’ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins

Le canevas banal de nos piteux destins,

C’est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,

Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,

Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,

Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !

Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,

Il ferait volontiers de la terre un débris

Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C’est l’Ennui ! — l’œil chargé d’un pleur involontaire,

Il rêve d’échafauds en fumant son houka.

Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,

— Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère !

 

Charles Baudelaire. (Les fleurs du mal)

 

(A suivre)

 

 

 

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20 septembre 2021 1 20 /09 /septembre /2021 15:54

 

 

 

"Je n'écris pas parce que je sais,j'écris parce que j'aime."

Siglo 21ème  siècle Après J.C

 

 

 

 

 

Judith - August Riedel 1840

 

J'ai choisie 3 œuvres sur le même thème, l'ordre dans lequel elles sont présentés est volontaire.

Donner à voir, prendre le temps de regarder, laisser venir à nous ce qui est dit.

Il est dans nos habitudes ce réflexe de vouloir nous accrocher trop vite, à chercher trop tôt et hâtivement les instruments qui nous permettent de lire, déchiffrer ce qui est offert au regard. Nous revenons sur nos pas après avoir accepter non sans souffrance cette amère illusion que la rue qui mène à soi est une impasse, sommes poussés alors vers les mandibules de la bête, cette tyrannique injustice que l’on fait à soi-même en empruntant les arguments supposés vraie d’un tiers connaisseur. S’aventurer par nos propres moyens pour donner notre point de vue est risqué, Big Brother, 1984, est entrain de nous voir, il peut nous juger !

C’est donc appuyer la thèse qu’aimer ne peut être que démontrable, provenant d’une analyse clinique, un chemin en acier alambiqué et luisant.

Il faut faire vite, passer à autre chose, pas assez de temps pour changer d’yeux, Proust est mort ! Presses toi changeons plutôt de paysage, d’œuvre, avance, avance, l’horizon recule, vite l’art est long, colles toi au chemin de tes prédécesseurs, il y a de la pesanteur et du quotidien c’est tout ce dont tu as besoin pour avoir des Ready-to-wear.   

Ô combien nous œuvrons, sans le savoir, pour être loin de nous-mêmes.

Je publie donc cet article en apportant progressivement des ajouts, je voudrais laisser voir d’abord.

Un événement assez fortuit m’a conduit à cette publication qui n’est en fin de compte que le fruit de mon imagination. En effet l’autre jour j’étais au café de la cinémathèque de Tanger, mon voisin de la table à côté à ma droite parlais d’une voix forte et puissante, je me suis retourné légèrement pour voir, j’étais alors surpris vraiment de reconnaître en lui le portrait physique de Nabuchodonosor II le roi de Babylone, celui qui a mandaté son général Holopherne pour mener une guerre contre tout le Proche-Orient en assiégeant Béthulie ville de Judith !!!!

Le classement que j’ai choisi (Le Caravage, Artemisia puis Klimt) est établi selon l’ordre croissant de l’engagement de l’artiste à ce tragique événement. 

La relation de l’artiste à ce drame est illustrée en effet selon moi par l’intensité de l’action qu’il met entre les mains de Judith et sa servante. C’est la traduction picturale de cette situation qui échelonne la scène sur un registre personnel croissant (du moins personnel au plus personnel), le spectateur en regardant ces peintures est donc appelé progressivement à donner chaque fois un peu plus de lui-même.

Je me sens un peu indécis, je ne sais pas si je devrais aimer ou pencher un peu plus que je ne l'étais pour l’approche de Le Caravage ou pas. Ce sentiment équivoque vient d’abord du fait que l’artiste nous donne à comprendre qu’il accorde plus d’importance à l’histoire à la morale d’un peuple qu’à la passion et le courage d’une femme, ensuite il exprime son doute sur les  sentiments réels  de Judith vis à vis d’Holopherne.

J’avance cela pour les raisons suivantes qui appuient je le pense mes impressions:

  1. Le Caravage théâtralise la scène par le rideau du fond du tableau et donne une certaine noblesse à l’action.
  2. La servante qui accompagne Judith est une vieille femme qui représente le peuple sa morale. La morale est un cloître ancestral qui encercle par ses vieilles colonnes les êtres humains. Le rideau rouge cherche à anoblir ce peuple. Judith ne vient pas pour se venger mais pour appliquer la sentence, donner vie par la mort au souhait  d’un peuple opprimé.
  3. J’ai observé une expression de tristesse sur le visage de Judith comme si elle était peiné par son geste, affligée par ce qui est entrain de se dérouler, distante, n’approuve pas ou presque  son acte!
  4. les yeux, le regard d’Holopherne c’est celui d’un homme que la vie n’a pas encore quitté il cherche peut-être celui de Judith qu’elle n’a pas le droit de le lui offrir, la vieille, le peuple la regarde. C’est un regard vrai!

La représentation de Le Caravage est magnifique mais vide de passion à l'égard de Judith, Il a donné tout au peuple de Béthulie  sans rien lui laissé à elle.

 

Le Caravage

 

Artemisia Gentileschi a créé deux versions pour cette œuvre, l’une au musée Capodimonte de Naples et l’autre que j’ai choisi de commenter (encore une fois j’ai mes raison, c’est une question d'appréciation que je déclinerais au fur et à mesure ), au musée des Offices à Florence, Italie.

En regardant ce tableau, j'ai noté tout de suite que c’est une histoire de fille! C’est personnel et cela ne pourrait concerner qu’une femme. Voir par conséquent l’histoire sur le viol de Judith. c’est très bien expliqué et commenté.

La servante est jeune, met la main à la pâte et se joint avec un plaisir affiché à la mise à mort d' Holopherne, c’est presque une fête du sacrifice.

j’ai opté pour la version du musée de Florence pour deux choses:

  1. Le drapé constitué de  deux tissus l’un blanc et l’autre rouge couvrant la moitié du corps d’Holopherne se retrouve dans les manches retroussées de Judith et de sa servante, comme si les trois personnages étaient d’un même avis sur ce qui est entrain de se passer.
  2. Encore une fois le regard d’Holopherne y est plus vivant, la version du musée de Naples montre des yeux plutôt jaune comme si Judith n’exécutait en fin de compte qu’un cadavre!

Artemisia Gentileschi

Artemisia Gentileschi

J’ai commencé cet article en déclinant au lecteur mon choix de présentation des trois œuvres: en premier Le Caravage, en second Artemisia Gentileschi puis Gustav Klimt en dernier et dont le fil conducteur de ce choix était le niveau d’engagement de l’artiste, son ardeur à faire ressortir le sentiment, la force de l’acte de Judith dans la mise à mort d’Holopherne.  Si les deux premiers artistes ont fait une représentation dans le feu de l'action, Klimt s’en est distingué par une mise en forme post-mortem.

En effet, Gustav Klimt a représenté ce récit d’une manière originale et tout à fait différente. Il nous donne à voir à peine la tête tranchée d’Holopherne, elle ne figure qu’à moitié et à une toute petite partie du tableau, toute la force du pinceau est transporté par le désir en quelque sorte morbide de Judith, son corps repu de vengeance s’est mis soudain à libérer ses paroles érotiques un regard lascif, ses formes, sa poitrine dressée à peine cachée par un déshabillé transparent à ondulations bleuâtres rappelant les profondeurs océaniques là où les plus intrépides marins ont perdus la vie.

Judith n’est pas venue à Holopherne en tant que prisonnière, mais une capture d’un regard grivois et paillard, un regard désirant qui annonce une rencontre fatale.

Judith s’est imposée par ce qu’elle a de plus fémin, c’est par son abondant à ce qu’elle a de plus chère, sa féminité, qu’elle a pu vaincre.

 

                                         Gustav Klimt

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10 septembre 2021 5 10 /09 /septembre /2021 09:06

Ballon Rouge - Paul Klee

La musique commença comme un ressac de mer sur les rochers, l’éclat majestueux des timbales propulsé par le souffle des cors donna à l’entrée la hauteur au mouvement, suivi d’une rafale de frottement des archers sur les cordes des violons, une gestation vive courte et impétueuse sans demi teinte sans concession. La gravité de l’alto, dans une proportion égale, empoigna d’une main de fer l’ambiance du salon, une formation à l’image de ce spectacle saisissant et harmonieux des oiseaux migrateurs dessinant dans le ciel une tâche noir nuit puis d’un mouvement brusque agencé depuis le commencement des temps se séparent s’éloignent les uns des autres et par un étonnant et ineffable appel la chorégraphie ailée se reforme, se ramasse trempe une nouvelle fois ses rémiges dans un encrier ouvré en des âges reculés et continue sa gestation artistique. Toutes ces mesures dans leurs beautés, étaient maintenant verrouillées dans le corps de Mikaël qui s’attachait par une soif épidermique à en boire le philtre, à oublier ses désillusions.

Nécessaire est-il de préciser que Mikaël n’est pas un mollusque ni un crustacé, n’a pas la chair en dessous des os mais bien à l’air libre couverte par quatre mètre carré de peau tourmentée?!! C’est un vrai sismographe carné, suffit d’un friselis d’émotion pour se mettre à la  recherche d’un abri. L’œuvre de Brahms culminait à présent à son paroxysme, Mikaël attendait encore l’entré de son soliste préféré, le pianiste, son annonce était toujours faite par les instruments les plus perfides qu’il n’a jamais aimé: les bois. Souffler dans un bois c’est comme se blesser au pied, vous perdez l’équilibre, vous descendez le versant de la montagne, jadis conquise, comme un tibétain qui se prend les jambes dans sa parure ocre.

Mikaël était aussi en quelque sorte un soliste dans sa vie, il veut jouer à sa manière sa partition, ne pas obéir à celle des autres en les laissant toucher aveuglément aux cordes de son existence, se faire gentiment prendre par la main pour rendre ses journées insipides. Non, ce simulacre ne peut que l’enfoncer encore un peu plus dans cette toile tissée par la culpabilité et la peur. Par quel bout de chemin va-t-il sortir un jour quand à chaque fois il doit ravaler sa pensée, se nier à soi-même pour faire plaisir aux autres et offrir en guise d’assentiment ce rire cynique qui ravage son cœur. Il se sent tellement égaré dans ses jours qu’il n’arrive même plus à savoir ce qu’il veut. Devrait-il continuer à réprimer son véritable moi et passer son temps à se faufiler, raser les murs, errer comme un aliéné  dans toutes les directions à la recherche d’une sortie heureuse ou faut-il accepter définitivement son désespoir de n’être finalement qu’un crétin à la merci des autres…How many roads must a man walk down…chantait Bob Dylan.

le tempo moins pulsé intéressa Mikaël et intimait à l’orchestre à seconder maintenant le soliste qui, de toute sa hauteur et de ses poignées légères, les doigts voûtés sur le clavier suspendus en l’air comme un rapace qui se prépare à fondre sur sa proie lança une fusée d’arpèges entraînant  d’un seul coup  plus de trois cent pièces en bois d’ébène transformant leurs matérialités en essence spirituelle.

Ce jeu d’harmonie délia petit à petit l’entremêlement des pensées de Mikaël et le sédiment épais et inconscient  dans lequel il se sentait empêtré se transforma  soudain en cristal de roche translucide et lumineux. Une forme d’euphorie quasi inespérée, rare, se propagea tout le long de son corps enrobé d’une liberté  étrange qu’il n’a jamais connu, regarda ses mains comme s’il les voyait pour la première fois, toucha son visage pour s’assurer de lui-même puis, par une imagination résurgente, poussa les portes de son esprit et fila à rebours dans le temps pour voir le déroulé de la journée. Il y était à chaque instant, était-ce moi se dit-il?

Pendant longtemps Mikaël a passé ses jours comme un passager de bus faisant le trajet debout  accroché aux poignées luttant contre la force d’inertie sans jamais  pouvoir descendre au terminus, garrotter par les sangles à son vécu, payant le même tribut, martelé par les mêmes questions, forcé de donner les même réponses, jusqu’à quand demeurera-t-il mêlé à ces ornières, il n’avait pourtant ni excuses pour y rester ni de courage pour en sortir, ébahi comme un arbre millénaire devant les événements de la vie et maintenant ce sentiment douloureux d’être pris dans les serres a subitement disparue, cette complétude si longtemps recherchée lui procurant la sensation d’être achevé ne manquant de rien, le déchargeait de toute nécessité à prouver à lui-même l’impératif et nécessaire sentiment d’utilité, et que sentir sa présence, côtoyer sa propre odeur, être ami avec lui-même sans forcément faire quelque chose devint une évidence. Lui dont l’esprit était toujours actif à s’employer à faire quelque chose pour éviter de s’approcher des margelles de l’abîme, voilà maintenant qu’un charme habillé en paresse délicieuse venait bercer ses pensées, le manœuvrait paisiblement pour que les voiles de cette mystérieuse flânerie se présentent le mieux possible au vent qui l’emportait, le poussait vers des perceptions inconnus. Cette légèreté pourtant lui était étrangère le désarmait et l’éloignait de ce qu’il qualifiait auparavant de certitude ou du moins pour ce qu’il en prenait pour cela. Mais pourquoi chercher à être utile se dit-il ! L’utilité quand elle est bonne pour autrui sans apporter un avantage spirituel et sensible à soi-même est quelque chose de méprisable ! Ah mon Dieu, faites à ce que jamais je n’aurais à mélanger brosse à dents et amitié !!!

Tandis que son calme affaissait tout son être sur l’assise du fauteuil, son regard nouveau et serein, guidé par une lenteur séculaire, entreprit à parcourir son espace. Une réserve de douceur venait de chaque coin de la maison se déposer dans le massif de son cœur, tendresse presque maternelle, ardeur calme pleine de promesse mue par un frémissement secret d’une main ciselée d’arabesque, de poème en henné qui démasqua soudain tout son poids, devint léger comme les regards azurées et, par le même élan attentionné, ne manqua pas d’admirer son tableau fétiche, Ballon Rouge de Paul Klee. Une peinture à la fois chaude et énigmatique où la couleur rime avec confession. Ce sont les traces de ce peintre poète, son admiration pour cet art à la fois abstrait et expressionniste  qui lui a inoculé ce courage désobéissant pour créer son propre monde. Cette œuvre vivante pour elle même faisant fi de toutes les perspectives, réveillant la foi mieux que toute religion, associant cube cylindres et cônes n’ouvrant son cœur qu’au plus téméraire des amants.

(A suivre épisode VIII) 

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1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 19:01

                                                                  L’Ocre (ocre et rouge sur rouge) 1954

 

 

L’œuvre de Mark Rothko vous fait face.

C’est un tableau en quelque sorte totalitaire.

La première couche de peinture presque invisible est rouge, rouge éclatant, sans faille ni hésitation, une mécanique sans âme,

Elle est comme cachée par une couleur ocre, brumeuse,  cette fois la main est indécise, humaine,

N’y chercher rien, pas de symbole  image ou figure qui pourrait vous rassurer,

Il n’y a rien c’est comme un cercle sous forme d’un carré, aucun point ne vous abritera,

C’est une œuvre déroutante, vous n’avez pas le temps d’installer quelque habitude, vos habitudes de regarder un tableau ou bien cela peut-être ne vous est-il pas permis,

Pas de compromis entre le spectateur et cette peinture, c’est tout ou rien,

L’artiste n’est pas sommé d’expliquer ou de faire comprendre,

C’est au spectateur de s’adapter s’il se donne le temps,

C’est un éclat de feu et d'épiderme soit on regarde, soit on part,

Si le tableau vous parait inaccessible partez je vous prie,

Si l’œuvre, pour vous, ne présente pas tous les aspects pour aimer une création alors partez je vous prie ne rester pas là,

Cette peinture selon vous est abstraite, son rendu est nul car il n’y a aucun élément figuratif quelque signe auquel vous pouvez vous accrocher,

Ce qui est possible c’est de patienter d’entrer en contact avec ce tableau, si l’échange s’établit sous forme de dérangement, de déstabilisation alors vous êtes sur la bonne voie, l’œuvre ne peut être accessible que par approfondissement successif disait Kandinsky.

Regarder un tableau est une expérience intérieure qui vous appartient à vous et à personne d’autre, ce n’est pas une méthode mais un sentiment intérieur, difficile à transmettre c’est pour cela qu’il est à vous et à personne d’autre.

Si par contre rien ne s’imprime en vous c’est le signe qu’il vous reste des choses à accomplir : vous défaire de la jouissance immédiate, de l’éphémère, de votre attachement aux apparats de la vérité,

Cherchez-vous peut-être un petit manuel accroché aux bordures du tableau à consulter pour comprendre,

L’artiste n’y est pas forcé, il a changé, bouleverser la façon de communiquer d’un artiste,

C’est lui qui choisi ses spectateurs,

Sachez que l’auteur met en cause votre regard, votre conscience esthétique commune,

Vous voulez imposer à l’artiste vos valeurs esthétiques qui ne sont que le produit de la morale grossière et banale,

Il y a décadence du regard pas celui de l’art.

 

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Published by Siglo - dans Art Contemporain
23 août 2021 1 23 /08 /août /2021 09:27

 

Réalisme - Peintre: Laura Knight

l'oeuvre représente la jeune ouvrière Ruby Loftus (1921-2004) travaillant dans une usine d'armement britannique 

Il ferma la porte, alluma la lumière, s’assit sur son fauteuil et déposa la lettre sur la table basse. Il savait ce qu’elle contenait, son frère lui a déjà fait part de ses sentiments mais il n’était pas prêt à l’ouvrir du moins pour ce soir jugeait-il, il pensait d’abord téléphoner au lanceur de pierre pour lui confirmer son choix de poursuivre la formation non avec conviction certes, c’est cette approche cependant, cet homme quelque peu mystérieux qui a pesé sur sa décision,  mais tout son être était encore secoué par les événements de la journée.

Un dégoût indistinct présidait son moment, il n’était pas en lui mais seulement chez-lui, il se sentait démuni, incompris, fauché. Je veux témoigner de mon malaise se disait-il mais les gens préfèrent mille fois se couper d’eux-mêmes, ils disent que ce qu’il y a de mieux dans le genre humain c’est son pouvoir de se soudoyer, de se déguiser par le plus noble subterfuge qui consiste à commuer l’amour en égoïsme, ne pas être soi-même est le but recherché et la technique est universelle, toute simple il suffit d’échanger des phrases bien construite faussées par un esprit logique qui rassure, emprunté d'un sophiste éloquent puis de braire Absalon, Absalon ! Et hop le tour est joué ! Le lapin blanc sort de sa tanière pour vous conduire sur le chemin des songes et des chimères. Une seule condition est requise cependant pour ne pas briser le charme : il est absolument interdit de venir là face à quelqu’un exprimer un sentiment vrai !! Les gens ont peur de ne pas être pardonnés pour ce qu’ils ont osés dire de vrai, ou bien que cela vienne à s’ébruiter qu’untel a bravé notre code sociale, nos plus tendres simagrées, en formulant quelque chose de solide ancrée en nous depuis la naissance des temps. Accepter sa peau est loin de nous être possible quand elle est de chagrin elle vous ira très mal à la fin si vous continuer ainsi à vous soucier de la vérité ! Demander d’abord pour votre argent. Merde à la fin !!

Comment donc s’atteler au bazar de la vie quand on n’y comprend rien. Faut-il lutter pour être simple, pour être tout court. Ce pugilat masqué entre gens bien élevés me tus, où pourrait on aller pour nous sentir uni au monde sans artifices ni convenances, quelle terre recèle le diamant de notre âme. Arriverait-il un jour qu’un humain se réveille?

Tiens! J’ai une bonne idée, je vais vous offrir un livre taillé sur mesure, fait pour vous “le manuel de la vie quotidienne”. Vous êtes un fonctionnaire du jour n’est-ce pas? Vous passez vos journées à vous médiatiser, c’est important, votre nouvelle galaxie c’est lavie.com, la nuit n’en parlons pas vous n’êtes pas là, vous n’êtes jamais là d’ailleurs que dis-je! Ses pages vous collent en Prada, de vraies vespasiennes!  Pitié, lâchez moi la grappe! Vous trempez dans 37° pendant plus de soixante quinze ans et vous n’arrivez même pas à vous ennuyer ni penser à vous suicider, n’est-ce pas cela d’une monotonie exaspérante, vous battez sans arrêt à soixante seize pulsations par minute pendant encore soixante quinze ans, n’est-ce pas cela d’une monotonie exaspérante, comment m'emploierais-je pour arriver à vous convaincre que vous êtes irrévocablement dans un état végétatif caractérisé! Même l’Univers a créé les saisons pour s’amuser et vous! Des pizzas et encore des pizzas voilà!  Que le désert de Gobi vous dévore, de la folie à boire, de l’oubli à manger pour les têtes qui ne me reviennent pas, il faudrait bien que vous tombiez malade un jour, vous en seriez heureux croyez moi, vivre c’est être longtemps malade disait Socrate, encore que moi je vous ai à l’œil, vous êtes de ces voyageurs qui n’ont jamais ouvert leurs valises, passant d’une chambre à l’autre, les yeux vitreux, le teint pâle, le galbe lourd malmené par le rythme de l’existence, malade de porter si longtemps votre corps, essorés comme une serpillère, vous ai dévoilé menteurs, engeance incrédule, baroudeurs pédants, larbins, bigotes qui mangent dans les gargotes, sortez des vents, venez ici faire foule avec vos semblables vulgates apocryphe de la création, vous étendez sur le ciel le tarot pour dessiller vos craintes, vous n’avez pas encore compris que la croûte terrestre se pourlèche de vos os, savez-vous au moins pourquoi elle est plus épaisse que vos espoirs? Ecoutez inanité perchée sur un nid d’aigle, vous n’êtes que lubie du colosse locataire du ciel, rendez grâce à vos mimiques simiesque qui ont leurrer la pesanteur pour gagner votre verticalité immanente, laissez l’anse des rivages suspendre votre regard sur l’insensé horizon, peut être qu’alors entre deux instants croupissant d’ennui il vous chamarrera de promesse pour oublier le cri des foules écrasées par la faim, le pain sans beurre, le thé froid, le sourire muet flottant sur une mer glauque. Couardise. Peut-être aussi que dans cette tragédie irréversible et inodore vous recouvrerez votre équanimité pour aller rejoindre les ambiances qui se nouent  dans les venelles, écouter les murmures invisibles, les bruissements des ombres éclaboussées, soufflées par une main froide pétrie dans l’indifférence, visage démoniaque des cœurs aveugles.

Mon Dieu! Un manège de question tourne  autour d’un moyeu vide et sans fond, un mal être au carrefour de Shibuya.  Comme tombant du faîte d’un arbre, Mikael s’accrochait à tout ce qui pourrait le fixer, empêcher ce désarroi de s’emparer de lui, les jugements à tour de bras, les affronts imaginaires, les déceptions du passé bourrelées de ressentiments et la boucle incessante du questionnement: pourquoi! Pourquoi! Pourquoi!

Soudain une tension verticale le poussa vers l’avant, le bras tendu comme un non voyant, il se dirigea vers le buffet en bois. Par accès de tension ou de passion ses doigts, prenant l’agilité des chevaux franchissant les haies équestre, se mirent à parcourir ses vinyls  puis, d’un geste vif retira son disque préféré pour ces moments: Brahms concerto n°1.

La tête en fournaise, les gestes simple, il retira le disque de sa pochette, s’appliqua à l’essuyer calmement, mis le 33 tours sur sa platine Technics, souleva le bras et déposa avec soin la cellule en diamant sur le bord du sillon puis, d’un mouvement de recul, craignant un embrasement de son corps, plongea en profondeur dans son fauteuil club. Les accotoirs en forme d’obus revêtus en vieille peau d’animal avaient l’habitude d'accueillir ces muscles durs méditerranéens aussi tendus que les nœuds des oliviers.

(Asuivre)

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7 août 2021 6 07 /08 /août /2021 11:17

 

La femme qui pleure de Picasso

A l’approche de l’immeuble où il habitait, une sombre inquiétude l’enveloppa. L’idée de croiser la concierge dans le hall mis en alerte tout son corps qui s’activa à rappeler ses dernières réserves d’adrénaline de la journée en vue de faire face au carnassier le plus féroce de l’espèce humaine. De loin il pouvait déjà voir le manège triste de la poussière et la toile d’araignée qui disputaient la lumière, étouffaient de leurs charpies le lustre accroché au plafond du portail de l’édifice. Un jaune malin peignait l’espace, convulsait les traits déjà have.  Au seuil empestait la taupe aux sourcils botoxées, la desquamation du clan. La porte de la mégère en bois vermoulu était suffisamment entr’ouverte pour que l’apparence de la tanière et son atmosphère glauque vient à lui avec ses murs debout écailleux incommode révélant un lourd rideau grenat pendu bien haut dont la seule fonction est de chasser la lumière. Couronné  d’un blanc post mortem labouré de chiures de mouches, des mouches en Poirot et Agatha Christie, le rideau tombait maladroitement sur une table de cuisine   entourée de deux chaises coupables, le tout reposait  sur un carrelage avachi par une langue d’émeri. Soudain les oreilles de Mikael captèrent un bruit de pieds enchaussant des savates. Il est fait se dit-il, le prédateur a déjà repéré sa proie. Comme un péon subalterne, lâché par le Matador dans une corrida aux arènes, il se pencha du côté de l’antre armé uniquement de sa cape attendant le surgissement de la bête, mais une odeur pestilentielle embaumant toute l’entrée, une odeur de ragoût fermenté dans une litière de chat finit par le distraire et se trouva nez à nez avec une excroissance en forme de tête de crapaud visqueux drapée d’une peau gloutonne, posée sur un corps humain. Les rides partaient dans tous les sens dessinant des lignes, des angles, cubes et trapèze, Dora Maar n’était à côté qu’une figurine de réserve pour un art mineur. Les joues flasques pleuraient leurs mésaventures humaines, les cheveux hirsutes mal couvert par un fichu mis à la hâte, ceignaient un visage marqué par des pupilles flottantes dans des yeux bouffis  comme deux poissons trisomique impropres à l’aquarium. D’entre les arcades partait un nez épaté aux narines proéminentes reposant sur une bouche veuve, les lèvres en berne forment une vachette de portes monnaie à fermoir métallique clic clac. L’intention de l’espèce était sans équivoque, elle cherchait par son regard dans les recoins les plus sombres de son vis-à-vis un indice susceptible de trahir un sentiment mal enfoui, une rebuffade mal digérée ou la trace d’un événement inattendue car, la nuit venue, elle doit donner à manger à la smala et répondre grassement à la question générique « y a du nouveau aujourd’hui? » avant d’entamer le plat de résistance que les viscères de Mikael ont souvent agrémentés. Dans une procession lunaire, la femme ou ce qu’il en restait de l’être féminin, se rapprocha de Mikael, se pourlécha les lèvres par sa langue fourchue, apprêta son dard puis l’aborda d’une voix à la fois nasillarde et retirée comme si elle prenait son élan pour un long interrogatoire : « Alors MÔsieur Mikael, nous sommes pressé aujourd’hui paraît il ! Quelque chose ne va pas ? »  

Notre ami était sur le gril, percé à jour il voulu s’engager dans les escaliers  mais c’était sans compter sur la ténacité de la concierge qui n’a pas encore fini d’écosser  son meilleure légume de la journée et s’apprêtait à harponner davantage sa prise pour mieux s’attabler lors du souper en roulant pour sa moitié le meilleur mauvais tabac dans le bulletin de la journée. Mikael était largement avisé pour ne pas sous estimé la race de cette espèce qui se trouve être la cheville ouvrière de tout district qui se respecte. C’est une créature spécialement dressée par les commis de l’état pour porter à leurs oreilles toute incongruité, changement dans les attitudes etc. il ne faut pas éveiller de soupçons mais encore faut-il en échapper ! À cet instant le facteur, en libérateur, s’introduisit dans le hall apportant un lot de correspondance, un met de choix pour notre vipère qui lâcha la bride à Mikael. A peine eut-il atteint le deuxième étage que la même voix l’appela « Mikael mon petit, descend, tu as reçu une lettre de ton frère Ismaël » puis « mais qu’est-il partit faire celui là à Paris ! » Mikael descendit arracha la lettre des mains de la méduse et regagna rapidement son appartement.

(A suivre épisode VI) 

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29 juillet 2021 4 29 /07 /juillet /2021 10:39

 

Chasseurs dans la neige de Pieter Bruegel l'Ancien

 

Chasseurs dans la neige est l’une de mes peintures préférées. Bruegel ! Bruegel ! Quel magnifique présent tu as laissé à l’humanité ! Et dire que quelques unes de tes peintures, vu que tu as été influencé par Jérôme Bosch, sont d’un ordre surréaliste !

Je n’ai jamais été plongé, happé par une peinture davantage que par celle-ci. J’ai une soudaine envie de mettre mes patins d’hiver et d’aller me mêler à la foule, filer et glisser avec les gens du village sur l’étang gelé.

C’est une œuvre puissante où, et c’est souvent rare, la nature semble alliée à l’homme, une absence d’hostilité presque totale. Tout ce qui est vivant est rendu avec une couleur sombre ou brune, les hommes, les chiens, les arbres et le peuple sur les étangs. Ils appartiennent tous au même monde, ils sont ses acteurs.

Je pense que c’est la saison d’hiver, c’est la fin d’un après midi clément, un dimanche je dirais, le devoir religieux qui rend les gens compassé et amidonné par tant de moralité a été accompli, maintenant les églises sont vides et les paroissiens libres, il n’y a que les méandres de la rivière qui serpentent vers l’horizon.

Les hommes fatigués, les chiens aussi, brun et sombre comme leurs maîtres, la chasse a été maigre, passent par dérision devant l’auberge à gauche qui s’appelle « Au Cerf » alors qu’ils n’ont rapportés qu’un lapin ou un renard. Un chien pourtant va relever cette plaisanterie, avez-vous déjà vu une queue de chien en forme de spirale !!! Eh bien le chien du centre en en a bien une !  Oui, très bien fait le chien on a compris que la vie est une roue en mouvement, révolution, évolution et élévation.

J’ai aimé cette couleur glauque du ciel et de la rivière, cet oiseau qui vole en Saint-Esprit bénissant le courage des hommes et l’ambiance exceptionnelle de cette journée, pour une fois que la nature a bien voulue ranger ses armes pour reconsidérer son amitié aux êtres humains.

Plusieurs motifs m’ont permis d’y plonger : l’essor de cet oiseau comme un réticule indiquant la profondeur à viser, la différence des tons entre les couleurs, la perspective des arbres.

Pour conclure je dirais que dans cette œuvre magistrale de Bruegel, il y a autant de pensée que de paysages, un équilibre très rare dans la peinture. A mon avis, à la place de l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci j’aurais envoyé dans l’espace sur la sonde Voyager cette peinture de Pieter Bruegel l’Ancien pour dire à toute autre éventuelle intelligence que l’être humain est certes doué de pensée mais qu’il est aussi amour et équilibre.

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21 juillet 2021 3 21 /07 /juillet /2021 13:37

Le Marabout de Henry Matisse

Rue Sidi Ahmed Boukoudja à Tanger Casbah

Son appartement, un studio de trente six mètre carré presque mansardé pour jeune couple à peine marié ou une personne cherchant à débuter dans la vie sans trop de frais, un espace polyvalent, indifférencié où l’évitement n’est pas encore nécessaire, un regard de biais, une aire où demeure la solitude à la fois amante vive et cruelle, c’est sa solitude, la sienne. C’est comme cela qu’il s’attribuait  ce logis, aussi essayait-il d’éviter un potinage inopportun et salace.

La proportionnalité du lieu vous mettaient rapidement à l’aise, la couleur crème légèrement patinée des murs contrastait avec le vert andalous  des syngoniums aux nervures blanches alternant sur les feuilles, les grandes feuilles de monstera plongeaient la pièce jouxtant une baie vitrée dans une ambiance exotique, toutes les plantes qu’il avait chez lui retenaient avec délicatesse la lumière du jour qui venait d’une belle terrasse orientée vers l’Est  surplombant la grande avenue de Fès. A voir les objets qui emplissaient l’espace on était vite fixer sur la psychologie du locataire : c’est le type du cadre moyen: Tableaux largement reproduit de peintres connus, livres dans une édition de grande masse rangés dans une petite bibliothèque à cinq étages, dictionnaire, une encyclopédie incomplète, deux fauteuils club face à un buffet couleur bois forêt à quatre portes sur lequel est posé une télé, chaîne hi-fi compacte, quelques disques en vinyle, cendrier et télécommande sur une table basse, quelques journaux.

Mais il avait peur, oui une peur bleu le prenait au ventre à chaque fois qu’il empruntait les escaliers pour descendre, il témoignait en cela une vrai compassion à Raskolnikov ce pétersbourgeois qui logeais une mansarde au dernier étage de l’immeuble, éprouvait la même angoisse quand il glissait en colimaçon au travers de l’édifice où il habitait, a vécu le châtiment d’être incompris par les siens puis a fini par commettre un crime.

Passer par les cinq pallier avant d’atteindre la lumière d’entrée de l'édifice est une épreuve psychologiquement difficile, une vraie ordalie. Chaque étage était infesté de commérages comme le bruit de millier de cancrelat qui s’abattait sur un morceau de viande pourri, les absurdités de la vie, l'échange de phrases de convenances et hypocrites, les médisances qu’il imaginait entendre à son endroit sur sa situation à lui, le manque de travail, la pauvreté et plus que tout encore qu’il haïssait c’était le repaire de la mégère au rez-de-chaussée.

Cela faisait plusieurs mois maintenant, depuis que ses parents sont partis pour le sud du Maroc, qu’il n’a pas reçu la visite de quelqu’un. Sa mère s’arrangeait souvent du mieux qu’elle pouvait après s’être libérer de ses tâches ménagères de lui rendre visite. Son père, n’a jamais voulu quitter les quartiers de la vieille ville pour venir s’installer au centre parmi les bétonnières comme il aimait à dire. C’était pour lui une action purement bourgeoise que d’emménager vers la ville d’aspect européen, brocanter la demeure de ses aïeux pour un trois pièces, une boîte tout juste fonctionnelle, une machine à habiter comme aurait dit le Corbusier privée de toute confession, sans âme ni mémoire, c’était à tous propos  non envisageable.

Il était un enfant de la médina il lui appartenait, changer les choses ne servirait qu’à rendre sa famille malheureuse. Cinq fois par jour il prenait la direction de l’Est pour faire sa prière, chercher le Nord n’a jamais été son problème, c’est une question civilisationnelle, scientifique, sa foie n’en n’a pas besoin mais il comprenait. Il se rappelait son grand-père, le père de son père qui lui disait:

« Ecoute mon enfant, les gens qui habitent la ville européenne sont des mécréants. Habiter dans des avenues en lignes droites ou perpendiculaire affublées de sens, de directions est une offense à notre créateur car le sens nous est donné uniquement par Lui. Notre conception de l’espace est en tout égard respectueuse de notre croyance, celle de croire entre-autres au retour de notre prophète Issa fils de Mariam et laquelle nous permet de porter en nous avec joie cette dimension cachée de l’éternel retour, du temps répétitif et circulaire, comment donc avoir foi en cela et habiter des lignes rectilignes dont on n'en reviendra peut-être jamais. L’espace pourrait certainement influencer ton appartenance mon enfant. Regarde notre médina ses venelles sont sinueuses, pleines de chicanes et d’impasses, les portes des maisons sont intimes et révélatrices de la catégorie sociale de leurs hôtes, alors quand quelqu’un nous demandes après un lieu on lui communique uniquement l’emplacement mais jamais la direction, c’est de relais en relais en implorant l’aide de Dieu par la formule Inchallah qu’il peut atteindre le lieu recherché."

L’atmosphère y était pâteuse, pâlissait son regard, alourdissait ses paupières, l’humidité chargée des embruns de la mer du fait de leurs forte proximité au débarcadère donnait du fil à retorde à son épouse pour améliorer l’intérieur de sa maison en peignant à la chaux les murs ignorés par les rayons du soleil.  Il lui était encore impensable de se défaire des cris des mouettes rieuses, des cornes de brume des bateaux qui, le temps aidant, s’est mis à en reconnaître même les ports de provenance, Algésiras, Gibraltar, Cadix….Non, pour rien au monde il ne quittera sa Médina ses amis voisins toute confession confondue.

(A suivre Episode V)

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12 juillet 2021 1 12 /07 /juillet /2021 10:23

 

Les amants de René Magritte

Son idiosyncrasie pourtant était son dernier rempart contre une aliénation certaine. Son cheminement sur la voie dissipa peu à peu sa mièvrerie intellectuelle et se sentit soudain suffisamment enhardie pour se colleter avec cette pâte gélatineuse dans laquelle il se voyait engouffré et  tant qu’à faire l’assommer par un discours rédempteur, il voulait croquer la pomme de René Magritte qui cachait le visage de ses concitoyens, ces fils de l’homme,  jusqu’aux pépins pour voir, les yeux dans les yeux, le regard vitreux de ces renifleurs de rayons de grandes surfaces, leurs faire payer à prix fort ce désir malsain de tout vouloir cacher, d’avorter ce jeu entre apparat visible et vérité cachée, tirer à boulet rouges dans cette masse compacte de fossoyeurs d’esprit libre, administrer une bonne leçon à ce troupeau morbide, électeurs de berger sans étoiles. Il était absolument évident  pour lui, sans besoin d’un effort quelconque pour le comprendre, que tous ses congénères étaient vrillés dans un même sens, maquillés de manière à ce qu’il n’y ait pas photo, jamais ! Ils sont appelés pour être « tout comme », à creuser leurs ornières comme dans des tranchés se mettant ainsi à l’abri, oui à l’abri de toute pensée qui aurait la prétention de les éclairer, de les éveiller à eux même pour écouter le battements de leur cœur au lieu du journal de vingt heure, la pub du beurre à tartiner,  guettant chaque aurore ou un soit peu de lumière, prêts à en découdre avec toute velléité qui oserait les dévier de leurs sens de leurs façons uniques de voir, accoutumés à la mort en esprit sont-ils, vivants sous la couleur cendrée de la lune, addictes au diktat des grands magnats du fric de la bouffe de la clope de la gnole et des gaudasses, à toute une génération on a gaulé puis élaguer les branches jusqu’à ne plus pouvoir porter ses propres fruits, jeté en pâture à la toile, tué ses rêves et disséminer à tout vent ses graines, une dystopie totale dont les arcanes nanométriques tissées en dollar vert subliment les désirs par les embrasures des esprits, voler le diamant qui coule sur les joues,………Quoi !....Quoi ?!....... Vous dites ?!.........Vous croyez que je suis Winston Smith c’est ça ? Alors venez me chercher bande de bonobos, j’ai la langue bien pendu et les ongles mal coupés heureusement pour mieux vous débarrassés des poux opiniâtres  qui fleurissent dans votre cuir chevelue, vous ont bouffés le crâne jusqu’au plancher, oui ça me démange de vous donner une bonne leçon et au marteau cette fois comme aurait dit Nietzsche, car je divinise le mépris à votre égard bande de moine cybermarketteur, consommateurs de codes barres, smartphonistes, vous frottez à moi ! Éloignez plutôt, espèce de Fartitoss, votre épiderme dépareillé qui n’aime d’ailleurs ni la promiscuité ni la contrainte pour que vous ne puissiez jamais élaborer vos propres moyens de résistance, restez branché donc et encensez vos principe civilisateurs d’impéritie de purificateur d’ozone et de sauveurs de baleine à la con ! Vous voulez me mettre à nu moi !  Je vous dis que je n’aime pas la nudité car voyez-vous j’ai des complexes, et croyez moi c’est bien d’avoir un complexe ca vous donne une image moins affectée et plus humaine à votre sujet. Confusions Will Be My Epitaph,…chantait Krimson.

Personne ne se permettait la moindre fantaisie, le moindre caprice ou passion alors que le ferment de la vie a pris et prend toujours naissance dans le labyrinthe des rhizomes et le chaos étoilé du ciel.

Rasséréné par sa diatribe, il jugea qu’il était temps de repartir chez lui. La marche l’a d’ailleurs un peu libéré des circonvolutions de la matinée et doit absolument téléphoner au Lanceur, maintenant qu’il s’est décidé à poursuivre cette formation et prendre l’emploi.

A suivre Episode IV

 

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Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
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Peut-être un jour

Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?
Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
Porsche 356 1300 coupé 1951
Porsche 356 A 1500 GT Carrera 1958
Porsche 356 châssis 356.001
Porsche Carrera 911



 
 

  

 

des mots en image

D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

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