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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 22:33

un homme regarde la mer. A quoi pourrait-il penser?
(ce texte a été primé par le site littéraire www.inlibroveritas.net)

Soudain, intermittence entre légèreté et pesanteur, dessaisissement et reprise, la nuit lâchait son étreinte. J’émergeais lentement de mon sommeil. Le drap, défraîchi par le langage nocturne et muet de mon corps, sentait encore l’odeur fade de l’absent qui revenait. Les plis du suaire se détachaient nonchalamment des chemins de la nuit qui s’éloignait maintenant vers le levant.

La lumière me délia sans rancune de ma compagne. Le corps titubant glissé dans mes pantoufles j’avançai avec une démarche d’apprenti vers la fenêtre. Le chuchotement à peine naissant de tout ce qui n’est pas moi, c'est-à-dire l’extérieur, le convenu, bref le non-moi m’arrivait avec la procession d’une chenille jusqu’au pavillon de mon oreille, Tanger se réveille.  

Les pensées s’amoncellent alors dans ma tête, le soleil m’accueille à son casting, mes yeux restent diaphanes à son sourire matinal, et la blancheur des nuages, comme des moutons accrochés au ciel, me rendent jaloux de cette couleur laiteuse jadis acquise à Tanger la blanche un espace d'où poètes, écrivains et peintres ont créées leurs matières. Maintenant, graffitis et semelles de chaussures, voilà ce que je trouve sur ces murs autrefois protecteur et composant de notre histoire, à présent demeure de quidam et d’esprits mercantiles.

Bon, malgré cela je prends mon café et je sors. Pour moi Tanger fait toujours ses vingt ans. Le temps aura certainement oublié quelques traces à glaner, un pli contre l’amnésie où je pourrais séjourner l’espace d’un moment pour lire à l’écriture blanche l’énigme de son histoire.

Mais quoi de mieux que d’aller marcher sur la plage. La matinée s’annonce lumineuse, flâner entre les grains de sable et l’écume des vagues est une activité qui donne une bonne dose de sérénité, elle me permet de me dénouer de mon passé et d’oublier tous mes arrangements avec le futur, le plus important dans ces instants c’est le présent: une neutralité psychologique à l’égard du temps. Alors au diable les perspectives architecturales qui vous imposent l’espace, le héros sociétal qui voudrait que vous soyez ailleurs et autrement. Non merci, dans ces grandes étendues j’apprends à chercher refuge au fond de moi-même et pour une fois c’est dans ma coupe que je vais déguster mon vin et non dans celle de mon voisin.

Malheureusement mon détachement n’allait pas survivre longtemps. Le clapotis des vagues murmurait le récit terrible des flots azurés : Nos enfants, amassés dans la rade comme un check point à Ramallah, se sont embarqués dans une chaloupe, une fosse commune, ils ont fait le saut dans le vide avant le vide de la mort, ils sont partis, ils ont choisi le mutisme de la violence au dialogue de la révolte, leurs yeux prospectaient la liberté sur les cimes des montagnes frontières, l’espoir glissait sous leur barque mais ils n’en savaient rien,  la mer d’huile chauffait en silence elle les attendait au milieu de cette étendue bleue désolée pour se déchaîner, créer des crêtes soufflées par la démence, un œdème maltraitant la Terre, une échelle pour s’essuyer les larmes dans le ciel gris puis, des creux plus profonds que la famine de l’Afrique les a jetés dans les crocs des vagues pour se délecter de leurs hystérie, de leur supplice, de leurs derniers soupirs de leurs séreuses pour enfin étouffer leurs rêves.

Je continuai à regarder la mer, elle était calme et moi démonté, je voulais renverser les événements mais je n’arrivais pas à comprendre. Pourquoi y a-t-il plus de murs que de ponts entre les peuples, quelle est l’intensité de ce désespoir qui poussait nos enfants à s’engager dans ces lames ? Je m’arrêtais de penser me résignant à l’idée qu’on ne peut être témoin que de sa propre subjectivité et pas de celle des autres. Quand je passe par ces sentiments contrastés, sérénités et violences, j’ai vite envie de retrouver la banalité des choses, l’ordinaire pensable. 

Mon impuissance face au récit des vagues fit obliquer mes yeux vers le sable et me suis rappelé A. ZRIKA qui disait «  Je ne voudrais pas être le monde mais le grain, la particule, singulière et distante du tumulte ». Dans ce tumulte qui commençait à s’apaiser en moi je me mis à chercher mon aiguille pour coudre en silence les mots qui transpiraient encore. Elle était là posée sur les grains pointée vers le sud, un bon présage, je resterai en Afrique, son chas accueillait les mots du nord,  je me mis donc à écrire de gauche à droite, du nord au sud. Sur la trame de mon errance mon âme se repaissait de l’étoffe que je brodais et, piquant de l’envers à l’endroit, le souvenir de ma jeunesse me revenait lorsque je m’amusais  à plaquer un coquillage sur mon oreille pour écouter le bruit de la mer, j’étais étonné alors de voir cette couleur bleue démesurée contenue dans un si petit coquillage. Mais maintenant je sais que le  coquillage est aussi contenu dans la mer.

Je n’étais pas pressé de partir, J’ai regardé encore une fois la mer qui miroitait sous le soleil puis je me suis penché et pris une poignée de sable, je la sentais rêche comme une coiffure noire. Au loin, des silhouettes en forme de kakemono noir accrochés aux vents, ondulaient sous une  vapeur chaude, brusquement une colère inattendue m'envahit, j’en avais assez de voir les choses s’agencer pour donner un sens à mon regard, un décor préétabli, un monde en Ikea, j’avais besoin du vide de la vacuité et une fois empli de sens je me mettrai en quête et sans relâche du vide et de la vacuité, je voudrai atteindre là-bas cette neige vierge d’une blancheur éclatante qu’aucune créature n’a encore foulé, je résiderai à huis clos s’il le faut mais je n’irai pas en enfer, je me jetterai sur le sable pour cacher mon ombre humide de son soleil, je supplierai pour que l’air devienne bleu, le ciel incolore, la mer une houle en vagues de sable et la plage dorée une pituite jaune crachée par les hommes en quête de sens.

Le soleil me regardait avec sa lumière jaune implacable, mes pensées ne l’ont guère atteint, il était là avec son insolente majesté, au fait je ne l’intéressais pas il était épris par l’ouvrage d’un petit insecte des sables, par un chien qui s’ébrouait. Bien que mon existence s’apparente à ces individus, il semblait que rien ne lui donnait prise pour former une critique à mon égard, sa fierté totémique le lui interdisait.

Je sais maintenant pourquoi il feint l’indifférence, j’ai choisi de vivre, d’accepter ma contingence, d’involuer comme ça m’enchante, c’est vrai ça me rend arrogant et impétueux mais lui avec son étoile jaune à six pointes ne tentait-il pas de m’humilier ? Soudain un grand coton blanc s’interposa entre nous.

Alors mortifié par cet évènement inattendu il me cria depuis les cieux : « Exister devrait te suffire, pourquoi donc aller chercher le sens de l’existence puisque à chaque fois tu seras condamné à le perdre ! » et moi de répondre : «  mon existence si elle est conclue d’avance elle ne le sera jamais pour mon espèce » puis j’ai lâché prise. Il était temps de partir.

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 18:14

Les mots appellent les choses, la chose n’est pas le mot, mais en chaque mot il y a des choses.

La nuit est une chose, un fait qui s’impose à nous, il faut simplement ouvrir les yeux pour voir la nuit, un passif regard, une main courante qui nous sépare du vide, reconduit notre attitude naturelle, une réplique type sans variante de l’être,  irréversiblement acquise, qui conforte nos familières sensations…………Si le temps nous respirait il aurait fatalement changé d’air…… car nous demeurons dans un porte document moisi  rempli d’image et de sémaphores…… ou peut être nous sommes à l’arrêt dans une station perdue dans le vaste néant de la nuit, le visage plaqué contre les glandes mammaires, les lèvres déchiquetées par l’usage suçant le lait crasseux d’une roturière habitude jusqu’à ce que l’aigreur d’une pensée  rapace grimpe aux frontières buccales pour cracher dans un cul de sac les phonèmes et vomir la langue. Il faut alors vivre la mort pour en échapper, « Alors j’ai mis ma peau sur la table, parce que, n’oubliez pas une chose, c’est que la grande inspiratrice, c’est la mort. Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien. Il faut payer ! » Dixit LF Céline.

Un homme passe, peau noire d’ébène, yeux blancs de craie,  il me dit des mots absents, je prends leur formes, je les mets en forme, je les éloigne de l’oreiller, des alluvions, ils entendent l’éboulement des pierres, les mots fluides polissent les pierres pour ne pas cabosser les jambes grêles du NordAfr décolonisé qui cherche encore sa marâtre, pousse les brouettes dans les chantiers, les caddys dans les codes barres pleins de mots égaux débordant de pitance glissant dans des parures différente……  キペディア, התגבשה متعدد اللغات…..le soir , la nuit est déjà dans les mots, le gîte est sans plume pour réchauffer l’haleine froide, le vent glacial incolore et  aveugle passe sous les interstices des portes pour raconter le monde, une larme vient sur la joue. 

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 11:37


Vitole commerciale: Cohiba VI   Vitole de production: Canenazo   Format: Canonazo
L: 14,30mm D: 1,90 mm P: 17,00gr Cépo: 46.

Le module Cañonazo est un assemblage entre le format Robusto et le double corona pour donner encore plus de plaisir, un final riche et rassasiant.



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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 17:52

L’oppression de la langue, quand elle ne vous appartient pas mais que vous avez choisi d’écrire avec, devient comme un rempart difficile à enjamber, elle vous refuse l’imaginaire, vous rappelle votre suffisance identitaire qui cloisonne chaque jour le local où vit le Monde, attise les flammes du cœur, entérine les souffrances. Dans ces situations, je me dis souvent, il faut que j’écrive un récit, un poème, pour montrer à cette langue que je ne suis plus son esclave.

Comme un enfant je dépose alors une goutte d’eau sur une graine de maïs, le ciel regarde les nuages et les nuages me regardent, le vent emporte ma graine et quand le temps aura suffisamment crayonné sur mon corps, je reviendrai voir mon champ de maïs. J'aurai peut être alors le courage de franchir les remparts, et de passer finalement du clos à l'ouvert.

Mais mon cœur ne peut attendre. Il s’éveille, il fait encore nuit dans les mots, la langue, ma compagne, n’est pas encore là, c’est une sultane infidèle, elle découche et traverse des contrées bien lointaines. Quand elle revient elle me dit avec son haleine parfumée :

« Avant de me prendre dans les dédales de tes joies étranges, apprends-moi ta langue »

Et moi je lui réponds, avec la hantise de la perdre et le plaisir vital de me repaître de son corps :

« Je ne connais que la tienne ».


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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 19:15
Over-Blog-Cohiba-Exquisitos.jpg

Vitole commerciale: Exquisitos Vitole de production: Seoanes
L: 12,60mn D: 1,31mn P: 5,01g Cepo: 33

J'ai acheté ce bon cigare à la civette "Casa del Habano" à Casablanca. Très belle vitole, peut être aussi appréciée par les femmes amateurs de cigare grâce à sa belle prise en main et sa cape douce Maduro-Claro. Exquisitos développe des goûts aromatiques qui alternent entre des notes d'épices, de réglisse et de bois précieux. Comme un bon vin qui reste en bouche, ce cohiba vous fera clapper de la langue. Ne dédaignez surtout pas son petit format (panatela), Exquisitos est vigoureux, ne se détend pas et donne du rythme. Allez ! après un bon déjeuner allumez en un.


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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 22:27

VB

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Je n'ai pas envie de penser de mettre de l'ordre dans mes pensées. J'écris c'est tout!

La pensée erre et fabule, va jusqu'à la margelle des puits se penche et regarde, puis rattrapée par la perception du présent elle recule.

Quels choix s'offrent à elle quand le présent s'inspire de son passé? La terre plein d'argile craquellant sous ses pieds, ou le reflet de son image au fond de l'abîme?

Les stèles des trépassés sur lesquels elle trébuche lui donnent la seule certitude qui lui fait perdre tous ses espoirs.

Le doute n'est-il pas sa meilleure assurance pour l'éclairer sur le chemin du non sens?

Des mots jetés à la volée comme les graines sur un champ doré donnant le meilleur blé.
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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 07:35
Gran-Coronna2.jpgCohiba-Esplendidos2.GIF

Un Whisky Ballantine's Black offert par un ami
Un Cohiba Esplendidos offert par un autre ami

Que des amis...que des premiums

Vitole Commerciale: Churchill Vitole de Production: Julieta n°2
L: 17,80mm D: 18,60mm P: 14,08g Cepo: 47

Gentelmens, start your engine! Ce cigare est un vrai bolide, un V12. A son allumage vous sentez déjà le ronronnement à peine perceptible de sa ligada. Mais détronpez-vous ce n'est pas une voiture Nascar mal fagotée! Cette vitole a beaucoup de classe, et mérite bien d'être accompagnée par un whisky blended un Ballantine's Black. Le plaisir de donner à vos papilles un mélange de grain de malt et feuilles de tabac fera certainment de vous de vrais Maîtres Assembleurs.
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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 10:10


C'est au début des années 70 que j'ai connu Mohamed CHOUKRI. Mon père était à l'époque directeur du collège Ibn Batouta (Lycée St Aulaire) de 1968 à 1986 et Choukri faisait parti du sercrétariat. Un jour pendant que je flânais dans les couloirs de l'école j'entendis CHOUKRI crier après ses collègues: "Vous êtes tous des insectes, que des insectes!!" en arabe dialectale "Fartitos ou Hacharats". Il était différent mais pas repoussant, je le sentais à la fois hanté par l'absurde et par le cru sans concession de la réalité.
C'est à cette période que Edouardo Roditi accompagna pour la première fois CHOUKRI chez Paul Bowles pour lui présenté l'homme et ses nouvelles. Bowles aima  beaucoup les premiers récits de Choukri avant de traduire en anglais "Le Pain nu".
Dans son livre "P.Bowles le reclus de Tanger" Choukri raconte son entretien avec Abdelwahid chauffeur de Bowles:
"Est-ce que ça intéresse vraiment les étrangers, ce que toi et Mohamed Mrabet racontez à Paul et qu'il traduit en anglais?
- Moi je ne raconte rien. J'écris ce que j'ai à écrire et c'est aux autres de le lire.
- Je ne comprends pas.
- Et moi, je ne sais pas comment te l'expliquer.
- Mais Mrabet n'écrit pas! Il raconte.
- Oui, et Paul le transcrit et l'adapte de telle façon que cela puisse être lu."
Quand il a reçu ses premiers cachets il est venu chez nous et a demandé à voir ma belle mère, il avait une belle montre à lui offrir. Elle a fait tout pour l'en dissuadé prétextant que c'était trop cher mais lui il ne voulait rien entendre. L'argent il n'en voulait pas ça polluait son inspiration il préférait rester les poches vides. Une montre pour lui non plus ça le rendai ordinaire. Certainement il devait penser qu'il valait mieux se presser le jour pour donner quelque chose à ceux qu'il aimait avant que son corps titubant ne soit assaillit la nuit par des visages  balafrés pour le dépouiller. Choukri n'était pas un ivrogne. L'alcool c'était une boisson qui l'aidait à se débarrasser de son corps geôlier de sa souffrance et de son inspiration.
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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 08:16

les-trois-cultes2.jpg

 Les lèvres trempées dans un breuvage interdit, j’écoutais patiemment un ami. Il avait la mine longue sans pour autant être triste. Il était mon vis-à-vis sur cette table de restaurant, son visage détaché avait les traits d’un voyageur qui n’a jamais ouvert sa valise, une vague qu’on attendait mais qui ne venait jamais. Pourtant ses mots racontaient la tolérance cultuelle dont se prévalait notre citée, l’expérience vécu par ses citoyens dans un espace qui ne s’agençait pas en voisinage duel : musulman-chrétien, musulman-juif ou juif-chrétien. Nous étions une seule famille comme trois bûches allumant le feu sous un même chaudron, loin des oppositions actuelles, des couleurs contrastées, des constructions mentales fictives et hachées qui ont finalement aboutis à éveiller la méfiance et la peur de l’autre. Et, pour bien m’arrimer à ses pensées, il m’invita à prendre un itinéraire, d'abord une avenue dans notre ville, Sidi Bouabid, puis celle de Siaghine en passant par la place du 9 Avril et finalement rue de la Synagogue. Le long de ces chemins, continuait-il, je pouvais voir les édifices de chacun de ces cultes comme les vestiges d’une amitié qui était peut-être perdue et que la sottise humaine a eu la blessante préférence de disjoindre les gens que de les distinguer.
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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 21:30
Porte-Sidi-Ali-Ben-Hamdouche2-copie-9.jpg 

Ce jour là c’était un vendredi. Les empreintes d’une mémoire jadis en argile fraîche balbutiaient encore sur mes lèvres les moments de vie à la médina. Mes yeux emplis sans le vouloir du visible ordinaire, devenaient soudain perméables à la beauté de ces lieux. L’humidité des sentiers passait au travers de mes souliers pour alléger mes pas, mon regard était fixé sur ces murs fatigués par tant d’histoire et sur ces maisons tellement proches l’une de l’autre que le soleil a finit par les répudiées.   

 

Mais il était un peu tard, le muezzin annonçait déjà la prière du crépuscule et Tanger s’apprêtait à nous dévoiler ses yeux de jais. Les ruelles n’étaient pas encore silencieuses et la lumière somnolente des réverbères à peine éclairait les hommes et femmes qui s’affairaient à leurs derniers besoins quotidiens.

 

Je m’apprêtais moi aussi à prendre congé de la médina et m’étais engager dans la rue Gzenaya lorsque une musique cadencé et ancestrale m’attira vers l’alcôve des chants. Je me suis approché alors d’un pas léger vers cette porte déjà ouverte ornée de gros clous et d’un heurtoir en anneau de fer, elle était d’un vert éclatant qui cachait mal les fêlures du temps et la vermoulure du bois. Quelques femmes et enfants sérés comme une botte de foin regardaient à l’intérieur de ce qui semblait être un grand patio, où mon attention flottait déjà creusant l’espace pour m’imprégner de l’ambiance des lieux. Ma curiosité de savoir ce que c’était cet endroit fût rapidement assouvie par l’un des rares hommes qui s’y trouvait : j’étais au seuil de la confrérie des hmadchas, une zaouïa dans notre langage courant où les adeptes se prêtent à des animations mystico-religieuse, pratiquent l’ascèse individuelle en chantant des psalmodies selon l’enseignement  du fondateur de la confrérie Sidi Ali Ben Hamdouche. Un saint homme qui vécu au 17ème siècle sous le règne du souverain marocain Moulay Ismail.

 

Le dialecte étrange de la musique et l’odeur chaude de l’encens qui habillait l’atmosphère donnaient la mesure à mes pensées et m’appelaient à tremper dans l’ambiance comme un morceau de pain blanc qui tombe dans un  ragoût. J’ai décidé alors de franchir le seuil pour communier avec ce rituel. Pendant que je descendais les marches d’escaliers, le bruit des ruelles se distançait de moi comme le sifflement d’un train qui s’éloignait, la tiédeur du dedans se substituait doucement à l’air frais du dehors. Puis la dernière marche fût comme le cliquettement d’une clé dans une serrure, J’étais pris dans les remparts d’un temps lointain qui s’apprêtait à disposer de mon devenir, pour y produire le  vécu d’une graine des champs emportée par le vent.

 

Intimidé par ce lieu inhabituel je me mis à traverser, les pieds déchaussés et un peu perdu,  cette natte usée parsemer de femmes voilées.

 

Une place clémente accueillit mon corps affaissé par la densité de l’air, où mon épaule fût à peine éloignée d’un joueur de hautbois assis en tailleur sur une peau de mouton. En musicien averti, il portait déjà à ses lèvres lourdes la languette en roseau de son instrument pour l’humidifier de sa salive et créer de temps à autre, au passage de son souffle, une vibration claire et nasillarde. Ses amis compositeurs chauffaient patiemment sur un brasero la peau d’animal de leurs petits et grands tambourin. Ensemble ils attendaient sous le regard assoupi des visiteurs le signe du maître de cérémonie. L’homme n’avait pas un visage neutre, il était habillé d’une djellaba blanche à rayures jaune, un jaune lunaire qui a éclairé le chemin de ceux qui sont venus jusqu’à la zaouïa, un sentier plein de tourment et de passions perdus. Il embrasait une poignée d’herbe morte et mystérieuse dans son kanoun dont le crépitement prémonitoire annonçait pour bientôt le déchaînement des corps enclavés par l’émotion et la peine.

 

A travers la multitude des présents, des femmes en procession allumaient une bougie puis, mêlant de multiples syllabes aux arômes mystiques de l’air, la déposait au milieu d’une alcôve. Leurs silhouettes s’entrecroisaient sur les murs dont les couleurs arabesques s’efforçaient en vain à éveiller les regards voilés par l’arbitraire et que la raison allait bientôt quitter. D’autres femmes, le visage défait par une épreuve récente de la vie, empoignaient les pates d’une volaille aux plumages noirs, une couleur inconsciente appartenant à l’autre côté du monde plein de pouvoir et d’inconnu.  Elles attendaient la levée d’une tenture  pour entrer dans une pièce où la vie ne revient pas aux offrandes.

 

 A peine avais-je commencé à chercher dans les regards un visage avenant, qu’un roulement de tambourin chauffé par le son nasillard du hautbois fendit le silence comme un éclair lézardant  le ciel. Le claquement sec des doigts sur la peau des tambourins et le souffle des musiciens me rappela avec étrangeté le flanc des montagnes du Rif, les sentiers tracés par le passage des hommes et des muletiers, les couleurs cendrées des eucalyptus, les hivers sans tendresses attisés par les vents. Quand la musique devint plus rythmée, ses vibrations commencèrent à se blottir contre le torse des présents. En tête de bélier elles voulaient faire céder cette étrange forteresse qui gardait les âmes crédules, s’efforçaient à enjamber les esprits pour prendre possession de leurs substances, palpaient les personnes émues dépositaire de leurs mélodie pour déloger, avec un pouvoir enivrant, des recoins cachés et sombres de leurs corps, les djinns qui les auraient peut être habités. Soudain, prise de convulsions spasmodique, une femme poussa un cri strident, d’autres furent arrachés de leurs séant pour aller encensé leur corps au milieu de la zaouïa, leurs cheveux d'ébène prenaient de plus en plus de volume et voltigeaient dans les airs. La mort vécue dans l’âme elles ondulaient  dans l’espace exprimant leur désir triste et sombre de chasser les injures de la vie. Les plus éveillées d’entre elles pénétrèrent dans le plateau pour les aidés à se ressaisir mettant au dessus de leurs hanches des ceintures en tissu blanc. Pendant ce temps, le maître de cérémonie, en connivence avec ses acolytes musiciens, les sens ouverts aux milles frémissements, engageait un périple étudié, son geste était sensuel, son mouvement coloré, et ses paroles incantatoires  bien mesurées. Un lègue de plusieurs années d’expériences qui donne aux partisans de la confrérie l’illusion qu’ils allaient bientôt échappé aux revers des temps.

 

Quand la musique s’arrêtât brusquement, les femmes s’écroulèrent comme si le sang avait gelé  dans leurs veines. Puis, à leurs côtés, les plus proches ce sont agenouillés  pour raffiner leur souffrance et leur malheur.

 


Epilogue

 

Moi  j’étais là, j’observais. Les sensations que j’ai éprouvé alors n’étaient pas angoissante ni assurément agréables et bien que je n’aie aucune notion des principes fondateurs de cette confrérie, je sentais autour de moi un pouvoir dont l’essence était plus étendue que son enseignement et qui disposait les croyants, confinés dans l’ignorance et l’égarement, à transcender leur religion véritable.

Je me suis senti aussi comme cet étranger qui venait d’ailleurs, celui dont l’origine n’était pas si sûre et qui regardait avec tolérance cet événement comme une curiosité culturelle.

Je me demandais quel rapport avais-je avec ces gens alors que nous étions en commun un grand peuple. Je ne crois peut être pas à ce genre de manifestation qui caractérise une frange de notre société mais je me demande, bien que l’abord soit différent, si leurs attitude n’est pas aussi semblable par exemple à celle de ce banquier qui, à côté de sa rigueur et son approche méthodique, consulte en temps de repos son horoscope. Il m’est donc bien évident de dire que chacun de nous croit bien à quelque chose et si par distinction nous cherchons à être dissemblable nous ne pouvons nous empêcher de croire à nos pensées. Y-a-t-il donc plusieurs formes que peut prendre la croyance ? Oui certainement et la mienne n’a jamais dépassé en tous cas la certitude sensible, elle ne tient pas son origine d’une vérité révélée par les textes ni d’un engagement envers une quelconque doctrine, ma croyance vient  d’opinions flottantes et mal assurées qui s’érigent au fur et à mesure de l’expérience en conviction fondée.

 

A chacun sa propre Zaouïa.

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Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
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Recherche

Peut-être un jour

Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?
Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
Porsche 356 1300 coupé 1951
Porsche 356 A 1500 GT Carrera 1958
Porsche 356 châssis 356.001
Porsche Carrera 911



 
 

  

 

des mots en image

D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

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