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7 février 2022 1 07 /02 /février /2022 19:04

 

Cette photo je l’ai prise à Amtoudi (140 km de Tafraout). C’est un village qui se trouve sur le flanc sud-ouest de la chaîne montagneuse de l’Anti-Atlas, tapi dans la profondeur des gorges. Les habitants sont berbères, des Id Aissa. Bien que rarement citée par l’histoire du pays, cette localité est célèbre par ses impressionnants greniers, des Agadirs comme  il est coutume de les nommer, parmi les plus importants du Maroc.

La nuit, par la force de l’écho, emprisonné entre les parois verticales et spectaculaire de la montagne, le croassement des crapauds venaient à nous comme le son de quelques animaux d’une période géologique disparue.

Mais pourquoi cette photo ! Car des plus lointaines contrées que j’ai visitées, la nature a toujours porté l’empreinte des êtres humains. Dans le cas présent Le Culte.

Une nature vierge, seule a toujours dérangé, effrayé les Hommes, son espace et son immobilité les terrifie ! S’empressent alors à vouloir l’animer, à l’inonder de signes et de totem pour la ployer à leur volonté.

 

********************

 

Longtemps nous avons habité la médina chez mes grands-parents. Dar Baroud, lieu abritant notre demeure, fait partie des cinq quartiers formant cette enclave, un dédale de ruelles et d’impasses, un lieu d’oralité et de conte, de cris des mouettes et de cornes de brume des bateaux, de voix avachies par le vent de l’est.

Soufflée par le courant des mers, une atmosphère vivante franchissait chaque jour les remparts pour venir ramollir nos corps et attendrir nos regards. Non loin de notre logis, un Café maure “Makina”, quelques quidams autour d’une table en bois, les lèvres humides à l’embout des Sebsis, les yeux fardés d’espoir lorgnaient tantôt le fond des verres qui contenaient suffisamment de thé pour noyer le désœuvrement et abjurer le malheur tantôt les cimes ibériques pour donner corps à leurs attentes.

Chaque fois que je franchis le passage pour aller à la rencontre de ce corps social, un sentiment doux de ne pas en être exclu émerge en moi. Un silence fortuné, opulent, assoupissait mes pas. On aurait dit que les habitants de ces lieux passaient leur temps à se recueillir, à lire le roman de leur vie à la mer, à se remémorer un fragment de souvenir raconté par le roucoulement des galets et des pierres. Il faut dire que cet espace traditionnel, affranchi de toute instance urbanistique, est presque un lieu privé, on venait que si on y résidait ou quelque affaires nous appelaient à y chercher un familier. C’était les maisons qui, au fur et à mesure de leurs sorties de terre, créaient, traçaient les passages de ruelle en venelle. Les habitations comme les fissurelles de la méditerranée sont incrustées dans la roche puis soudées côte à côte, torsadées, chevauchent quasiment les unes sur les autres, agrippant le souffle des vents enduis d’écumes et d’encens, disputant la lumière pour vaincre l’oubli et le revers des temps.

A mesure que j’évoluai dans les entrailles de la médina, le souvenir de mon grand-père, Bassidi, papy me vint à l’esprit, un homme probe, le plus délicieux des êtres que la vie m’a accordé de rencontrer sur mon chemin.

• Dis-moi Bassidi, pourquoi n'habitons-nous pas en ville?

• Écoute mon enfant, me répond-il, les gens qui habitent la ville sont indifférents à la religion. Habiter dans des avenues en lignes droites ou perpendiculaires affublées de sens, de directions est une offense à notre créateur car le sens nous est donné uniquement par Lui. Notre conception de l’espace est en tout égard respectueuse de notre croyance, celle de croire entre-autres au retour de notre prophète Issa fils de Mariam et laquelle croyance nous permet de porter en nous, avec joie cette dimension cachée de l’éternel retour, du temps répétitif et circulaire, comment donc avoir foi en cela et habiter des lignes rectilignes dont on n'en reviendra peut-être jamais! L’espace pourrait certainement influencer ton appartenance, mon enfant. Regarde notre médina ses venelles sont sinueuses, pleines de chicanes et d’impasses, les portes des maisons obéissantes à leurs maîtres, indifférentes aux étrangers, révélatrices de la catégorie sociale de leurs hôtes, alors quand quelqu’un nous demande après un lieu on lui communique uniquement l’emplacement mais jamais la direction, c’est de relais en relais en implorant l’aide de Dieu par la formule Inchallah et la sourate du Trône qu’il peut atteindre le lieu recherché.

Je l’écoutai avec fascination, nous avions un dieu intime mon grand-père et moi, il me conduisait chaque jour à Sa demeure car il avait les clés du château: un poste radio Philips en bois datant de la première moitié du XXème siècle où repose la technologie d’avant la deuxième guerre mondiale et une clé pour remonter l’horloge murale qui ordonnait les heures de prières. Chaque matin vers huit heures et demie je lui apportai l’escabeau pour allumer la radio, on écoutait ensemble la lecture du coran, puis il s’en servait pour examiner la détente du ressort de l’horloge, l’évaluation terminée, il me jetait un regard de satisfaction en me défaisant les cheveux avec la paume de sa main.

Quand je revisite ma mémoire et revois notre demeure, son carrelage vert floral affadi par le temps, l’escalier en balustres de fer forgé desservant le premier étage, les murs laiteux oubliés du soleil, je ne peux résister au souvenir de cet enfoncement sous la paillasse de l’escalier, une alcôve dont le seul usage était de recevoir “tbak” le panier de pain évasé surmonté d’un cône ouvragé de feuilles de doum. C’était un coin sacré, à l’heure des repas on allait chercher le pain presque avec cérémonie.

Le seul trait qui mettait notre logis sous une apparence occidentale, c'était le costume de mon père. Quand le soir arrivait et le vestibule plongé dans la pénombre, la porte s’ouvrait et mon père apparaissait. Il arborait fièrement cette armure de fonctionnaire, les chaussures propres, noires et formelles. Il n’était pas soucieux uniquement de sa mise mais attentif aussi à sa marocanité et africanité. Il venait d’une époque que je n’ai pas connue, le Protectorat et moi de l’Indépendance, que dire un monticule de sable face à une montagne! Mon père était sévère, je regardai seulement son visage pour recevoir le témoignage d’une affection ou d’une réprimande, à la maison il était pour moi l’homme par qui la civilisation et le monde m’était conté, il prodiguait et savait tout, il ressemblait à Gamal Abdennassar selon les dires de mon oncle ou Imad Hamdi selon ceux de ma mère mais jamais à De Gaulle ou à Pompidou.

Parfois le matin, j'essayais de me lever tôt pour mettre la carafe de lait au seuil de notre maison et attendre le passage des chèvres pour tirer le lait de leurs mamelles. Mais quand je m'oubliais au lit, des mains à la peau écaillée, nervurée par le temps, plissées comme un drap défait, venaient scruter mon matelas pendant mon sommeil, pour s'assurer si aucune eau chaude ne m'a réchauffée la nuit. L'échappée n'étant pas toujours certaine, les doigts osseux me pinçaient alors jusqu'à faire trébucher mes rêves. Cependant avant de filer à l'école, ma grande mère, pour se réconcilier avec moi après un réveil agité, me donnait un peu de pois chiche cuit à la vapeur au sel et au cumin.

Mais....dieu.....qu'est-ce que je pouvais des fois détester cette femme, elle avait les lèvres charnues à vous laisser une écume de salive sur la joue quand elle vous embrassait, elle pestait sans se lasser contre mon grand père, lui la candeur dans sa nature la plus absolue qui avait le cœur sur la main, prenait la vie comme elle venait. Certes, le commerce des bijoux fantaisie que pratiquait Bassidi ne lui permettait pas de rapporter suffisamment d’argent à la maison, aussi faut-il avouer qu’il n’avait d’intérêt que pour son chapelet dont il faisait passer les grains entre les doigts pour compter les jours qui lui restaient. Alors quand il empruntait chaque matin les chemins grêles de la médina pour aller tenir son commerce en fait c’était davantage pour méditer et rester en retrait des chamailleries du foyer. Mon père s’occupait du reste.

Le dévouement de mon grand père à sa famille, à son travail et la résignation de ma grand-mère à sa condition de femme au foyer, enracinaient encore et toujours un peu plus profondément ce sentiment d'immuabilité dans le temps, je les voyais réaliser chaque jour les mêmes fragments de gestes successifs, accomplis comme une promesse, pour s'acquitter de leur prières, remonter d'un mouvement de poigné l'horloge murale, bluter la farine, pétrir le pain, astiquer les théières d'argent et fourbir les lampes et les plateaux en cuivre.

Mon grand-père partageait assidûment mon chemin vers l'école. Il s'habillait de son traditionnel Jabador blanc, symbole d'appartenance à sa communauté, de son couvre chef en laine rouge cerise puis sa chaussure belgha qui n'a jamais cédée à une citadine et bien sûr sa jellabah grise et sa meilleure compagne une canne en cèdre. Qu'est-ce que j'aimais cet homme! Il m'a appris l'ambition de chercher à rester simple et modeste, sa propreté physique et morale a éclaté la blancheur de son linceul.

Notre chemin attirait sans cesse mon attention, on y sentait l'odeur des fèves et celle des haricots, des plats rustiques qui me rassasiaient. Les rues étaient sinueuses et irrégulières, les maisons se touchaient puis se séparaient faisant succéder l'ombre et la lumière alternant ainsi jusqu'à la place Dar Baroud.

Le quartier abritait des personnages distincts qui nuançaient l'ordre social et donnaient de l'importance et de la contenance à notre communauté.

Tourya la voyante, habitait à l'embouchure de la rue où elle offrait ses présages aux femmes en mal d'amours, ses recettes pour déjouer le mauvais œil, pour briser le cadenas des femmes récemment mariées et difficiles à dépuceler ou les maris qui n'arrivaient plus à la remuer. L'épicier Hamou, le fkih de l'école coranique et enfin le maître du four traditionnel qui jouissait du respect du voisinage car c'est en ce lieu que le pain du pauvre côtoyait paisiblement celui du riche.

Place Amrah était le passage obligé de tout un chacun de nous qui désirait accéder aux quatre portes parmi les sept de Tanger, Bab Haha, Bab Bhar, Bab Assa et Bab Kasbah. Cette place était bien connue par la somptueuse demeure Sidi Hosni de la richissime Barbara Hutton que les médias ont surnommés plus tard la pauvre petite fille riche.

Les nuits n’étaient pas toujours égales. Épaisses, elles transfiguraient nos ombres, étranglaient la lumière des réverbères accrochés sur les murs en décomposition, s'emparaient avec une délicatesse ténébreuse de mon malaise. Ma tête tanguait sur l'édredon comme une coquille de noix aux prises de la houle d’une mer agitée. En cherchant le sommeil j’imaginais ma mère assise auprès de moi, au bord du lit essayant de me couvrir jusqu’aux épaules puis déposer un baiser sur mon front. Bonne nuit mon chéri et fait de beaux rêves me disait-elle. Mais ce n’était qu’un rêve, elle n’était pas là, ne pouvait pas être là. C’était une affaire de grand paraît-il. Personne ne connaissait encore le langage des chaudronnés pour me l’expliquer sauf mon grand-père qui, tel un papillon, volait avec moi à la recherche d’un soleil meilleur.

Quand mon grand-père est parti dans les replis mystérieux de l'inapparent, je n’ai plus retrouvé l’escabeau pour allumer la radio et écouter le coran ni la clé pour remonter l’horloge murale et ordonner les prières. C’était ses bornes à lui pour s'amarrer à l’existence. Maintenant qu’il n’en avait plus besoin pourquoi les avait-il emportés avec lui? J’ai alors demandé à mon père qui m’a répondu avec une assurance lapidaire, à l’emporte-pièce sans qu’un seul pli de son visage ne vienne trahir un doute, que notre dieu intime avait le même âge que son adorateur Bassidi. Cette affirmation péremptoire me troubla un peu, elle cachait peut-être un malaise un non-dit, c’est à ce moment là que le rhizome religieux de mon paternel commença à m'intéresser, mais je ne voyais encore en lui que ce qui m’était accordé à voir, c’est à dire ce grand arbre qu’il représentait aux branches larges qui m’abritaient, parfois m’angoissaient mais aussi d’où j’ai fleuri après l’enfoncement orgasmique de ses lianes dans la terre, ma nourricière.

Après la disparition de mon grand-père Bassidi, mon père cru peut-être nécessaire de compléter mon éducation cultuelle! Ainsi, au commencement du mois sacré de ramadan il m’acheta la tenue réservée à l’occasion, Djellaba, Jabador, gilet et belgha. Certes, mon corps était encore silencieux, rien ne venait traverser mes lombes ni mettre à l’épreuve ma virilité, mais je me sentais déjà un homme! Un vrai! Aux vingt sixième jours du mois sacré, à la nuit du destin, nous sommes partis ensemble à la mosquée pour nous acquitter des prières qui conviennent à la circonstance.

Il faut dire que cela fait bien quelque temps que je savais que le dieu de mon père était un comptable, un administrateur de culte, un dieu de service qui distribuait les bons et les mauvais points. Rien ne venait cependant donner corps à mes soupçons, je voulais en avoir la certitude, la preuve et cette nuit je l’ai eu, car qui pourrait aimer un comptable!!

Après Salat Al ‘Ichae et les prières surérogatoires, il s’appuya sur ses genoux pour se mettre debout, plia son tapis et soudain d’une voix triste, irrépressible, telle une aigreur expulsée malgré lui par la contraction de son diaphragme, lasse d’être à chaque fois contenue il dit: ”Ouf c’est terminé!”. Cet aveu fut comme un lézard dans mon firmament! C’est la seule fois où j’ai ressenti de la pitié pour mon père, sa foi en dieu s'était brisé il y a bien longtemps, il en était malheureux, parti très jeune, séquestré par les vicissitudes de la vie, trop longtemps resté à guerroyer pour se ressouvenir maintenant sans coup férir du chemin du retour, une douloureuse tristesse le séparait de son pays natal, la voix mystique et sacrée de son peuple.

Les profondeurs de la médina m'ont appelé pour plonger dans mes souvenirs, pour écouter l'écho de la vie trépidante d'antan, pour enlever le pansement de ma blessure qui n'avait pas encore guérie.

Je reviens sur les pas de mon père quand il rentrait le soir le cœur palpitant de bonheur de nous revoir.

Je reviens sur les pas de ma mère quand elle venait supplier de la laisser voir ses enfants.

J'avais peur de changer. Mais maintenant la médina reconnaîtra l'enfant qu'elle a consolé.

Je reviendrais......

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 février 2022 4 03 /02 /février /2022 08:40

 

 

Ils arrivèrent dans l’après-midi aux abords de la ville. De part leurs divers séjours dans le sud, Adam et son épouse Aïcha savaient que les gens du cru à cette époque du siècle avaient encore la foi en leurs terres, et la terre en retour les aimait et leur dispensait suffisamment de plantes et de pierres médicinales pour calmer leur maux et leurs douleurs. Demander en ces temps-là après une pharmacie au lieu d’un herboriste ou un apothicaire c’est comme si vous profaniez un lieu sacré.

Depuis la nuit des temps les peuples communiquaient avec cette Force Vitale, se sustentaient avec secret de son Principe Universel, le transmettait d’une génération à l’autre par une presque chorégraphie de gestes ancestraux saluant par leurs biais la naissance primordiale du monde.

Mais la science a vite fait de fanfaronner ses découvertes, prétendant ouvertement d’avoir démystifier le secret  du cosmos, reléguant au fin fond de la mémoire des hommes les liens inviolables qui les unissaient à leurs terres. C’est ainsi que nos enfants ont emprunté le chemin des molécules chimiques et l’adoration des nouveaux dieux, Bayer, Pfizer, J&J…... 

A l’arrière les jérémiades de Mikael avaient cessé, sa maman le divertissait et lui appliquait les remèdes de grand-mère qui ont fini par lui rendre le sourire et les couleurs. Dès que Adam s’arrêta sur les bas-côtés de la route pour s’enquérir de la situation, Ismaël n'attendit pas la permission de son père pour sortir, ouvrit la portière avant et se mit à courir dans les plantations avoisinantes. La famille était contente et soulagée de voir son enfant se remettre rapidement de ce malaise.

Adam enjamba une rigole et rattrapa Ismaïl, ils passèrent au travers des frondaisons de quelques oliviers puis débouchèrent tous les deux avec surprise sur des vergers d'arganiers, de palmiers et d'amandiers. Les champs tapissés d’herbes, d’arbustes divers et de hennés aux couleurs vert bouteille étaient ceint, de part et d’autres d’un sentier taillé dans une argile dure semi dépierrée, d’un muret de terre rouge imprécis mais ferme construit à même la paume de la main mélangé à du feuillage morts. A cette heure de l’après-midi, les habitants congédiés par la forte chaleur s’assoupissaient dans leurs demeures attendant la prière de l’instant pour sortir et aller prier dans leurs mosquées. Seuls les criquets et les insouciantes cigales peuplaient le silence faisant la répartie aux roucoulements des ruisseaux et aux craquements des pierres sous la brûlure du soleil. Adam s’est sentie apaisé par ce paysage, une forme de plénitude gagna son cœur et le fit approcher d’Ismaël, un mouvement spontané qui les rendissent égaux dans leurs humanités malgré leurs différences d’âges. La nature et les êtres sont tous les deux sur la même roue de la réincarnation, ils viennent au monde ensembles le quittent de la même manière puis reviennent avec des visages différents. La mort c’est l’Homme qui l’a inventé il n’y a que la Vie. 

Ici au crépuscule, quand le paysan rentre chez lui, conduit son troupeau à l’étable, attache son mulet dans la stalle, même dans le silence de la nuit il reste toujours de la chaleur, l’ardeur du vivant ne s’arrête pas, elle fait hennir, piailler, aboyer et le paysan dort. Dans son sommeil, il pense à la terre. Il est absous d’erreurs, repose dans une quiète certitude malgré les vicissitudes des jours. Lorsqu’il pousse la charrue et que le soc commence à retourner la terre, à creuser son sillon, il sait que c’est la Mère nature qui a choisi pour lui le lieu et le moment parfait pour remplir son rôle de paysan. Il le sait, il doit le savoir.

Ailleurs une fois le moteur de la voiture éteint, c’est du métal mort qu’on laisse derrière nous, on n’entend oualou lorsqu’on rentre chez soi, l’être ne partage rien avec la machine, l’acier et le fer mais il continue à sentir l’huile et le gasoil et la nuit dans son sommeil il pense au prix du pétrole. L’humain c’est de l’ADN mais pas seulement, c’est une émotion mais pas seulement, il est plus que cela, il le sait, mais ce qu’il est, est plus vaste que ce qu’il pourrait savoir. Mais cela, il ne le sait pas encore car  le merveilleux a quitté son cœur.

 

A suivre 

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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 09:43

Sans titre Gouache sur papier marouflé sur isorel

 

 

 

 

 

 

 

La nature et la vieillesse 

Peinture sur papier Juillet 1972

 

 

 

Un monde magique gouache sur papier 

 

 

 

 

 

Parent d’un inconnu peinture sur papier

 

 

 

 

”Je n’écris pas parce que je sais mais parce que j’aime”

“Bien qu’il soit assis à Sidi Mnari contemplant ainsi toute la ville de Tanger, le regard de l’Etranger restera à jamais inachevé, je suis cet Etranger!”

 

 

- Mly Ahmed Drissi a ses habitudes au café La Dolce Vita à Rabat si tu veux le voir.

- Comment le reconnaître? A-t-il un signe particulier, distinctif?

- Tu demandes au garçon de café et efface moi cet air hautain, ce chapeau style européen qui fait appelle à une mémoire qui n’est pas la tienne. Tu n’as pas de calotte? (rire)

- Je ne connais qu’un seul habit propre au marocain, en particulier ceux du nord comme moi, c’est la balgha! Djellaba ou Jabador et tête rasée. En portes-tu! Non. Alors soit gentil envers ma paille de palmier!

- Bon, Mly Ahmed n’aime pas les arrivistes, ceux qui se proclament marocain alors qu’ils sont, sans le vouloir bien sûr, le réceptacle du néocolonialisme et de sa continuité, ils n’ont pas encore compris que progrès et civilisation n’est pas occidentalisation.

- Mais je vais parler peinture pas de ma mise enfin!

- Écoute, toi tu n’es pas de son monde et lui il n’est pas du tiens alors fais ce que je te dis!

- J’ai apporté une forme de monographie de sa peinture naïve.

- Malheureux! tu viens de commettre l’impair le plus impardonnable qui soit!!

- Mais enfin quoi encore ?!

- Ne prononce jamais devant lui ce terme de naïf, c’est une forme de mépris et de dénigrement commis à son égard! bon dieu d' bon dieu, je pense que tu n’es pas encore prêt à le rencontrer, tu as vraiment besoin d’un long débriefing, Mly Ahmed a un tempérament coléreux il le sait, c’est une main énervée nonobstant sa peinture est appréciée.

- Il n’y a pas de mal à qualifier une forme d’art en Art naïf, c’est une simple appellation pour établir une certaine distinction entre les divers styles picturaux, c’est tout! tiens! Frida Kahlo me vient tout à coup à l’esprit, elle aussi est un peintre naïf, le savais-tu?

- Le problème ne réside pas là, ce n’est pas une question de classification mais de cantonnement forcé de l’art marocain dans le cadre d’une peinture spontanée. Et pour ton information, Frida Kahlo est répertoriée dans l’Encyclopédie Mondiale de l’Art Naïf, ce n’est pas le cas pour Mly Ahmed, pas plus du reste que les autres artistes marocains pour la simple raison que le Maroc n’y figure pas du tout! Vas-y savoir pourquoi!!

- Oui, je comprends, mais tout art, disons, prend naissance dans la forme et la couleur, c’est universel, l’évolution artistique vient progressivement.

- Sais-tu que Mly Ahmed est né en 1924 sous le règne du Sultan Mly Youssef Ben Hassan qui a exercé sa fonction dans la tourmente du protectorat français et espagnol? Un peuple dominé aurait-il la prétention d’élever son art à celui de l’agresseur! A peine avait-il fait de considérer son art sous un angle interprétatif et symbolique que voilà déjà les préjugés coloniaux qui viennent barbouiller son travail pour le limiter stricto sensus à une œuvre purement descriptive et inventoriée. Toute sensibilité artistique qui sortait du canevas étroit mis en place par les coloniaux était tout simplement objet de moquerie et de rabaissement. Je te rappel pour mémoire le texte d’Albert Memmi dans son livre “Portrait du colonisé”:”...On a déclaré au colonisé que sa musique c’est du miaulement de chat, sa peinture du sirop de sucre, il répète que sa musique est vulgaire et sa peinture écoeurante”. Comprends-tu maintenant?

- Alors de quel mouvement se réclame t il?

- Celui de l’égarement.

- Comment ça, peux-tu m'expliquer?

- Décidément je vois que ta caboche est pleine de vérités établies par les autres! Mly Ahmed préfère plutôt s’égarer dans son art que d’emprunter l’ordre et la raison d’autrui. Il a dit par ses propres mots “à quoi bon de peindre ce que tout le monde peut voir? Je veux peindre ce que je suis seul à voir pour le faire partager aux autres”.Écoutes, l’art est un ressenti, une émotion, on peint avec ce qu’on a dans le ventre ou le cœur, bref les entrailles mon garçons, tu dois en avoir parce qu’il me semble que ce n’est pas assez costaud là-dedans! Mais dis donc toi! Pourquoi veux-tu le rencontrer?

- A vrai dire je regardai les tableaux de Mly Ahmed avec une certaine indifférence, mais quand j’ai lu l’hommage que lui a rendu Hocine El Kasri dans Pro-culture n°11, un regard cette fois consensuel s’est éveillé en moi. Je dois dire que c’est un peintre révolutionnaire à son époque car il a su porter sur la toile ce qu’il ressentait au fin fond de lui-même. Je vois clairement maintenant pourquoi il a été considéré comme un peintre marginal et maudit, et cela pour la simple raison que lui, contrairement aux autres, il a su afficher son ressenti sur le tableau, passant ainsi du descriptif à l’interprétatif, à donner un sens à l’oeuvre, ce qui à son temps était inacceptable dans la conception occidentale.

- Bien dit. Ses tableaux en effet racontent, produisent une vérité, une forme de pérégrination au sein de sa mémoire, une composition de couleur dont le seul but est de témoigner d’un certain vécu qui était le sien, d’en prolonger en quelque sorte la naration. Sa mère le mettait souvent à l’abri des regards indiscrets de peur que son activité ne vienne profiter à quelques mauvaises langues. Elle tolérait aussi, sans aucun doute, que son fils prenne un peu de sa teinture qu’elle préparait pour colorer les fils de laine nécessaires à ses tapis.

- Les études actuelles portent-elles un autre regard sur cet artiste?

- A vrai dire je ne suis pas plus avancé que toi, mais je vais risquer quand même une explication. A l’introduction de la revue souffle n°7&8, Abdellatif Laâbi a écrit ceci au paragraphe sur “L’Idéologie coloniale et l’Art marocain” :....les études qu’on considère aujourd’hui comme magistrales et comme matière de base ont été surtout descriptives rarement interprétatives ou exhaustives…(...)...Dans les rares synthèses réalisées, seuls les aspects historiques et sociaux sont relativement étudiés en détail, les aspects symboliques , plastiques ou visuels furent très peu explicités” Il ajoute ensuite que c’est pour cela que la bibliographie de l’art marocain se compose surtout de catalogues et de recueils inventoriels. Par ailleurs, dans la même revue, Belkahia, Chebaa et Melehi n’y sont pas allés d’une main morte dans leurs débats au sujet de l’art naïf. Consulte ces textes, ils sont disponibles à la Bibliothèque Numérique Nationale(*). Je dois toutefois préciser un point important. Dans la forme le style de Mly Ahmed paraît comme étant naïf, je te l’accorde mais dans le fond il ne l’est pas du tout, alors vraiment pas du tout. Pour te conforter dans ce que j’avance et cela est ma propre conviction, l’inspiration de Mly Ahmed n’est pas de source populaire, elle vient du fonds de son vécu. Dans ses tableaux les questions sont nombreuses et balaient des thèmes aussi vaste que la spiritualité, le religieux, la tolérance, l’autorité, le mystère, l’identité et l’homme face au monde.

- Je me demande de quelle blessure il est le récipiendaire qui l’a poussé ainsi à réaliser un art thérapie. Il n'y a pas suffisamment d’écrits sur l’art à ce sujet, mais cela reste quand même un patrimoine national qu’il est nécessaire de revivifier et cela incombe à tout un chacun aussi bien public que privé!!

- Khalil M’rabet, dans son livre “Peinture & Identité”(*), à la page 51 a rendu un témoignage émouvant à Mly Ahmed Drissi.

- Crois-tu que Mly Ahmed pourrais me dire par exemple pourquoi ses équidés sont souvent étirés, sous les djellabas y a t il eu toujours des hommes ou quelquefois des djinn?

- Bon, trêve de plaisanterie, vas-y avant qu’il parte et fais moi un retour. Au revoir. ……..Salaud!

 

 

(*) cet astérisque signale les anachronismes introduits dans le texte.

 

 

 

 

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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 10:41
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4 décembre 2021 6 04 /12 /décembre /2021 08:53

 

Hakim Ghailan - L’arbre de vie - 2005

 

Écoutez, je suis fatigué, las de chercher, je veux avoir l’esprit de mon âge. Pourquoi agiter ce qui naturellement doit tôt ou tard décanter, mon tamis d'orpailleur a vieilli, bientôt la pesanteur aura raison de ma verticalité, de mes muscles zygomatiques. Je désire ardemment marcher vers l’estuaire là où se jetteront dans un temps proche et inéluctable tous les cours d’eaux qui ont jadis creusés le lit de ma rivière, écouter chanter l’onde azurée, toucher le limon du temps, de la durée, de l’ardeur, de la fraîcheur, du jour et de la lumière, de l’évanoui, du disparu, du corps et de l’éreinté, des ténèbres quand je regardais par ma fenêtre les étoiles et la constellation d'Orion, alors pourquoi devrais-je avoir peur de la nuit.

 

Je marche, vois un monticule de terre argileuse, m'assois dessus, regarde tout autour et aperçois une pépite d’or, le faît orienté vers le sud  pointant mes origines africaines, mon peuple, ma demeure à jamais. Cette trouvaille était en fait une satisfaction, car sur cette petite masse aurifère il était écrit “”Qui n’a pas l’esprit de son âge, de son âge à tout le malheur.””C’est encore un écrivain du 18ème qui nous dit la vérité. Finalement seuls les disparus disent vrai, les vivants quant à eux, en dehors du faux-semblant, sont plein d’ennui.

 

Au fil de mon errance, je rencontre un semblable qui marche dans le sens opposé, me regarde intensément avec des yeux mouillés, m’adresse ces mots d’une voix triste et voilée : “”tu vas vers l’estuaire mon ami? Tu as vraiment de la chance! Regarde, moi à force de vouloir tout démontrer, analyser, prouver, à fréquenter les rationnels et les têtes bien pensantes j’ai fini par m’en éloigner. Accepte ce conseil, ne fréquente plus les gens cohérents, rationnels, c’est mauvais pour ton cœur et ta santé.

 

Car la cohérence est une maladie comme disait Fernando Pessoa, je suis rentré chez moi émoustillé par les paroles de l’inconnu  et organisé un banquet, un festin pour les fous, les discordants et les confus!!.

 

Le lendemain, après une orgie parolière dadaïste, animé par un comité soixante-huitard remettant en cause toutes les conventions d’un esprit sain, je me suis éveillé à l’idée que c’est le vestibule de la folie qui mène à la raison, celui du déséquilibre à l’équilibre. Ne dit-on pas que l’erreur est corrélative à la vérité?. Il y a du divin en l’homme mais ce divin il ne peut aller à sa rencontre que par des chemins parfois alambiqués, des approches ou des idées opposées. N’est-ce pas qu’on ne peut accéder au chemin du souvenir que par les lacets de l’oubli? 

 

C’est l’expression de cette idée que je pense avoir pressenti dans l'œuvre de Hakim Ghailan, elle m’a accroché au premier regard. Mon critère pour qu’un objet, un paysage, une œuvre et même une conversation puisse venir et soutenir mon attention est d’avoir en germe à la fois du vrai et du faux, du beau et du laid, de l’effort et de l’abandon. Je me rappelle d’une scène d’un film qui avait retenue mon attention. Le film est Blade Runner 2049. Le personnage désirait savoir s’il était un être humain ou une machine, il avait des doutes. Il s’est approché du préposé à cette opération et lui a demandé: “” Comment pouvez-vous connaître la différence?”” Le technicien lui répondit clairement: “” un être humain a des pensées et une locution souvent désordonnée ce qui n’est pas le cas pour les machines””

 

Le cinquième triangle est en déséquilibre par rapport aux autres. Une discordance qui a donné de l’agrément à cette gravure, belle à mes yeux. Il est possible aussi de voir dans cette œuvre la volonté d’aller de l’avant à condition de dépasser l’entorse du cinquième élément qui est un nombre canonique dans nos pratiques cultuelles. Là je vois le talent d’un artiste qui cherche à développer en nous une pensée bien qu’elle soit éventuellement en désaccord avec la sienne.

 

Parce que l’être humain est une manifestation, une fable, un miracle certainement, tout ce qui nous arrive de fâcheux ou de désagréable nous apportera tôt ou tard son lot de joie et c’est l’essentiel. Je me souviens un jour que j'étais au café de la place des nations à Tanger, je lisais avec fascination Sexus le tome I de la trilogie de la Crucifixion en rose de Henry Miller, un écrivain majeur du 20ème siècle. J’étais transporté par cette lecture, mes yeux mangeaient, mâchaient les mots, étaient barbouillés du style lumineux, envoûtant de l’auteur, propulsé à mille lieues de la place où j’étais, je me sentais en orbite autour de la terre ayant pour foyer le livre quand soudain un homme vieux assis à une table derrière moi se mit à ronfler!! Ah! Quelle horreur, ah mon dieu quelle abjection d’être jeter ainsi dans le poids massif et sordide du réel, arraché à mon extase, ah! le salaud, AAAAAh! le salaud!! il m’a enfilé une de ces grosses paire d'haltère aux chevilles, cette souffrance délirante d’être élevé au ciel puis de retomber sur terre à cause d’un ronfleur, de ressentir de surcroît la densité lente et atroce de l’existence!! Mon sang ne fit qu’un tour et ma colère éclata, le garçon arriva, s’excusa d’avoir mis trop de verveine dans le thé du vieux, tout se mêla alors dans ma tête, je maudissais la généalogie métaphysique de l’homme, l’inflorescence androgyne qui l’a mis au monde, sa mère, son père en prenaient autant, les gens me donnait des tapes sur mon épaule pour me calmer, les injures les plus sordides fusèrent de part et d’autre et enflammèrent le café, les gens me traitaient d’ irrespectueux, car je lisais le texte des infidèles alors que le ronfleur était un homme pieux en djellaba!!! (je n’ai rien dit) - Maintenant j’en souris.

 

Tous ces mots pour me convaincre que l’être humain est un phénomène, une singularité, une épiphanie, une apparition. La vie est cela je pense et je ne peux que la montrer, laisser voir, mais jamais m’aventurer à la démontrer.

 

Je ne peux pas dire que le cerveau sécrète la pensée comme le foie la bile car le cerveau est l’instrument de la pensée, nullement le contraire.

 

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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 16:06

 

Vers Errachidia Maroc

Arrêt en route vers Tafraout Maroc

En route vers Tinghir

Souk Khemis des Ida ou Gnidif à 80 km de Tafraout Maroc

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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 13:50

 

Voyage vers Tadighoust au-delà des montagnes du Haut-Atlas. Un village en pisé resté millénaire,  fixé dans le temps par une fibule berbère malgré la résurrection des Hommes, construit par la promesse des vents et le vœu des êtres trépassés.

 

La tristesse assombrit le visage de Mikaël. Vraisemblablement Ismael n’était pas encore au courant des raisons qui ont déterminé leur père Adam à partir habiter loin de Tanger à l’oasis de Tighmert dans la province de la ville de Guelmim. Mikaël savait quant à lui que le projet de son père d’aller s’installer dans une autre contrée ailleurs que sa ville natale n’avait pour seul but que de préserver leur maman  des regards des gens et de leurs potinages venimeux quand ils seront au courant de ce qu’il est advenu de leurs fils, c’était juste une question de temps avant que les langues ne se dénouent et qu’ils deviennent ainsi la cible des pires vilenies. Alors sous prétexte de calmer l’irritabilité de son épouse dû à sa ménopause et aussi à leurs amour égal qu’ils éprouvaient pour le Sahara,  il a décidé de partir pour quelque temps chez leur ami Jamil, le conservateur de musée des nomades à cette oasis  puis ils se sont établis dans une demeure ombragée par une dense palmeraie à l’orée d’un lit de rivière. C’est de leur retour de Cap Juby en direction de la ville de Guelmim qu’ils ont eu l’occasion de faire la connaissance fortuite de Jamil.

Très tôt le matin, au deuxième jour de leurs arrivés, Mikael, dix ans d’âge à peine, avait réveillé sa mère, il souffrait d’une surinfection de piqûres multiples sur les chevilles et les jambes, les démangeaisons étaient si fortes que des tâches de sang maculaient ses draps, mais lorsque une légère fièvre et une pâleur apparu sur le visage de l’enfant, la famille s’alarma et prit la route en direction de la ville la plus proche de Tarfaya, Guelmim pour trouver un médecin.

Les trois cents quarante kilomètres qui les séparaient de leurs destinations étaient tracés dans une géographie étrange, un pays montueux de mystère, le monde autour d’eux était sans conteste différent de celui du nord, gravé dans des plaines arides aux couleurs de corail, la route filigranée dans un sol aux éclats aurifères, la croûte de la terre plissait et déplissait au gré de montagnes majestueuses presque sacrées, au gré d’un désert extrême, dévorant, ponctué de tamaris aux feuilles ramollis par  la chaleur. Au versant des djebels et dans les creux des vallées où se dessinait des lacets de chemins, saillait de la terre de petits amas de villages que l’on prenait de loin pour des pierres taillées dans le roc.  Là-bas on imaginait bien des hommes la peau fripée et revêche, battre la terre en pisé pour ressusciter leurs demeure vaincues par les vents chauds du Sahara, chevauchant les dunes flottantes pour aller paître leurs troupeaux de chameaux et de chèvres.

Rien n’est plus propre et essuyé de toutes laideur que le désert, chaque poignée de sable coule en fine poussière d’éclats de roche dans les veines des hommes qui, même rabougris par l’hostilité de l’environnement, resteront  millénaires, rupestres, éternels, plantés comme des acacias dans leurs terres acceptant ce qui leurs arrivent entre un sourire et un malheur.

Adam, tout le long de son voyage, avait les tripes noués par une telle splendeur, la beauté écrue des paysages triomphait sur chaque sentier de la démesure de la solitude. All we are is dust in the wind...chantait Kansas.

L’homme aspire au changement certes, mais le souhaiterai-t-il vraiment, le voudrait-il lorsqu’il comprendra tardivement peut-être que la nature l’appelle à n’être que lui même et rien d’autre et ce qu’il créera ne sera au fil des siècles qu’un monticule de sable au mieux une pâture pour les vents. Lui qui vient de l’Univers est-il si différent de ce galet qui vient de la montagne pour ne pas narguer la corde raide sur laquelle il croit marcher et faire volte face à ses craintes, ses espoirs puis se mettre à  courir et à danser, lâcher tous ses effort à vouloir augurer les bons et les mauvais signes de la vie essayant de savoir  à quel moment, la tête empesée par le poids du joug, le corps par le fouet des émotions, il va tomber pour se relever , à quel moment, noir d’inquiétude, va-t-il devoir composer,  avec la raison, le religieux, le profane, la rue, les gens et la nation, happé, froissé par les événements comme une poignée de feuille morte prise dans les courants, puis brouter par le quotidien et jetée dans la chyme de l’ogre.

Oh! Cet ogre qu’il est beau! Si délicat dans le mensonge, si léger et habile dans les convenances, collé à la rumeur comme l’ombre à son corps, il est le peintre dans le frais des inimitiés camouflées, des jalousies inavouées. Oh! n’ayez aucune crainte, nous sommes tous de près ou de loin de sa race, il ne décantera jamais assez et suffisamment pour vous faire extorquer la vérité au bon citoyen que vous êtes. Allez! Vous êtes si loin, bien abyssaux, des gentilhommes distinguées reclus sous les strates géologiques assexuées du bienséant pour que deux ou trois pelletées suffisent à vous faire revenir de votre sombre secret!.....Soupçons…..Moi vous dévoiler! Comment à mes êtres haïs les plus aimés de mon cœur pourrais-je briser leur promesse à l’ego, pénitent pécheur qu’ils sont, de rester dans l’oubli et de garder secret le chemin du souvenir. Non je ne permettrais à personne de vous rappeler à l’unité séparés que vous êtes. Mais bien sûr que vous êtes des gens compatissant quand il s’agit d’acheter des fleurs pour partager la peine de la femme convoitée,   du voisin qui vient de trépasser. Mais il faut être sûr qu’il a bien les pieds devant! Pas avant. D’abord les asticots, ensuite les fleurs. L'appétit de la mort calmée, ses yeux qui nous lorgnaient distraient pour un temps par la chair d’autrui, nous donnent un répit momentanée un nouvel élan grâce à l’arrêt de l’autre.

J’ai perdu l’appétit, je viens de m’apercevoir qu’il y a un cheveux dans ma soupe! Beuh!

 

 

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18 novembre 2021 4 18 /11 /novembre /2021 09:26

Hassan Glaoui

Je suis de mauvaise humeur ce matin, j’ai envie de donner corps à des phrases assassines, du genre par exemple pour apprécier une œuvre il faut absolument être injuste, déloyal, affamé de nuances et habile!

 

Est-ce que je suis souffrant? Non, non rassurez-vous, ce sont des mots qui m’ont été murmurés par contumace, venant d’un ami d’outre-tombe suite à son refus de troquer le 19ème pour le 21ème arguant que les profanes de ces temps sont perdus sur les routes de l’art ne sachant ni où il commence ni où il fini.

 

En effet, Charles Baudelaire disait “Pour être juste, c’est à dire pour avoir sa raison d’être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c’est à dire être faite à un point de vue exclusif mais un point de vu qui ouvre le plus d’horizon” 

 

Je me demande ce qu’il penserait de notre espace artistique marocain du point de vue de l’approche critique professionnelle, universitaire et non de celle de nos peintres. Certains, peut-être, n’ont pas encore vécu ou partiellement ce schisme qui sépare l’art de l’artisanat, cette mue, cette chrysalide qui est le point de rupture entre passé et présent. Mais penser avec la main c’est quelque chose de formidable! n’est-il pas juste que l’étymologie du mot “compréhension” est constitué du préfixe “com” qui veut dire “avec” et “préhension: prendre par la main”. Toucher la matière est la quête de nos engrammes, ces traces ces empreintes colorées d’un héritage mémoriel, technique et esthétique qui n’attend en fin de compte qu’une forme de réminiscence, un renouveau au sein de la contemporanéité.

 

 

Maintenant avançons un peu et voyons à partir d’une check list si je suis qualifié pour discourir sur ce thème, vous avez bien le droit de le savoir:

 

  • Suis-je un critique d’art: mon dieu non! faire du journalisme consumériste, obéir à la doxa dominante qui pèse et masque par ses circonvolutions un esprit critique réel, jamais! D'ailleurs les médias actuels ne sont pas des revues d’art mais uniquement des magazines dépendants de leurs annonceurs. Par tous les saints!!!! ils n’ont rien à voir avec la revue Souffles!! (lien de la revue à la BNRM)

  • Est-ce que je pratique La critique d’art: malheureusement non. Je ne me trouve pas au sein d’un réseau multidisciplinaire où se croisent l’histoire, l’histoire de l’art, l’anthropologie, la sociologie, l’esthétique, l’iconologie….etc.

  • Suis-je un connaisseur: Non plus. Je n’ai pas suffisamment fréquenté les artistes, je ne suis pas galeriste et chez moi, je n’ai que de pâle reproduction! Parfois, comme vous, je regarde le Net et je soupire.

 

Vous êtes déçus je sais, vous pensez même qu'une société qui n’est pas guidée par ses philosophes est trompée par ses charlatans. Mais détrompez vous et permettez-moi de vous rappeler que je ne suis pas platonicien, mon doigt ne pointe pas l’Idéal mais plutôt la terre comme celui d’Aristote. En d’autres termes j'essaye de percevoir intelligemment, nous sommes tous dans une même et unique réalité certes, seulement mon approche du Beau est réalisée d’une manière beaucoup plus immanente. Je ne ferais jamais, par conséquent, l'impasse sur mes propres sentiments. Accepter d’être infidèle à soi pour appuyer une quelconque théorie c’est de la folie!!. Je suis donc membre de l’Ordre des Passionnés Silencieux, ceux qui promulguent que tant que le verbe est modéré, habile, mesuré et le regard acéré, le cœur nous fera  toujours don de la vérité. Quand je regarde un tableau je peux avoir du plaisir comme du déplaisir ou en être indifférent, cette appréciation il m’est possible de l’échanger avec autrui mais fort impossible de la partager parce que c’est une émotion privé. Par conséquent une critique normative, fût-elle largement acceptée, ne peut expliquer à elle seule une œuvre d’art.

 

 

Donc il y a Le critique d’art et La critique d’art, le premier médiatise l’art et le socialise la seconde pense l’art. Khalil M’rabet, peintre, écrivain et universitaire marocain a suffisamment détaillé cette problématique et plus encore dans son article à Horizon Maghrébin "Écrits en amont pour une tradition moderne” que je mets en lien. J’y reviendrai dans les prochains articles.

 

Maintenant, pourquoi Hassan Glaoui. Eh bien c’est simple!

 

Je me suis intéressé à un document universitaire, intitulé “La peinture marocaine au regard de l’autre” établi par Ikram ALAMI de l’Université Sidi Med Ben Abdellah de la FSLH-Fès (je mets en lien le document). Au 2ème paragraphe de l’introduction je lis ceci: (ce texte est un commentaire sur le livre d’Alain Flamand du même titre. Ce dernier enseignait l’art au Maroc à la fin des années 60 début 70).  

 

“.......Alain Flamand affirme, dans son texte, que la peinture marocaine n’est que l’héritière d’une peinture occidentale qui a connu, entre la fin du XIXème siècle et la première moitié du XXème de nombreuses révolutions….

 

Il n’en fallait pas plus pour me faire sortir de mes gonds! Alors en quoi l'œuvre de Hassan Glaoui est héritière d’une peinture occidentale??. En 1963 il participait déjà à une exposition collective à la galerie Charpentier à Paris nommée “Deux mille ans d’Art au Maroc” !!!

 

Quand j’ai vu pour la première fois ce tableau j’ai cru que c’était un morceau de pierre marouflé par un dessin rupestre que l’on trouve sur les plateaux de Figuig-Ich là où les hommes racontent, moyennant la pierre, leurs vécus. L’oeil écoute parfois, elle ne peut être sourde au récit de notre mémoire ni à notre patrimoine artistique.

 

Mais ne soyons pas partial, laissons Alain Flamand nous présenter l'œuvre de Hassan Glaoui. A la page 83 du Dictionnaire des Artistes Contemporains du Maroc de Dounia Benqassem, A.Flamand témoigne: “Hassan Glaoui sait peindre, mais encore chez lui le métier n’étouffe jamais la poésie…(et un peu plus loin)....il rend plutôt un climat, une atmosphère, le mouvement, la chaleur, la poussière, la lumière la couleur….”

 

Il m’est bien difficile de conclure, c’est un sujet vaste qui nécessite plusieurs savoir et compétences, je me remets cependant à la légende amérindienne du Colibri. Alors si je vous entends dire “Tu n’es pas fou!! Ce n'est pas avec ces quelques mots que tu vas clarifier et contenter les personnes assoiffées de culture artistique!! Eh bien je vous répondrai “Je le sais, mais je fais ma part!”

 

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 17:40

 

J’ai pris cette photo lors de mon long voyage au pays berbère.

Je suis cela, cet enfoncement dans la mémoire, sa profondeur, à la fois claire et mystérieuse. Qu’il est beau mon pays!!

Cela me rappelle aussi les symboles et arabesques de notre regretté  peintre Ahmed Cherquaoui, lui qui a su travestir la parole qui s’envole dans les airs, en une trace qui caresse, aime et s’enracine dans la terre.

 

Mickael entreprit d’ouvrir la lettre, il y avait deux plis l’un portait la mention à mon père l’autre à toi. Avec respect il ouvrit la sienne et commença à lire:

Cher Mickael,

Même s’il n’y a pas longtemps qu’on s’est parlé au téléphone j’espère que cette lettre te trouvera au beau fixe de ton moral. A Paris je vais souvent à la bibliothèque et cela me rappelle nos souvenirs de lecture, les choix que notre papa nous proposait, c’était souvent Saint Exupéry n’est-ce pas? Nos exercices d’articulations qu’on peinait à prononcer à haute voix malgré les supplications de maman à venir déjeuner avant que le repas ne refroidisse et remplir la bouche par des mets autres que les mots. Parfois aussi papa se faisait un plaisir de nous taquiner, nous voyant aimer la langue de Molière il nous disait “Rouler les “r” mes enfants, rouler les “r”, n'essayez pas d’être plus français que les français” Il me vient à l’esprit maintenant que je t’écris ces mots, notre voyage à Tarfaya, Cap Juby avec papa, mille trois cent kilomètre rien que pour visiter le musé de Saint Exupéry, et notre maman dépassée par cette virulente passion qui lui ravissait son mari lui demandait naïvement pourquoi il ne l’aimait pas autant qu’Antoine ! Ce que j’ai appris de papa c’est que nous ne pouvons jamais aimer vraiment sans passion, s’égarer furtivement de notre raison sans nuire à l’autre, sans inclination du corps sans désordre psychique est ce qui fait de nous des êtres humains à proprement parler. Aimer sans passion n’a d’égale que l’indifférence. Cela ne te rappelle-t-il pas ton épisode à la mosquée? Ah! combien j’étais fière de toi Mikael, avoir un frère qui pense par lui même et qui n’a pas peur de braver ouvertement la croyance de ses semblables. Là aussi parce que mon père nous aimait passionnément que malgré sa notoriété publique d’homme pieux et respectueux des valeurs de sa communauté il n’a pas hésité un instant, du fait que que tu sois jeune et que tu avais alors toutes les raisons de te poser des questions au sujet de ce qui touchait ton peuple, à prendre ton parti, d’abord en te cachant pour quelque jours au village de nos aïeux et partir ensuite chercher une entente avec le caïd et le responsable du culte de la ville, des conciliabules savamment orchestré à l’époque par maman auprès des épouses de ces derniers. Ah! quel temps, vous tous m’avaient montré le chemin.

Bien que Paris soit belle, je n’arrive pas à me défaire de ces souvenirs, c’est très tôt et je n’ai pas encore à vrai dire trouver de meilleures occupation, à part l’intérêt pressant que j’ai à débuter mes études et l’emploi temporaire de plongeur que je viens d’avoir récemment dans un restaurant italien, mon aire méditerranéen n’y était pas pour rien pour me faire accepter dans ce lieu. les annonces ne manquent pas au RU.

Voilà, comme tu peux le constater j’ai écris une lettre à papa et je voudrais bien que tu la lui remettes par toi même, la lui envoyé par courrier c’est courir le risque qu’elle tombe entre les mains de maman et ça je ne me le pardonnerais jamais, après j'espère de tout mon coeur qu’elle se ralliera sans peine à mon choix de vie. je sais que tu es à la recherche d’un travail et c’est pour cela que je t’ai envoyé de l’argent pour le voyage si cela ne te contrarie pas. Tu peux en disposer à n’importe quel guichet bancaire mais vas-y plutôt à la poste ils connaissent bien papa pour avoir travailler là-bas.

je compte sur toi pour me faire part de leurs nouvelles, d’un si loin dépaysement ailleurs que la ville de Tanger. Papa est fou!

Merci Mickael, dès ton retour tu m’appelles chez mon voisin de palier comme la fois passé.

 

A très bientôt et bon voyage

Affectueusement ton frère qui t’aime.


Mikael et son frère Ismaël aimaient beaucoup lire et écrire, mais l’oppression d’une langue, quand elle ne vous appartient pas mais que vous avez choisi d’écrire avec, devient comme un rempart difficile à enjamber, elle vous refuse l’imaginaire, vous rappelle votre suffisance identitaire qui cloisonne chaque jour le local où vit le monde, attise les flammes du cœur, entérine les souffrances. Dans ces situations, les deux frères se disaient souvent, il faut qu’on écrive un récit, un poème, pour montrer à cette langue que nous ne sommes plus ses esclaves.

Comme des enfants alors, ils déposaient une goutte d’eau sur une graine de maïs, le ciel regardait les nuages et les nuages les regardaient, le vent emportait leur graine et quand le temps avait suffisamment crayonné sur leurs corps, ils revenaient pour voir leurs cultures. Peut-être alors pensaient-ils avoir le courage de franchir les remparts, et de passer finalement du clos à l'ouvert.

Mais leur cœur ne pouvait attendre. Quand ils s’éveillaient, il faisait encore nuit dans les mots, la langue, leur compagne, n’était pas encore là, c’est une sultane infidèle, elle découchait et traversait des contrées bien lointaines et lorsqu’elle revenait elle leurs disait avec son haleine parfumée :

« Avant de me prendre dans les dédales de vos joies étranges, apprenez-moi votre langue »

Ils lui répondaient en chœur, avec la hantise de la perdre et le plaisir vital de se repaître de son corps : « nous ne connaissons que la tienne ».

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28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 12:46

Café Rif de la cinémathèque de Tanger 

Ce texte est une réédition. Je l’ai publié en Février 2014, il y a de cela maintenant sept ans, j’étais alors proche de mes cinquante quatre ans et, sans le savoir encore, car rien ne le présageait, j’allais bientôt faire l’expérience d’un sublime et miraculeux malheur! Et vous le savez autant que moi, à quelque chose malheur est bon. Mais ça, c’est une autre histoire!.

Donc pourquoi je republie ce texte? 

Eh bien quelques amis m’ont fait la délicieuse remarque que mes écrits étaient apparentés à ceux d’un poète rebelle, anarchique! eh bien dites-moi!!!

Je me suis donc demandé pourquoi ne pas republier ce texte, c’est mon manifeste presque un crédo de ma façon d’écrire, une épithète inscrite dans ma couche Malpighi et qui donne le mouvement à tous mes crayonnages.

Je dois quand même vous demander s'il vous arrive de temps en temps de rajeunir vos notes ! Allez donc voir ces délicieux propos de Georges Canguilhem, je ne peux me résoudre à garder pour moi seul cette substance!!

Il dit:* La raison est régulière comme un comptable mais la vie anarchiste comme un  artiste* CQFD

Continuons, d'abord les précisions suivantes:

La chose que je déteste le plus au monde c’est d’écrire pour paraître plus français que les français eux-même.

La langue française n’est pas ma langue maternelle, elle s’est toujours refusé à moi, elle a dressé tous les remparts possible pour m’éloigner d’elle, a dit non à mon désir de paître auprès de son corps pour manger les mots d’automne qui tombaient le long de son corps, c’est une sultane infidèle, elle couche au Bénin, se réveille en Côte d’Ivoire déjeune au Sénégal et rare quand elle se souvient de moi, mon sérail est triste quand elle n’est pas là. Je suis un amant cocufié!!

Parfois son haleine aux reflets dorés prend la forme de volutes au parfum  rouge citronné et à peine je les ai dessiné, voilà qu’elle part vers de nouvelles contrées!!

Non, Non et Non!!!! Tu ne feras jamais de moi un peine-à-jouir, femme je te répudie!

Alors j’ai décidé de l'étriller, de la mettre à mal, de la tyranniser, adieu les propositions, les adverbes et les conjonctions, bien fait pour toi! Je m'arrangerai avec le reste!

Maintenant le texte en question:

 

J’ai découvert l’encre et la forme des lettres, mais je n’ai jamais appris à écrire,

L’assemblage de mes mots ne forme pas une phrase mais plutôt une trace littéraire,

Ma difficulté à communiquer est devenu avec le temps l’objet principal de mon expression,

Mes phrases sont une travée de strate, des tranchées derrière lesquelles je me mets à l’abri,

A l’abri du lecteur sérieux en quête de sens, prêt à me dépouiller de mes vérités,

C’est pour cela que je suis un scribe dissident, à la fois mobile et sédentaire, essayiste et fictionnel,

Exprimer l’indicible est ma seule quête qui restera à jamais inachevée,

Mais je n’y peux rien, dans le supplice existentiel tout est déjà décousu

 

 

 

 

 

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Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
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Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
Porsche 356 1300 coupé 1951
Porsche 356 A 1500 GT Carrera 1958
Porsche 356 châssis 356.001
Porsche Carrera 911



 
 

  

 

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D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

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