Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
6 février 2026 5 06 /02 /février /2026 13:38

 

La philosophie, pour moi, est un désir, point. Je veux être heureux, satisfait de moi-même, vivre mon entièreté : corps, esprit et âme — s’il se trouve que les humains en aient vraiment une. Je n’ai absolument que faire des démonstrations scientifiques, encore moins des discours orientés par les religieux.

La philosophie — en tout cas celle à qui j’accorde d’être mon hôte — ne m’est pas utile, car je laisse ce terme prosaïque, trivial et simple aux outils et aux instruments. Elle n’est pas non plus mon nomenclateur, me soufflant derrière l’oreille — tel cet esclave de la Rome antique qui rappelait à son maître le nom des personnes qu’il rencontrait — des épithètes pleines de sagesse.

Cette philosophie, à qui j’accorde toute mon attention, ne réclame rien et ne s’attribue aucun domaine. C’est un chemin parmi les milliers qui m’ont été donnés à parcourir sur les routes, mais c’est le seul qui ait accordé un sens à ma vie et continue de l’accomplir, éclairé par une lanterne dont la lumière vient des profondeurs de mon être.

Chacun, à sa façon, est en quête d’une forme d’amour ou de sagesse qui le satisfasse pour être heureux. Appelez-la comme vous voulez, et bonne route, avec tous mes vœux de satisfaction.

Seulement voilà : cette échappée par une brèche philosophique ne me soustrait guère aux manifestations parfois angoissantes de la vie, ni aux crises de sens qui ne manquent pas de me fourvoyer dans des dédales problématiques. Mon mal, je le connais : je suis une personne inquiète. La compréhension et l’action — rendre les choses un peu plus intelligibles — ne me satisfont que moyennement. Par tous les dieux, je souffre de moi-même !

Peut-être que quelqu’un de plus hardi me dirait simplement que je suis animé par la seule ambition de trouver une réponse à mes questions. Oh là là ! m’exclamerai-je, aussi déterminé que je le suis. Mais le monde, l’univers, mon ami, est déjà une réponse, ne le voyez-vous pas ? À quoi bon en chercher une autre ? Qui a posé la question ? Ça, ce n’est pas mon affaire. En tout cas, ce n’est pas celui auquel vous pensez : cette petite marionnette qui habite le ciel et à laquelle vous attribuez des attitudes et des émotions humaines. Pas de problème, il nous arrive à tous, par moments, d’être anthropomorphistes : nous prêtons alors à notre chien ou à notre chat des comportements humains.

Bon, pour vous dire la vérité, et afin de passer au travers de votre incontinent désir de me coller l’étiquette de bonimenteur, voilà : je suis cet individu qui a supprimé les questions et n’a gardé que les réponses. Êtes-vous satisfait ? Apparemment non.

Bon, pour vous, je vais faire une exception. Bien que je sois adepte de l’affirmation de Nietzsche selon laquelle ce qui a besoin d’être démontré pour être cru ne vaut pas grand-chose, je vais essayer de vous donner quelques clés de lecture. Que Friedrich me pardonne.

Je suis un insatiable, oui, c’est vrai. Mais pour la simple raison que je n’arrive pas à trouver de vide autour de moi. Tout est déjà plein. Le monde est comme une chambre d’enfant : elle déborde de jouets d’imitation à craquer — poupées, cuisinettes, petites voitures, boîtes à outils, jeux de société. Comme une chambre d’enfant, le monde est saturé de sens, de copies, de caricatures et de plagiats.

Il est donc plus que nécessaire de faire appel à un déménageur dont le rôle principal serait de défaire le sens. « Videz-moi cette chambre ! » lui crierais-je. « Débarrassez-moi, s’il vous plaît, de cette étagère d’opinions, et de celle-là encore — plus adipeuse, plus obèse — celle de la moralité ! »

Je respirais mal et croulais sous un tas de manières de penser, de voir, de points de vue, de bonnes mœurs soi-disant, d’éthique et de valeurs à trois sous.

N’en soyez pas fâché. Je sais que nous avons besoin de vices pour équilibrer nos vertus.

Maintenant que je m’apprête à rompre et à prendre du recul, je vous saurais gré de ne pas m’en vouloir s’il vous semble que mon attitude soit ironique et vide de toute emphase.

Ah ! je vous vois venir. Vous voulez savoir, une fois la chambre vide, de quoi je vais la remplir. Eh bien, je vous répondrai de but en blanc, comme notre ami Raymond Devos : de rien. Car trois fois rien, ça fait rien… mais on peut quand même s’acheter quelque chose de pas cher avec rien, et qui pourrait nous satisfaire.

Ne venez pas me chercher, s’il vous plaît, avec vos questions inodores et hors sol. Vous êtes mes semblables, et je ne voudrais pas vous occasionner plus de chagrin que vous n’en avez déjà à supporter. Car la poche à rabat de ma chemise, bien fermée par un bouton, contient un petit papier où est écrite une citation terrible de Paul Valéry. À première vue, elle paraît inoffensive ; cependant, une fois assimilée et arrivée aux tripes, elle déclenche une vive angoisse existentielle.

Ça y est, je vous vois monter sur vos plus beaux chevaux et crier sur les toits que mon discours n’est que verbiage gratuit et sans fondement. Vous aurez tout à fait raison, et croyez-moi, j’apprécie votre courage. Alors, puisque c’est ainsi que vous comptez mettre en œuvre votre petite jugeote, autant jouer cartes sur table — et tant pis pour vous.

Mais alors, vous qui êtes en quête de certitude, demandez donc à un scientifique de quoi est faite l’eau. Il vous répondra sans cligner des yeux : « de deux molécules d’hydrogène et d’une d’oxygène ». Mais les avez-vous vues, ces molécules ? Ou bien seriez-vous, vous aussi, des croyants ? A-t-il au moins partagé avec vous la beauté d’une goutte d’eau, sa répétition à l’infini qui finit par former des lacs, des étendues magnifiques comme le lac Atitlán au Guatemala ou celui de Louise au Canada ? Bien sûr que non. La science est dépourvue de toute appréciation sensible.

La science, mes amis, est un chapelet d’axiomes, de noumènes et de conceptions. Alors rompez les rangs et rejoignez l’humanité ! C’est quoi, un humain ? Ah, celle-là est la meilleure ! Néanmoins, je vous en donnerai la définition.

L’humain, c’est moi. Voilà, bien fait pour vous.

Démonstration : le matin, quand la nuit est partie avec son drap mortuaire et promet de revenir, mon lumbago et ma langue pâteuse me rappellent que je suis vivant. Je suis encore dans ma chambre, dans une forme de camaraderie avec mon corps — je n’en ai pas d’autre, c’est mon seul et véritable ami. Jusqu’à ce que la nuit revienne, il me sera fidèle, je le sais. Je ne me plaindrai jamais le jour où il me faussera compagnie sans m’avertir.

Je m’assieds au bord de mon lit et me penche lentement, cherchant du bout des doigts mes savates. Rien. Elles ont glissé sous le lit. À genoux, avec ce regard presbyte et ce sentiment d’effort, je tâtonne et les ramène à mes pieds. Je sors de ma chambre et, progressivement, ce mal de dos est miraculeusement chassé par une multitude de plaisirs : le contact de l’eau sur la peau de mon visage, la préparation de mon petit déjeuner. Je mange, je bois, je mâche tranquillement, puis, dès que j’inspire, mes poumons se remplissent de cette fraîcheur matinale.

Petit à petit, cette présence qui m’était intime au commencement se projette doucement sur tout mon entourage, et soudain toute mon entièreté se révèle à moi : ce corps, cette chair collée à moi, le temps de vivre l’instant qui m’est donné, sans penser s’il m’en restera encore pour le reste de la journée.

Voilà ce qu’est un humain.

Partez donc chez votre scientifique et cherchez ensemble la réponse dans son tableau de Mendeleïev. 

Seulement voilà, vous êtes mes semblables. Et j’aurais mauvaise conscience si, perdus à chercher votre voie, je ne vous prêtais pas main forte pour vous faire extirper de vos stériles méandres ! Je vous propose par conséquent la chose suivante : Suivez-moi, Ô Petits Poucets ! 

Néanmoins ma suggestion n’est pas exempte de toute condition. Sur notre chemin, il s'agira moins de comprendre que de se laisser traverser. Donc en clair, si en chemin je m'aperçois que vous êtes en train de chercher à comprendre au lieu d’éprouver, je vous fausserais compagnie ! C’est tout simple ! Êtes-vous d’accord ?

 

Partager cet article
Repost0
2 février 2026 1 02 /02 /février /2026 09:33
Partager cet article
Repost0
3 janvier 2026 6 03 /01 /janvier /2026 09:43

 

Chapitre II : Humeurs vagabondes

 

Le premier chapitre Tanger d’abord, a pour but de marquer l’espace dans lequel se déroule le roman. Mais ce lieu, cette région particulière du monde — le Détroit de Gibraltar — n’est pas uniquement une faille géologique : il représente aussi une entaille intime, personnelle, au fond de l’âme de Mikaïl.

Le regard ambivalent auquel le personnage ne peut se soustraire, installe le lecteur dans un paysage intermittent, à la fois extérieur et intérieur, étendue et psyché, le préparant ainsi davantage à creuser la lecture qu’à simplement avancer.

Dans le chapitre Humeurs vagabondes, on découvre l’inactualité du personnage, qui contemple avec étonnement le jeu de la vie sans y être invité. Il  désire habiter  ce dynamisme, ce flux déjà donné aux autres et non à lui. Mikaïl est dans une lucidité impuissante ; il se pense dans une sorte d’antichambre aux murs ajourés, à l’image de la caverne de Platon, où les ombres lui refusent l’accès à la lumière et le maintiennent en suspens, alors que, de l’autre côté, le monde est en acte : il agit, danse, crée, se jette dans le fleuve d’Héraclite en mêlant sa finitude à l’infini.

Le personnage souhaite se joindre au cœur du chœur chantant la mélodie de l’instant ; néanmoins, l’approche lui demeure inaccessible, une forme d’indisposition l’en éloigne et crée, à chaque tentative, un retard à entrer dans la vie. Peut-être Mikaïl n’a-t-il pas encore appris à dire oui à la vie telle qu’elle se présente, avec ses joies et ses défis. Il est encore en quête de réconciliation avec lui-même, cherchant à visiter avec discernement sa mémoire et sa place dans le présent, sa part de liberté au sein de son héritage culturel et cultuel.

En tout cas une blessure a visiblement décentré Mikaïl.

Partager cet article
Repost0
31 décembre 2025 3 31 /12 /décembre /2025 19:00

 

Chapitre I : Tanger d'abord.

 

Le ramasseur de pierres est mon premier roman édité chez L’Harmattan. En réalité il s’agit de mon deuxième en tant qu’auteur. Le premier, publié en autoédition, s’intitulait Midi et un peu plus tard….

L’idée première qui m’animait pour écrire ce livre était la suivante : comment parler du temps  linéaire et du temps circulaire. Je sais qu’il existe aussi un temps psychologique et un temps chronologique ; néanmoins, mon but n’était pas d’en faire une thèse ou un essai mais simplement de raconter comment le déroulement des évènements est perçu, dans ce milieu précis, par l’esprit du personnage.

Cela demeure — et continue de l’être — un grand défi, surtout lorsqu’on se rappelle la célèbre phrase de saint Augustin, qui m’a accompagné tout au long de l’écriture, et continue encore aujourd’hui à me prendre la main.

Dans Les Confessions il écrit : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus ».

Seules les vérités universelles traversent les siècles, n’est-ce pas ? Voilà vous êtes averti ! Alors, ne me demandez pas ce qu’est le temps : laisser plutôt ma plume vous le raconter !

Dans cet article, je vais développer le premier chapitre, Tanger d’abord, car il constitue la clé de lecture de tout le livre.

En effet, ce chapitre est l’alpha, la primeur, le seuil que vous allez franchir pour ouvrir la porte symbolique d’une pensée qui vous conduira dans les méandres à la fois esthétiques et existentiels du personnage Mikaïl — et peut-être même de son auteur.

Mikaïl regarde la mer, le détroit de Gibraltar. C’est une faille mythique, un lieu de passage pour les hommes, mais peut-être aussi une échancrure de l’âme, creusée par les doutes et le questionnement. La géographie se mêle à l’être, elle pointe vers lui. De là où il est assis, il voit comment les vagues en recouvrent d’autres comme jadis les millénaires ont recouvert les siècles.

A mesure que le lecteur avance, il s’aperçoit que la tension du mouvement qui se dégage du style hybride de l’écriture sera plus importante que l’intrigue même du roman. Mikaïl arpente, tel un topographe romantique, les mémoires, les héritages et les absences. Il médite sur la migration et le retour des passereaux, celui des saisons aussi, refusant ainsi l’acception d’un temps strictement linéaire et plaçant sa foi dans le temps circulaire et l’éternel retour.

Sa décision principale de partir en faisant le choix de rester est capitale. Elle éclaire le lecteur sur le fait que le personnage a certes pris la résolution de quitter un lieu pour un autre, mais que ce voyage sera avant tout intérieur : un éloignement intime et profond.

Mikaïl aime Tanger, sa ville. Il dit qu’elle respire, qu’elle a un cœur. C’est un être vivant. Elle est lumineuse sans aveugler, nocturne et noire sans être habitée par les ténèbres.

Dans le chapitre suivant on découvrira comment Mikaïl se ressent inactuel face à la vive et frontale spontanéité d’un monde qui n’éprouve aucune difficulté à dire ce qu’il est, car il a été créé pour Etre tel qu’il est — bien loin des doutes et des questionnements du personnage.

Partager cet article
Repost0
1 octobre 2025 3 01 /10 /octobre /2025 08:31

Félix Vallotton - 1900

J’aime beaucoup la peinture du genre celle qui prend pour objet, dans le sillage du pinceau, les scènes de la vie quotidienne.

Car en dehors de l’ordinaire que nous reste-t-il ?

Il est vrai que le coutumier, l’habituel, le familier nous rassure en quelque sorte. Avoir des habitudes c’est bien, ca vient tout seul par soi-même, il n’y a pas d’effort à déployer.

Nous sommes là donc à rabouter les instants bout à bout, tissant ce fil trivial composé de portion pensable qui nous sépare, nous protège de l’abîme, nous éloignent des margelles de la folie.

Mais sommes-nous que cela!?

Chaque jour que l’Univers fait, les humains dans leur rôle d’alchimiste mal assuré, font de leurs mieux pour transformer le banal, le muer en quelque chose d’inattendu, de pittoresque et d’émouvant.

Parviendraient-ils ?

Donc je regarde ce tableau et je sens monter en moi d’abord une forme d’angoisse. Ce placard grand par ses pans, ouvert à l’image des flans d’une bête sauvage, abrite sur ses étagères qui sommeillent dans un fond noir, inconscient, un ensemble de linge de pièces de tissu employées aux besoins du ménage. Il n’y a presque que cela, des tissus blanc traversés en bordure par une bandelette rouge.

Le tout dessine et peint la tyrannie des jours, ce rituel épuisant qui se manifeste ainsi sur la tête de la maitresse de maison.

Maintenant qu’elle s’est acquittée de toutes ses charges elle a besoin d’être seule, de lâcher prise, de se recueillir pour conjurer l’insignifiante médiocrité des heures, c’est alors qu’elle est devenue forte !

Elle a prie sa lampe à pétrole (nous sommes en 1900), s’est diriger vers la bête a ouvert ses flans et s’est agenouiller en s’appuyant sur sa main gauche comme sur un prie-Dieu.

Dans un fond bleu apaisant, un bleu muet et accueillant où toute pensée se dissout et devient muette, elle cherche dans la diversité de sa mémoire, dans des boîtier petits et grands, les réponses à ses questions, aère par ses souhait d’un lendemain meilleur les souvenirs entassés puis, tel le feu échappant de la lampe, rallume le foyer de son cœur, rêve et désire partir. C’est ainsi que les bandelettes rouges du linge se transforment en voiles de voiliers représentés sur l’abat-jour et le fond bleu du placard en lagune ou en méditerranée.

(11/10/2021)

Partager cet article
Repost0
11 août 2025 1 11 /08 /août /2025 11:00

 

 

Le texte qui va suivre, je l’avais écris initialement à main levée, sans me soucier de l’enchainement des idées ni de la profondeur de chacune d’elles. Un indispensable besoin m’appelait à réaliser immédiatement et sans délai l’action de retranscrire sur une feuille blanche ce que je ressentais véritablement. Et c’est ce que j’ai fait.

Maintenant, je me rends compte que j’avais touché à une problématique qui dépasse la question existentielle qui était mienne à savoir « la présence » pour aller aborder cette fois une thématique philosophique plus vaste encore faisant appel à des notions fondamentale que j’hésite, par ma méconnaissance de la chose, nommer métaphysique et qui correspondent à l’être.

Je ne l'ai pas réecris, mais j'ai essayé de donner plus d'explication.

Introduction:

 

La présence se définie comme un être-là simple, naturel, une réalité indiscutable qui n’a nul besoin d’appendice ou d’ornement pour lui donner d’avantage de contenance ou d’épaisseur. Elle est au-delà du faire ou de toute expérience ponctuelle ou même de toute expérience tout court.

La présence évolue dans un monde ouvert, qui n’a pas besoin de bâtir des certitudes, mais plutôt de les déconstruire.

La présence est libérée de tout retour sur soi : c’est un surgissement et non une démarche réflexive entre deux moments. C’est la résurgence soudaine d’une source qui auparavant était enfouie entre les roches.

Elle est l’histoire de deux entités d’un même être, d’abord perdues  dans une forêt dense et emmêlée, séparées par des chemins qui ne menaient nulle part et qui finissent ensuite par se retrouver et se rejoindre irrévocablement.

Une fois ces deux entités réunies, le conflit intérieur au sein de l’être n’a plus lieu d’exister. La conséquence directe en est l’absence de la projection de ce conflit sur autrui, ce qui permet l’établissement d’une relation saine et responsable. On peut en déduire que la présence à soi, non seulement n’est pas perturbé par la présence de l’autre, mais encore qu’elle assainit la relation, la purifie et l’apaise.

Texte:

 

La présence, est-ce vouloir dire se rendre présent ?

La présence, est-ce une évolution vers quelque chose de nouveau, une démarche animée par une action sous-jacente, le fruit d’un cheminement ?

La présence, est-ce la fusion de ce qui se réalise en nous et par nous ?

La présence est, à mon sens, la disparition totale de toute distance entre l’être et lui-même, entre nous et nous-mêmes.

La présence est inépuisable ; elle ne s’affaiblit pas à mesure que notre travail s’accomplit, qu’il soit individuel ou collectif, ni ne se dénature ou se dégrade. Un exercice, une opération, un effort, en revanche, prend fin à mesure que la tâche s’achève et que le but est atteint.

La présence n’est pas non plus un accessoire, une épithète ou une quelconque particularité de l’être. L’être et l’acte sont une seule et même chose. Je pourrais encore imager cela en disant, par exemple, que bien que l’artisanat soit une forme particulière de l’art, sa finitude établie par l’objet artisanal, l’art demeure néanmoins. Même si l’acte commence et prend fin, la présence, elle, demeure.

La présence est un jaillissement qui prend forme ou se dévoile à travers tous les actes que nous réalisons. Ne rien faire est aussi un acte.

La présence n’est pas une expérience. La présence n’est pas un état. Elle ne réside pas dans le fait d’éprouver quelque chose dans certaines conditions et pas dans d’autres.

Si je puis donner un exemple : la présence s’est manifestée en moi par des secousses, une sensation de vertige ; des mouvements me balançaient à tribord puis à bâbord. Je venais d’apprendre que la Terre n’était pas plate, mais ronde. Heureusement, cela n’affectera pas ma navigation. Je commence alors à apprendre comment tenir la barre. L’angoisse de l’existence disparaît. Je ne suis plus rivé aux événements du monde ; je les prends comme ils viennent. En moi, ils surviennent ; en eux, je me réalise, me renouvelle, m’actualise. Ils me parlent, et je les écoute bien plus qu’avant. Toute volonté de les commander s’évanouit. La culpabilité ne me ronge plus, car il n’y a plus de distinction entre celui qui agit, celui qui fait et celui qui est.

Pourtant, ce qu’il y a de beau dans la présence, c’est sa fragilité. Ce n’est pas le cas des objets : plus ils sont fonctionnels, utiles, et moins ils peuvent se dérober à notre regard. Leur présence est immédiate, éclatante, d’une clarté si évidente qu’elle finit par blesser le regard et nous rendre indifférents. Seul un artiste peut, peut-être, les abstraire de cette fonction première d’instrument, d’utilité, de servilité, en les enveloppant de mystère, en leur soufflant une âme pour leur faire retrouver une forme de fragilité.

Lorsque nous quittons notre sphère privée et nous apprêtons à entrer dans les espaces communs de la société, nous ne pouvons plus nous soustraire au regard de la communauté des hommes. Nous devenons visibles, et partageons malgré nous le statut des objets, sans pouvoir échapper aux regards d’autrui. Nous devenons atteignables par tous les moyens techno-spatio-temporels (GSM, GPS, caméras…). Pourtant, seul le désir de me connaître pourrait me rendre véritablement présent à l’autre, car c’est à partir de là que commence le mystère de ce que je suis. Je dois préciser, toutefois, que mon propos s’élabore principalement autour de la présence à soi. Cela n’enlève en rien l’importance de la présence de l’autre à moi, ni celle de ma présence à autrui.

Cela dit, je dois insister sur le fait que compte tenu de notre contingence, la présence ne peut jamais être, à l'image des objet, pleine, évidente et absolue, elle surgit de nous jaillit et ravit comme une eau vive sort de la terre continûment.

 

 

Partager cet article
Repost0
21 mars 2025 5 21 /03 /mars /2025 15:54

 

 

 

"Je n'écris pas parce que je sais,j'écris parce que j'aime."

Siglo 21ème  siècle Après J.C

 

 

 

 

 

Judith - August Riedel 1840

 

J'ai choisie 3 œuvres sur le même thème, l'ordre dans lequel elles sont présentés est volontaire.

Donner à voir, prendre le temps de regarder, laisser venir à nous ce qui est dit.

Il est dans nos habitudes ce réflexe de vouloir nous accrocher trop vite, à chercher trop tôt et hâtivement les instruments qui nous permettent de lire, déchiffrer ce qui est offert au regard. Nous revenons sur nos pas après avoir accepter non sans souffrance cette amère illusion que la rue qui mène à soi est une impasse, sommes poussés alors vers les mandibules de la bête, cette tyrannique injustice que l’on fait à soi-même en empruntant les arguments supposés vraie d’un tiers connaisseur. S’aventurer par nos propres moyens pour donner notre point de vue est risqué, Big Brother, 1984, est entrain de nous voir, il peut nous juger !

C’est donc appuyer la thèse qu’aimer ne peut être que démontrable, provenant d’une analyse clinique, un chemin en acier alambiqué et luisant.

Il faut faire vite, passer à autre chose, pas assez de temps pour changer d’yeux, Proust est mort ! Presses toi changeons plutôt de paysage, d’œuvre, avance, avance, l’horizon recule, vite l’art est long, colles toi au chemin de tes prédécesseurs, il y a de la pesanteur et du quotidien c’est tout ce dont tu as besoin pour avoir des Ready-to-wear.   

Ô combien nous œuvrons, sans le savoir, pour être loin de nous-mêmes.

Je publie donc cet article en apportant progressivement des ajouts, je voudrais laisser voir d’abord.

Un événement assez fortuit m’a conduit à cette publication qui n’est en fin de compte que le fruit de mon imagination. En effet l’autre jour j’étais au café de la cinémathèque de Tanger, mon voisin de la table à côté à ma droite parlais d’une voix forte et puissante, je me suis retourné légèrement pour voir, j’étais alors surpris vraiment de reconnaître en lui le portrait physique de Nabuchodonosor II le roi de Babylone, celui qui a mandaté son général Holopherne pour mener une guerre contre tout le Proche-Orient en assiégeant Béthulie ville de Judith !!!!

Le classement que j’ai choisi (Le Caravage, Artemisia puis Klimt) est établi selon l’ordre croissant de l’engagement de l’artiste à ce tragique événement. 

La relation de l’artiste à ce drame est illustrée en effet selon moi par l’intensité de l’action qu’il met entre les mains de Judith et sa servante. C’est la traduction picturale de cette situation qui échelonne la scène sur un registre personnel croissant (du moins personnel au plus personnel), le spectateur en regardant ces peintures est donc appelé progressivement à donner chaque fois un peu plus de lui-même.

Je me sens un peu indécis, je ne sais pas si je devrais aimer ou pencher un peu plus que je ne l'étais pour l’approche de Le Caravage ou pas. Ce sentiment équivoque vient d’abord du fait que l’artiste nous donne à comprendre qu’il accorde plus d’importance à l’histoire à la morale d’un peuple qu’à la passion et le courage d’une femme, ensuite il exprime son doute sur les  sentiments réels  de Judith vis à vis d’Holopherne.

J’avance cela pour les raisons suivantes qui appuient je le pense mes impressions:

  1. Le Caravage théâtralise la scène par le rideau du fond du tableau et donne une certaine noblesse à l’action.
  2. La servante qui accompagne Judith est une vieille femme qui représente le peuple sa morale. La morale est un cloître ancestral qui encercle par ses vieilles colonnes les êtres humains. Le rideau rouge cherche à anoblir ce peuple. Judith ne vient pas pour se venger mais pour appliquer la sentence, donner vie par la mort au souhait  d’un peuple opprimé.
  3. J’ai observé une expression de tristesse sur le visage de Judith comme si elle était peiné par son geste, affligée par ce qui est entrain de se dérouler, distante, n’approuve pas ou presque  son acte!
  4. les yeux, le regard d’Holopherne c’est celui d’un homme que la vie n’a pas encore quitté il cherche peut-être celui de Judith qu’elle n’a pas le droit de le lui offrir, la vieille, le peuple la regarde. C’est un regard vrai!

La représentation de Le Caravage est magnifique mais vide de passion à l'égard de Judith, Il a donné tout au peuple de Béthulie  sans rien lui laissé à elle.

 

Le Caravage

 

Artemisia Gentileschi a créé deux versions pour cette œuvre, l’une au musée Capodimonte de Naples et l’autre que j’ai choisi de commenter (encore une fois j’ai mes raison, c’est une question d'appréciation que je déclinerais au fur et à mesure ), au musée des Offices à Florence, Italie.

En regardant ce tableau, j'ai noté tout de suite que c’est une histoire de fille! C’est personnel et cela ne pourrait concerner qu’une femme. Voir par conséquent l’histoire sur le viol de Judith. c’est très bien expliqué et commenté.

La servante est jeune, met la main à la pâte et se joint avec un plaisir affiché à la mise à mort d' Holopherne, c’est presque une fête du sacrifice.

j’ai opté pour la version du musée de Florence pour deux choses:

  1. Le drapé constitué de  deux tissus l’un blanc et l’autre rouge couvrant la moitié du corps d’Holopherne se retrouve dans les manches retroussées de Judith et de sa servante, comme si les trois personnages étaient d’un même avis sur ce qui est entrain de se passer.
  2. Encore une fois le regard d’Holopherne y est plus vivant, la version du musée de Naples montre des yeux plutôt jaune comme si Judith n’exécutait en fin de compte qu’un cadavre!

Artemisia Gentileschi

Artemisia Gentileschi

J’ai commencé cet article en déclinant au lecteur mon choix de présentation des trois œuvres: en premier Le Caravage, en second Artemisia Gentileschi puis Gustav Klimt en dernier et dont le fil conducteur de ce choix était le niveau d’engagement de l’artiste, son ardeur à faire ressortir le sentiment, la force de l’acte de Judith dans la mise à mort d’Holopherne.  Si les deux premiers artistes ont fait une représentation dans le feu de l'action, Klimt s’en est distingué par une mise en forme post-mortem.

En effet, Gustav Klimt a représenté ce récit d’une manière originale et tout à fait différente. Il nous donne à voir à peine la tête tranchée d’Holopherne, elle ne figure qu’à moitié et à une toute petite partie du tableau, toute la force du pinceau est transporté par le désir en quelque sorte morbide de Judith, son corps repu de vengeance s’est mis soudain à libérer ses paroles érotiques un regard lascif, ses formes, sa poitrine dressée à peine cachée par un déshabillé transparent à ondulations bleuâtres rappelant les profondeurs océaniques là où les plus intrépides marins ont perdus la vie.

Judith n’est pas venue à Holopherne en tant que prisonnière, mais une capture d’un regard grivois et paillard, un regard désirant qui annonce une rencontre fatale.

Judith s’est imposée par ce qu’elle a de plus fémin, c’est par son abondant à ce qu’elle a de plus chère, sa féminité, qu’elle a pu vaincre.

 

                                         Gustav Klimt

Partager cet article
Repost0
23 octobre 2023 1 23 /10 /octobre /2023 09:54

 

Après une pluie matinale à Tanger, quelques gouttes d'eau restent suspendues au fil à linge. Elles sont comme une boîte noir où se réflète l'image inversée des étages supérieurs.

 

Photos prises avec un Nikon D3100. Je pense finalement après d'innombrables prises que les Nikon sont imbatables uniquement au niveau des portrait et les photos rapprochées. J'espère changer d'avis.

Partager cet article
Repost0
20 octobre 2023 5 20 /10 /octobre /2023 08:39

 

Pinces à linge suspendues sur un étendoir en fil de fer.

Je cherche à avoir le maximum de mon appareil photo. 

Partager cet article
Repost0
30 septembre 2023 6 30 /09 /septembre /2023 11:00

 

 

Ce qui Est ne peut jamais être défié ou mis en échec par quoi que ce soit.

Etre en paix avec soi-même c'est savoir que cela ne peut être autrement qu'il n'est tel que c'est maintenant.

Nous devons accepter cela mais sans nous résigner, car nous sommes des êtres intelligent et sensible à la fois.

Echapper à notre compassion et affectivité serais un mensonge, un déni. Est-ce possible de vivre avec un mensonge? Non. Car si la Vie Est alors l'artifice n'est pas. C'est tout!

Il est possible de ne pas reconnaître ce que "maintenant" est ou un peu plus tard ce qui Est, ce que la Vie Est, ce que la Vérité Est. Toutefois il nous sera impossible à jamais de changer ce qui Est, la Vie et la Vérité. La Vie est en nous que nous le voulions ou pas.

Devons-nous retourner aux bancs de nos chères écoles pour apprendre ce qu'est la Vérité? Est-ce une pratique, le fruit d'une dialectique?

Avons-nous besoin de défendre ce que nous sommes? Ce qui Est, la Vie, la Vérité n'a pas besoin d'être protégé, défendu sinon elle serait une simple illusion sans fondement.

Nous avons besoin de désapprendre, de renverser notre approche, et de mettre à l'endroit notre manière de penser.

Soyez les récipiendaires de ma paix.

 

Partager cet article
Repost0

Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
.....................................................................................................................

Recherche

Peut-être un jour

Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?
Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
Porsche 356 1300 coupé 1951
Porsche 356 A 1500 GT Carrera 1958
Porsche 356 châssis 356.001
Porsche Carrera 911



 
 

  

 

des mots en image

D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

Articles RÉCents