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29 juillet 2021 4 29 /07 /juillet /2021 10:39

 

Chasseurs dans la neige de Pieter Bruegel l'Ancien

 

Chasseurs dans la neige est l’une de mes peintures préférées. Bruegel ! Bruegel ! Quel magnifique présent tu as laissé à l’humanité ! Et dire que quelques unes de tes peintures, vu que tu as été influencé par Jérôme Bosch, sont d’un ordre surréaliste !

Je n’ai jamais été plongé, happé par une peinture davantage que par celle-ci. J’ai une soudaine envie de mettre mes patins d’hiver et d’aller me mêler à la foule, filer et glisser avec les gens du village sur l’étang gelé.

C’est une œuvre puissante où, et c’est souvent rare, la nature semble alliée à l’homme, une absence d’hostilité presque totale. Tout ce qui est vivant est rendu avec une couleur sombre ou brune, les hommes, les chiens, les arbres et le peuple sur les étangs. Ils appartiennent tous au même monde, ils sont ses acteurs.

Je pense que c’est la saison d’hiver, c’est la fin d’un après midi clément, un dimanche je dirais, le devoir religieux qui rend les gens compassé et amidonné par tant de moralité a été accompli, maintenant les églises sont vides et les paroissiens libres, il n’y a que les méandres de la rivière qui serpentent vers l’horizon.

Les hommes fatigués, les chiens aussi, brun et sombre comme leurs maîtres, la chasse a été maigre, passent par dérision devant l’auberge à gauche qui s’appelle « Au Cerf » alors qu’ils n’ont rapportés qu’un lapin ou un renard. Un chien pourtant va relever cette plaisanterie, avez-vous déjà vu une queue de chien en forme de spirale !!! Eh bien le chien du centre en en a bien une !  Oui, très bien fait le chien on a compris que la vie est une roue en mouvement, révolution, évolution et élévation.

J’ai aimé cette couleur glauque du ciel et de la rivière, cet oiseau qui vole en Saint-Esprit bénissant le courage des hommes et l’ambiance exceptionnelle de cette journée, pour une fois que la nature a bien voulue ranger ses armes pour reconsidérer son amitié aux êtres humains.

Plusieurs motifs m’ont permis d’y plonger : l’essor de cet oiseau comme un réticule indiquant la profondeur à viser, la différence des tons entre les couleurs, la perspective des arbres.

Pour conclure je dirais que dans cette œuvre magistrale de Bruegel, il y a autant de pensée que de paysages, un équilibre très rare dans la peinture. A mon avis, à la place de l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci j’aurais envoyé dans l’espace sur la sonde Voyager cette peinture de Pieter Bruegel l’Ancien pour dire à toute autre éventuelle intelligence que l’être humain est certes doué de pensée mais qu’il est aussi amour et équilibre.

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21 juillet 2021 3 21 /07 /juillet /2021 13:37

Le Marabout de Henry Matisse

Rue Sidi Ahmed Boukoudja à Tanger Casbah

Son appartement, un studio de trente six mètre carré presque mansardé pour jeune couple à peine marié ou une personne cherchant à débuter dans la vie sans trop de frais, un espace polyvalent, indifférencié où l’évitement n’est pas encore nécessaire, un regard de biais, une aire où demeure la solitude à la fois amante vive et cruelle, c’est sa solitude, la sienne. C’est comme cela qu’il s’attribuait  ce logis, aussi essayait-il d’éviter un potinage inopportun et salace.

La proportionnalité du lieu vous mettaient rapidement à l’aise, la couleur crème légèrement patinée des murs contrastait avec le vert andalous  des syngoniums aux nervures blanches alternant sur les feuilles, les grandes feuilles de monstera plongeaient la pièce jouxtant une baie vitrée dans une ambiance exotique, toutes les plantes qu’il avait chez lui retenaient avec délicatesse la lumière du jour qui venait d’une belle terrasse orientée vers l’Est  surplombant la grande avenue de Fès. A voir les objets qui emplissaient l’espace on était vite fixer sur la psychologie du locataire : c’est le type du cadre moyen: Tableaux largement reproduit de peintres connus, livres dans une édition de grande masse rangés dans une petite bibliothèque à cinq étages, dictionnaire, une encyclopédie incomplète, deux fauteuils club face à un buffet couleur bois forêt à quatre portes sur lequel est posé une télé, chaîne hi-fi compacte, quelques disques en vinyle, cendrier et télécommande sur une table basse, quelques journaux.

Mais il avait peur, oui une peur bleu le prenait au ventre à chaque fois qu’il empruntait les escaliers pour descendre, il témoignait en cela une vrai compassion à Raskolnikov ce pétersbourgeois qui logeais une mansarde au dernier étage de l’immeuble, éprouvait la même angoisse quand il glissait en colimaçon au travers de l’édifice où il habitait, a vécu le châtiment d’être incompris par les siens puis a fini par commettre un crime.

Passer par les cinq pallier avant d’atteindre la lumière d’entrée de l'édifice est une épreuve psychologiquement difficile, une vraie ordalie. Chaque étage était infesté de commérages comme le bruit de millier de cancrelat qui s’abattait sur un morceau de viande pourri, les absurdités de la vie, l'échange de phrases de convenances et hypocrites, les médisances qu’il imaginait entendre à son endroit sur sa situation à lui, le manque de travail, la pauvreté et plus que tout encore qu’il haïssait c’était le repaire de la mégère au rez-de-chaussée.

Cela faisait plusieurs mois maintenant, depuis que ses parents sont partis pour le sud du Maroc, qu’il n’a pas reçu la visite de quelqu’un. Sa mère s’arrangeait souvent du mieux qu’elle pouvait après s’être libérer de ses tâches ménagères de lui rendre visite. Son père, n’a jamais voulu quitter les quartiers de la vieille ville pour venir s’installer au centre parmi les bétonnières comme il aimait à dire. C’était pour lui une action purement bourgeoise que d’emménager vers la ville d’aspect européen, brocanter la demeure de ses aïeux pour un trois pièces, une boîte tout juste fonctionnelle, une machine à habiter comme aurait dit le Corbusier privée de toute confession, sans âme ni mémoire, c’était à tous propos  non envisageable.

Il était un enfant de la médina il lui appartenait, changer les choses ne servirait qu’à rendre sa famille malheureuse. Cinq fois par jour il prenait la direction de l’Est pour faire sa prière, chercher le Nord n’a jamais été son problème, c’est une question civilisationnelle, scientifique, sa foie n’en n’a pas besoin mais il comprenait. Il se rappelait son grand-père, le père de son père qui lui disait:

« Ecoute mon enfant, les gens qui habitent la ville européenne sont des mécréants. Habiter dans des avenues en lignes droites ou perpendiculaire affublées de sens, de directions est une offense à notre créateur car le sens nous est donné uniquement par Lui. Notre conception de l’espace est en tout égard respectueuse de notre croyance, celle de croire entre-autres au retour de notre prophète Issa fils de Mariam et laquelle nous permet de porter en nous avec joie cette dimension cachée de l’éternel retour, du temps répétitif et circulaire, comment donc avoir foi en cela et habiter des lignes rectilignes dont on n'en reviendra peut-être jamais. L’espace pourrait certainement influencer ton appartenance mon enfant. Regarde notre médina ses venelles sont sinueuses, pleines de chicanes et d’impasses, les portes des maisons sont intimes et révélatrices de la catégorie sociale de leurs hôtes, alors quand quelqu’un nous demandes après un lieu on lui communique uniquement l’emplacement mais jamais la direction, c’est de relais en relais en implorant l’aide de Dieu par la formule Inchallah qu’il peut atteindre le lieu recherché."

L’atmosphère y était pâteuse, pâlissait son regard, alourdissait ses paupières, l’humidité chargée des embruns de la mer du fait de leurs forte proximité au débarcadère donnait du fil à retorde à son épouse pour améliorer l’intérieur de sa maison en peignant à la chaux les murs ignorés par les rayons du soleil.  Il lui était encore impensable de se défaire des cris des mouettes rieuses, des cornes de brume des bateaux qui, le temps aidant, s’est mis à en reconnaître même les ports de provenance, Algésiras, Gibraltar, Cadix….Non, pour rien au monde il ne quittera sa Médina ses amis voisins toute confession confondue.

(A suivre Episode V)

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12 juillet 2021 1 12 /07 /juillet /2021 10:23

 

Les amants de René Magritte

Son idiosyncrasie pourtant était son dernier rempart contre une aliénation certaine. Son cheminement sur la voie dissipa peu à peu sa mièvrerie intellectuelle et se sentit soudain suffisamment enhardie pour se colleter avec cette pâte gélatineuse dans laquelle il se voyait engouffré et  tant qu’à faire l’assommer par un discours rédempteur, il voulait croquer la pomme de René Magritte qui cachait le visage de ses concitoyens, ces fils de l’homme,  jusqu’aux pépins pour voir, les yeux dans les yeux, le regard vitreux de ces renifleurs de rayons de grandes surfaces, leurs faire payer à prix fort ce désir malsain de tout vouloir cacher, d’avorter ce jeu entre apparat visible et vérité cachée, tirer à boulet rouges dans cette masse compacte de fossoyeurs d’esprit libre, administrer une bonne leçon à ce troupeau morbide, électeurs de berger sans étoiles. Il était absolument évident  pour lui, sans besoin d’un effort quelconque pour le comprendre, que tous ses congénères étaient vrillés dans un même sens, maquillés de manière à ce qu’il n’y ait pas photo, jamais ! Ils sont appelés pour être « tout comme », à creuser leurs ornières comme dans des tranchés se mettant ainsi à l’abri, oui à l’abri de toute pensée qui aurait la prétention de les éclairer, de les éveiller à eux même pour écouter le battements de leur cœur au lieu du journal de vingt heure, la pub du beurre à tartiner,  guettant chaque aurore ou un soit peu de lumière, prêts à en découdre avec toute velléité qui oserait les dévier de leurs sens de leurs façons uniques de voir, accoutumés à la mort en esprit sont-ils, vivants sous la couleur cendrée de la lune, addictes au diktat des grands magnats du fric de la bouffe de la clope de la gnole et des gaudasses, à toute une génération on a gaulé puis élaguer les branches jusqu’à ne plus pouvoir porter ses propres fruits, jeté en pâture à la toile, tué ses rêves et disséminer à tout vent ses graines, une dystopie totale dont les arcanes nanométriques tissées en dollar vert subliment les désirs par les embrasures des esprits, voler le diamant qui coule sur les joues,………Quoi !....Quoi ?!....... Vous dites ?!.........Vous croyez que je suis Winston Smith c’est ça ? Alors venez me chercher bande de bonobos, j’ai la langue bien pendu et les ongles mal coupés heureusement pour mieux vous débarrassés des poux opiniâtres  qui fleurissent dans votre cuir chevelue, vous ont bouffés le crâne jusqu’au plancher, oui ça me démange de vous donner une bonne leçon et au marteau cette fois comme aurait dit Nietzsche, car je divinise le mépris à votre égard bande de moine cybermarketteur, consommateurs de codes barres, smartphonistes, vous frottez à moi ! Éloignez plutôt, espèce de Fartitoss, votre épiderme dépareillé qui n’aime d’ailleurs ni la promiscuité ni la contrainte pour que vous ne puissiez jamais élaborer vos propres moyens de résistance, restez branché donc et encensez vos principe civilisateurs d’impéritie de purificateur d’ozone et de sauveurs de baleine à la con ! Vous voulez me mettre à nu moi !  Je vous dis que je n’aime pas la nudité car voyez-vous j’ai des complexes, et croyez moi c’est bien d’avoir un complexe ca vous donne une image moins affectée et plus humaine à votre sujet. Confusions Will Be My Epitaph,…chantait Krimson.

Personne ne se permettait la moindre fantaisie, le moindre caprice ou passion alors que le ferment de la vie a pris et prend toujours naissance dans le labyrinthe des rhizomes et le chaos étoilé du ciel.

Rasséréné par sa diatribe, il jugea qu’il était temps de repartir chez lui. La marche l’a d’ailleurs un peu libéré des circonvolutions de la matinée et doit absolument téléphoner au Lanceur, maintenant qu’il s’est décidé à poursuivre cette formation et prendre l’emploi.

A suivre Episode IV

 

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4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 07:30

Grenier fortifié à Amtoudi

En ce début d’après midi l’air était frais. Les peupliers plantés en alignement sur les trottoirs, ordonnaient tout le long de l’avenue le regard des passants. Traversé nettement par la lumière, la clarté de l’arbre offrait un abri moins sûr pour les moineaux et les mésanges qui allaient, de leurs battements d’ailes, vers des ramifications plus denses. Le bruissement doux des branches et la jeunesse des  feuilles au vert calme, fournissait une légèreté au vent qui venait caresser les visages des passants mal éveillés de leurs supplices existentiel, arborant chacun un regard ressemblant à une pancarte hissée sur un territoire privé. Inapparente multitude, masse aqueuse insaisissable, échangeant une complexe mémoire pour de simples sensations, badauds, promeneurs, marcheurs, allant vers des attentes bariolées, incertaines, un étang en dérive, une ferme de culture simiesque, sauvage, corps habités par les grandes surfaces traversés par les carrefours de la civilisation où les sémaphores frissonnent, tremblent de leurs hauteurs pour agréer la prise et blâmer le don, quête unique et credo du citoyen moderne. C’est un lot d’âme foulant la terre, inscrit uniquement dans le registre des trottoirs des cafés et des bars. La myopie des semelles aveuglées par la poussière a déjà fait oublier le chemin des bibliothèques, seul leurs mitoyenneté avec des dieux étranges les incitent à troquer leurs chaussures contre des mots évidés, ampoulés qui ne leurs servent à rien sauf à maquiller leur piètre figure, la rendre, au sortir de leurs temples, encore plus pâle, plus lugubre parfois même imprudente, téméraire, certain sont toutefois guai, heureux d'avoir pour un temps, le temps d'une semaine calmer leurs culpabilités et trouver dans la science religieuse un nouvel ersatz, de nouvelles excuses. Mais n'est-il pas vrai que l'omniscience des guides religieux est faite de l’ignorance de leurs fidèles.

Seule la ville de Tanger brûle d’aimer, un amour fou car Tanger convie sans réclamer, Tanger brille de ses dédales plein d’histoires, éclat d’héritage millénaire habillé d’effluve de menthe, d’absinthe, soyeuses ascensions d’un fumet de chanvre. La ville demeure ceinte, calfeutrée dans sa virginité imémorielle malgré les assauts des siècles et des peuples n'ayant pour moitié que le vent d'est qui chante ses ardeurs par le ressac des mers.

Mikael, le ramasseur, était davantage sensible à cette ambiance urbaine compassée, maintenant qu’il était affaibli par les événements de la journée. Observant les pigeons qui venaient au sol chercher leurs nourritures puis prenaient leurs essors pour aller ailleurs sans souffrir de quoi que ce soit, ni de questionnement ni de ce qui pourrait leurs arriver, le plongeait dans une réflexion surnaturelle de laquelle aucune réponse n’en pouvait s’extirper sans qu’il ne ressente la bizarre misanthropie du créateur.

Tout être vivant ici bas restitue à la mère nature de la manière la plus parfaite, la plus naturelle ce qu’il a reçu d’elle. il voyait les tourterelles comme le fruit d’une expression mémorielle dénoyautée de tout ce qui pourrait ébranler la certitude de ce qu’ils sont, rien ne pourrait leurs arriver qui ne soit déjà en eux,  alors que moi, se disait-il se sentant étriqué, son âme flottante dans un corps en forme de morceaux d’anatomie mal cousue, je suis forcé d’être libre, de craindre d’espérer et surtout de réfléchir avant de faire quoi que ce soit pour simplement être, rendre à la création ce qu’elle m’a légué dans sa pureté la plus totale la plus spontanée, la plus naïve, comme si dans cet acte, cet effort quotidien de calculer, peser, remâcher, gamberger, il m’était possible de briller, de faire mieux que le créateur seulement en cogitant. Ah non! Non ! Quelle arrogance, prométhéen moi, jamais ! Je troquerais volontiers les feux et les arts contre une simple vie d’un insecte des champs.

Il était conscient de son impuissance à communier avec le monde, sa canne  invisible faisait encore de lui un marcheur dans la brume. 

Chacun allait de son propre intérêt ici-bas, pensait-il, nul n’accède à l’âge adulte par la Compréhension, la charité et l’accueil de son semblable, on y arrive uniquement par l’appropriation, l’individualité, la personnalisation, la séparation, la mise en valeur agressive pour la distinction, tais-toi tu n’es bon à rien, range moi ce clapet pour que je ne l’entende plus !

Tout est privé tout est particulier rien n’est partagé.

A suivre Episode III

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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 10:16

 

Photo prise à Amtoudi, nous étions logés chez l'habitant. Amtoudi est un village situé au sud du Maroc. Là-bas, la pierre est le seul biais par lequel les dessins rupestres et les greniers fortifiés racontent l'histoire des Hommes du paléolithique à l'avènement des dynasties marocaines.

 

Episode I

 

Le ramasseur de pierres est embauché. Il demande à l'employeur, Le lanceur de pierres, de commencer à jeter quelques cailloux pour qu'il puisse entamer sa fonction de Ramasseur.

L'employeur l'air un peu goguenard l'invite à relire sa fiche d'emploi. Le ramasseur après lecture, note effectivement avec stupéfaction qu'il doit se déplacer simultanément avec le lanceur, attendre d’abord la chute du caillou pour déterminer ensuite l’itinéraire du ramassage n’est pas à l’ordre du jour. Un temps pour lancer un autre pour récupérer ce n’est pas dans les cordes du patron. Conséquence : Soit ensemble, soit pas de travail ! Mais alors, se dit-il estomaqué, ai-je pour tâche de prévoir la portée du projectile ou de ramasser ? Il fait part de ses doutes au Lanceur qui, affectant un regard déluré, l'exhorte à suivre pour cela la formation adéquate qui consiste à apprendre comment passer d'une perception linéaire de l'espace à une perception circulaire. La simultanéité nécessaire pour mener à bien sa fonction de Ramasseur de pierres n'est possible que dans ce nouvel espace. Seulement voilà, comme un avertissement d'une posologie d'emploi, le Lanceur met en garde le préposé contre un bouleversement radical et irréversible de sa vie.

Raidit dans son corps comme un lapin qui vient de sentir le danger, le Ramasseur est plus que jamais dans le désarroi. Lui qui ne demandait que le prix de sa peine voilà qu'on cherche maintenant à changer sa vie.

Le ramasseur demanda quelques heures de réflexions. Une retraite pour mûrir sa décision ne peut que lui faire du bien. Transi par son orgueil cependant, il ne se donna pas le temps nécessaire et accepta le défi. Quoi se disait il, même si c’est un mal fait il n’en pourrait naître qu’un bien fait.

Il communiqua sa décision au Lanceur et de son empressement à débuter sa formation sans tarder. Cela prendra combien de temps pour apprendre ? demanda-t-il à l’employeur qui lui répondit assurément que cela dépendait de lui puis précisa, comme s’il parlait à lui-même, l’air un peu perdu dans ses pensées, que moins il aura des souvenir de son passé  et mieux il apprendra et vite.

Le visage du ramasseur cette fois accusa un reflux de sang soudain, devint blanc comme un drap mortifère, toute son expression parti vers un même point de fuite. Abasourdi, la réponse du Lanceur lui imprima un mouvement de recul qui le fit partir sans dire mot. Son regard le quittait déjà cherchant au loin auprès des horizons perdus un quelconque asile pour réfléchir, une branche d’eucalyptus, un parapet d’une maison tangéroise sur le front de la méditerranée pour déposer son chef, s’arrêter un moment, mûrir et reconsidérer les événements du jour. Il se sentait comme un badaud pris dans une scène de rue ordonnée par un escamoteur rusé, une main présentait un objet l'autre main dissimulée, déjà à l’œuvre, préparant à son insu  le prochain tour surprise pour soigneusement l’alléger. Peut-être aussi que l’employeur cherchait à l’avertir que le monde est ainsi fait, un assortiment de tours de passe-passe pour détourner l’attention des gens de la vraie vie ! Son air enjoué et sa manière un peu folâtre de donner la réplique n’avait rien de rassurant et manifestement ce qu’il disait semble cacher bien des choses. 

Mais qu’est-ce qui se passe, marmonnait-il, je demande à travailler et on m’avertit que cela pourrait changer ma vie, j’accepte les conditions de la formation et voilà qu’on vient en surplus sans aucun scrupule m’annoncer que l’encadrement ne réussirait que si je me séparais de mes souvenirs, en somme de mon passé, ma mémoire, mes pensées crues. Mais que serais-je sans cela, une outre vide qui a perdu son vieux vin ? Je ne veux de mal à personne, ma seule quête est de trouver un travail pour remplir la panse est-ce si compliqué à comprendre? Il est jeté dans le fantastique, en plein casting pour Metropolis, le micro à la main chantant Radio Gaga. Il voulait exploser, lâcher bride à sa colère, laisser cette lave magmatique venant de temps géologique les plus reculés grimper au travers de son corps comme une aigreur acide afin de remettre à l’heure ce monde infâme. Mais au plus profond de lui-même il savait que cela ne pouvait avoir lieu et que tout au plus on entendra un craquement de fumerolles sur ses lèvres, d’abord parce qu’il avait cette fâcheuse aptitude à tout refouler ensuite, et ceci est l’essentiel, il n’avait pas encore les moyens pour être lui-même.

 

A suivre prochain Episode II

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 09:23
Le buisson ardent.

La rue les vents,

Parade vagabonde,

Épidermes silencieux, stratosphérique,

Flottants au-dessus des nuages,

Roucoulement des foules,

Caresser la terre,

Murmure des remparts,

Malgré tous les instruments de la mort,                                       

Paroles emmurées,

Dialectes voyageurs,

Haleine au safran,

Instants en ronde-bosse,

Temps en bas-relief,

Vide reposant,

 Plein, ennuyeux,

Welcome to the machin my son

Embruns fouettant,

Miroir perfide,

Ressac des mers,

Mouettes rieuses,

Dansant sur les cornes de brume,

Raton laveur, Inventaire, Jacques Prévert,

Iris galopante sur les sommets ibériques,

Ombres répudiées,

Dystopies en trompettes de parades,

Corps oubliés puis renvoyés,

I'm in the spothlight losing my religion                      

Margelle des infinis,

Cadastres des âmes assoupies,

Reflux de l’instant,

Fragment temporel en suicide,

Cœurs au pays de cocagne,

Cils perchées sur les bords des tuiles,

Blanche est ma terre,

Terrasses polyglottes,

Un peuple,

Vagissements,

Cris,

Épaisseur du silence,

Cherkaoui, Chaïbia, Jerôme Bosch, Césane, Belkahia, Munch, Frida, Le Caravage, Michel-Ange, Henry Miller.....

Main de Fatima,

David,

Mickaël,

Regards ivres,

Averses de rivages,

Cépages tendres,

Rampant dans les veines,

Claquement des mémoires,

Et des livres,

Subversive est ma plume,

Je sais que je ne suis celui que je sais,

Question euthanasiée,

Réponse décomposée, défunte,

 

Confusion will be my epitaphe.

 

 

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24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 09:24

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour bien regarder une œuvre on doit poser beaucoup plus de question à soi-même plutôt qu’à l’adresse de l’artiste.

 

Antoni Tàpiès                                            

Naissance : terre, boue, argile, paille, moignon, papier, union

Mort : effilochures, poussière, décomposition, rupture, coulures, division

Surfaces lisses, rugueuses, travaillées par une série de marquages, d’inscription, donnent un mouvement à l’œuvre. On y retrouve parfois des signes qui nous révèlent avec avarice les sentiers brumeux que le peintre a empruntés. L’austérité chromatique, disparité des tons, altération de la matière, forces contre le prosaïque et l’uniforme, puis le rouge, violence sanguinolente, puis le bistre, couleur des champs bruns frappés abruptement par le soleil ibérique, ou bien une terre fraîchement remuée par la marche forcée des êtres, un aveu alambiqué, une démarche qui farfouille  cherchant à quérir l’informel  donner une certaine dynamique à l’œuvre écrite à partir d’un mystère, une confidence de l’ombre à son invitant qui lui offre l’hospitalité.

Y a-t-il un certain mérite à s’attarder devant de telles œuvres, chiffre, lettre, signe, indétermination des couleurs. Où est l’articulation ? Les chiffres sont-ils une succession d’opérations qui n’ont pas abouties ou est-ce que les lois les plus rudimentaires de l’esprit ont été détruites, bafoués les droits les plus élémentaires, originels de l’homme.

Miro voulait assassiner la peinture, Tàpies est plus encore déterminé à la meurtrir.

Antoni Tàpiès: « L’artiste doit tout inventer, il doit se lancer à corps perdu dans l’inconnu, rejetant tout préjugé y compris l’étude des techniques et l’emploi des matériaux considérés comme traditionnels »

Formes rudimentaires, salissures, lignes épaisses. Celui qui regarde le tableau est un peu perdu, il ne sait pas comment y entrer, il n’y voit rien d’habituel qui lui en permettra la lecture, les formes conventionnelles en sont absente. Pourquoi cette œuvre, à quoi bon si on ne parvient pas à l’apprécier et par quel moyen. Si des éléments du réel y ont été transposés, le rendu en est tout à fait absent. La question qui se pose est : faut-il rendre toujours beau à regarder ce qu’on voit ? Est-ce qu’on rend beau ce que l’on voit ou ce que l’ont ne voit pas ? Etre artiste est-ce une fonction, est-il l’employé dont la tâche est de transposer le réel pensable sur sa toile ?

L’artiste crée une tension formidable entre le spectateur et le tableau. Est-ce que le peintre cherche à dissimuler sa façon de faire, ses manières d’agir sur la matière. Celui qui regarde le tableau est démuni, privé de son plus élémentaire sentiment de plaisir à regarder l’œuvre, il cherche à en être proche mais à chaque fois il en est éloigné.

Nous ne regardons pas ce qui est : soit nous sommes spectateur de la phase imaginaire de la création du tableau en amont de l’acte créateur : les couleurs et les lignes s’animent encore dans l’esprit du peintre avant d’être dirigées et prendre forme sur la surface qui les accueillera,  soit le tableau a été détruit et sommes à la phase postérieure à sa création, son devenir, en aval de la parade nuptial de l’artiste avec sa toile.

Est-ce anti-esthétique ? Aucun chemin sur la toile à parcourir pour nous rassurer de ce que nous savons, de ce que nous sommes pour aller encore de l’avant. Rien que destruction !

Mais ne peut-on pas citer Proust qui disait que « le véritable voyage ce ne serait pas d’aller vers d’autres paysages mais d’avoir d’autres yeux ». Mais que regarde-t-on ? Le beau du réel ou le beau de ce qui est, le beau de l’Un indivisible.

Dans une œuvre d’art on ne peut que montrer, souligner, mettre en évidence quelques aspects de la peinture qui nous fait face. Dans ce contexte là il n’y a aucune parenté de sens avec le verbe démontrer  utilisé  pour analyser, prouver. Ça n’a aucun sens dans l’art.

Je peux dire à l’adresse du spectateur est non pas de l’artiste la citation de P. Valéry : « la définition du beau est facile : c’est ce qui désespère ».

Le mot abstraire veut dire tiré de, extraire de quelque chose, mais de quoi ? De l’expérience, de la mémoire, de l’histoire vécue du peintre ?

Ce tableau n’est-elle pas une erreur ? Mais l’erreur n’est-elle pas corrélative à la vérité ? Par l’erreur on est donc sûr de connaître la vérité ! Alors grâce à cette création mettons nous à l’œuvre pour la chercher.

Le tableau est-il un spéculum, un miroir qui reflète la réalité ? La réalité de ce qui est pensable intellectuellement est le domaine de la science et non pas de l’art.

Mais que cherche-t-on finalement, le spectateur est en quête de quoi, une empreinte visible, déchiffrable, figurable ? Oh ! Ciel le signe scabreux de notre temps présent qui frise assistanat et imbécillité!!!!

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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 08:45

 

"Ces photographies montrent des interactions entre mes mains, des livres s’ouvrant sur des photos de paysages et des éléments tierces variables. Par des gestes simples, Laila Mestari créée des espaces ambigus où s’enchevêtrent les références à l’histoire de l’image, aux espaces livresques et à la complexité incarnée du présent. Le projet aborde le rapport à la fois mystique et marchand entre l’humain et la nature et questionne l’hétérogénéité chaotique du sentiment d’appartenance au territoire. Le paysage, le corps et le livre sont considérés comme trois différents espaces où s’accumulent les idées qui façonnent l’héritage culturel. Ces éléments et leur bagage sont déconstruits par la caméra puis intégrés à de nouveaux contextes où le remaniement des récits historiques est permis comme jeu."

 

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 20:07
Je me repose, est-ce par hasard que je suis là assis sur la ligne imaginaire du Tropique du Cancer?

Tanger 14 Mai 2015

                                                La maison que j’ai quittée

 

La maison de mes souffrances est ma mémoire. Je ne l’ai pas quitté par désaveu mais par ma connaissance de la vérité. Je ne prétends pas avoir connu la Vérité car à partir de quel lieu si ce lieu existe, à partir de quel moment si ce temps existe  peut on connaître la Vérité ? La Vérité n’a pas d’origine ni de chemin, elle EST point. Tous les sentiers parcourus  respirent sa présence, la Vérité est Une, Belle et Bonne car positive, elle compose avec les contradictions mais ne les oppose jamais. Nous ne sommes plus quand nous nous refusons à elle. La peur d’inclure définitivement ce que nous sommes nous relègue dans les steppes froides et glaciale les plus éloignées de notre véritable demeure. L’homme a crée le bien et le mal le beau et le laid, c’est en cela que nous sommes différent des animaux. C’est grâce ou à cause de cela aussi qu’il s’éloigne de sa patrie se fourvoyant dans les sentiers obscurs de sa pensée pour trouver ne serait-ce qu’une bribe de réponse à ses questions. Et après avoir presque dilapidé tout son héritage, connu la désolation abyssale que rencontre le chercheur dans sa quête il s’arrêta :

 

« Univers ! Je suis loin. J’ai fais tous les chemins possible mais aucune route ne m’a ramener chez moi, je suis allé à plusieurs endroit mais aucun toit ne m’a abriter de mes souffrances ».

 

C’est à ce moment précis qu’une voix douce pleine de promesse s’est élevée en lui:

 

« Tous les êtres dans la Vie sont sans pourquoi. La rose est sans pourquoi! t'en rappelles-tu?"

 

« Et moi alors ? »

 

« Alors débarrasse toi des pourquoi, des parce que et garde uniquement la réponse. Comprendre ce n'est pas de trouver la bonne réponse à la question mais bien de faire disparaître définitivement cette dernière."

Tu sais que tu vois alors regarde, tu sais que tu sens alors ressens, tu sais que tu entends alors écoute, tu sais que tu as été jeté dans l'espace alors mets toi debout et marche, tu sais que le temps c'est du mouvement alors  arpente la terre, nourris toi, croît et mange, tu sais que tu es l'enfant des vents alors respire. Chaque acte est merveilleux, c'est ton seul héritage rien d'autre ne pourrait à jamais t'appartenir. Commence d’abord par cela car on apprend toujours à marcher à ceux qui veulent courir »     

 

Mon chemin vers la présence

 

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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 06:54

 

Rachel, tu es partie sans nous le dire!

laisse moi au moins regarder pour une dernière fois tes cheveux peignés à la belle époque.

A ton pays d'accueil ne reste pas silencieuse et parle lui de Tanger, ou pourquoi pas place toi à côté de la grande ours, je verrais alors ta lumière dans la nuit.

tu es partie très vite, je voulais encore te parler, te retenir encore pour t'écouter raconter tes noces avec ta ville,

Mais toi, avec tes yeux espiègle, ta modestie ineffable, marchant à lisère du bleu d'Héraclès, ton silence dansant sous les ailes nuptial des mouettes, sur les embruns azurés  me disait; Jure moi Imad fils de Abdelhamid Ben I'Hachmi Ben Med que tu porteras jusqu'à ta sépulture les couleurs de ma ville, le vert des minaret, le rouge Sefer de mes alleux et la blancheur de l'hostie     

 

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Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
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Recherche

Peut-être un jour

Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?
Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
Porsche 356 1300 coupé 1951
Porsche 356 A 1500 GT Carrera 1958
Porsche 356 châssis 356.001
Porsche Carrera 911



 
 

  

 

des mots en image

D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

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