Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
18 novembre 2021 4 18 /11 /novembre /2021 09:26

Hassan Glaoui

Je suis de mauvaise humeur ce matin, j’ai envie de donner corps à des phrases assassines, du genre par exemple pour apprécier une œuvre il faut absolument être injuste, déloyal, affamé de nuances et habile!

 

Est-ce que je suis souffrant? Non, non rassurez-vous, ce sont des mots qui m’ont été murmurés par contumace, venant d’un ami d’outre-tombe suite à son refus de troquer le 19ème pour le 21ème arguant que les profanes de ces temps sont perdus sur les routes de l’art ne sachant ni où il commence ni où il fini.

 

En effet, Charles Baudelaire disait “Pour être juste, c’est à dire pour avoir sa raison d’être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c’est à dire être faite à un point de vue exclusif mais un point de vu qui ouvre le plus d’horizon” 

 

Je me demande ce qu’il penserait de notre espace artistique marocain du point de vue de l’approche critique professionnelle, universitaire et non de celle de nos peintres. Certains, peut-être, n’ont pas encore vécu ou partiellement ce schisme qui sépare l’art de l’artisanat, cette mue, cette chrysalide qui est le point de rupture entre passé et présent. Mais penser avec la main c’est quelque chose de formidable! n’est-il pas juste que l’étymologie du mot “compréhension” est constitué du préfixe “com” qui veut dire “avec” et “préhension: prendre par la main”. Toucher la matière est la quête de nos engrammes, ces traces ces empreintes colorées d’un héritage mémoriel, technique et esthétique qui n’attend en fin de compte qu’une forme de réminiscence, un renouveau au sein de la contemporanéité.

 

 

Maintenant avançons un peu et voyons à partir d’une check list si je suis qualifié pour discourir sur ce thème, vous avez bien le droit de le savoir:

 

  • Suis-je un critique d’art: mon dieu non! faire du journalisme consumériste, obéir à la doxa dominante qui pèse et masque par ses circonvolutions un esprit critique réel, jamais! D'ailleurs les médias actuels ne sont pas des revues d’art mais uniquement des magazines dépendants de leurs annonceurs. Par tous les saints!!!! ils n’ont rien à voir avec la revue Souffles!! (lien de la revue à la BNRM)

  • Est-ce que je pratique La critique d’art: malheureusement non. Je ne me trouve pas au sein d’un réseau multidisciplinaire où se croisent l’histoire, l’histoire de l’art, l’anthropologie, la sociologie, l’esthétique, l’iconologie….etc.

  • Suis-je un connaisseur: Non plus. Je n’ai pas suffisamment fréquenté les artistes, je ne suis pas galeriste et chez moi, je n’ai que de pâle reproduction! Parfois, comme vous, je regarde le Net et je soupire.

 

Vous êtes déçus je sais, vous pensez même qu'une société qui n’est pas guidée par ses philosophes est trompée par ses charlatans. Mais détrompez vous et permettez-moi de vous rappeler que je ne suis pas platonicien, mon doigt ne pointe pas l’Idéal mais plutôt la terre comme celui d’Aristote. En d’autres termes j'essaye de percevoir intelligemment, nous sommes tous dans une même et unique réalité certes, seulement mon approche du Beau est réalisée d’une manière beaucoup plus immanente. Je ne ferais jamais, par conséquent, l'impasse sur mes propres sentiments. Accepter d’être infidèle à soi pour appuyer une quelconque théorie c’est de la folie!!. Je suis donc membre de l’Ordre des Passionnés Silencieux, ceux qui promulguent que tant que le verbe est modéré, habile, mesuré et le regard acéré, le cœur nous fera  toujours don de la vérité. Quand je regarde un tableau je peux avoir du plaisir comme du déplaisir ou en être indifférent, cette appréciation il m’est possible de l’échanger avec autrui mais fort impossible de la partager parce que c’est une émotion privé. Par conséquent une critique normative, fût-elle largement acceptée, ne peut expliquer à elle seule une œuvre d’art.

 

 

Donc il y a Le critique d’art et La critique d’art, le premier médiatise l’art et le socialise la seconde pense l’art. Khalil M’rabet, peintre, écrivain et universitaire marocain a suffisamment détaillé cette problématique et plus encore dans son article à Horizon Maghrébin "Écrits en amont pour une tradition moderne” que je mets en lien. J’y reviendrai dans les prochains articles.

 

Maintenant, pourquoi Hassan Glaoui. Eh bien c’est simple!

 

Je me suis intéressé à un document universitaire, intitulé “La peinture marocaine au regard de l’autre” établi par Ikram ALAMI de l’Université Sidi Med Ben Abdellah de la FSLH-Fès (je mets en lien le document). Au 2ème paragraphe de l’introduction je lis ceci: (ce texte est un commentaire sur le livre d’Alain Flamand du même titre. Ce dernier enseignait l’art au Maroc à la fin des années 60 début 70).  

 

“.......Alain Flamand affirme, dans son texte, que la peinture marocaine n’est que l’héritière d’une peinture occidentale qui a connu, entre la fin du XIXème siècle et la première moitié du XXème de nombreuses révolutions….

 

Il n’en fallait pas plus pour me faire sortir de mes gonds! Alors en quoi l'œuvre de Hassan Glaoui est héritière d’une peinture occidentale??. En 1963 il participait déjà à une exposition collective à la galerie Charpentier à Paris nommée “Deux mille ans d’Art au Maroc” !!!

 

Quand j’ai vu pour la première fois ce tableau j’ai cru que c’était un morceau de pierre marouflé par un dessin rupestre que l’on trouve sur les plateaux de Figuig-Ich là où les hommes racontent, moyennant la pierre, leurs vécus. L’oeil écoute parfois, elle ne peut être sourde au récit de notre mémoire ni à notre patrimoine artistique.

 

Mais ne soyons pas partial, laissons Alain Flamand nous présenter l'œuvre de Hassan Glaoui. A la page 83 du Dictionnaire des Artistes Contemporains du Maroc de Dounia Benqassem, A.Flamand témoigne: “Hassan Glaoui sait peindre, mais encore chez lui le métier n’étouffe jamais la poésie…(et un peu plus loin)....il rend plutôt un climat, une atmosphère, le mouvement, la chaleur, la poussière, la lumière la couleur….”

 

Il m’est bien difficile de conclure, c’est un sujet vaste qui nécessite plusieurs savoir et compétences, je me remets cependant à la légende amérindienne du Colibri. Alors si je vous entends dire “Tu n’es pas fou!! Ce n'est pas avec ces quelques mots que tu vas clarifier et contenter les personnes assoiffées de culture artistique!! Eh bien je vous répondrai “Je le sais, mais je fais ma part!”

 

 

Partager cet article
Repost0
6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 17:40

 

J’ai pris cette photo lors de mon long voyage au pays berbère.

Je suis cela, cet enfoncement dans la mémoire, sa profondeur, à la fois claire et mystérieuse. Qu’il est beau mon pays!!

Cela me rappelle aussi les symboles et arabesques de notre regretté  peintre Ahmed Cherquaoui, lui qui a su travestir la parole qui s’envole dans les airs, en une trace qui caresse, aime et s’enracine dans la terre.

 

Mickael entreprit d’ouvrir la lettre, il y avait deux plis l’un portait la mention à mon père l’autre à toi. Avec respect il ouvrit la sienne et commença à lire:

Cher Mickael,

Même s’il n’y a pas longtemps qu’on s’est parlé au téléphone j’espère que cette lettre te trouvera au beau fixe de ton moral. A Paris je vais souvent à la bibliothèque et cela me rappelle nos souvenirs de lecture, les choix que notre papa nous proposait, c’était souvent Saint Exupéry n’est-ce pas? Nos exercices d’articulations qu’on peinait à prononcer à haute voix malgré les supplications de maman à venir déjeuner avant que le repas ne refroidisse et remplir la bouche par des mets autres que les mots. Parfois aussi papa se faisait un plaisir de nous taquiner, nous voyant aimer la langue de Molière il nous disait “Rouler les “r” mes enfants, rouler les “r”, n'essayez pas d’être plus français que les français” Il me vient à l’esprit maintenant que je t’écris ces mots, notre voyage à Tarfaya, Cap Juby avec papa, mille trois cent kilomètre rien que pour visiter le musé de Saint Exupéry, et notre maman dépassée par cette virulente passion qui lui ravissait son mari lui demandait naïvement pourquoi il ne l’aimait pas autant qu’Antoine ! Ce que j’ai appris de papa c’est que nous ne pouvons jamais aimer vraiment sans passion, s’égarer furtivement de notre raison sans nuire à l’autre, sans inclination du corps sans désordre psychique est ce qui fait de nous des êtres humains à proprement parler. Aimer sans passion n’a d’égale que l’indifférence. Cela ne te rappelle-t-il pas ton épisode à la mosquée? Ah! combien j’étais fière de toi Mikael, avoir un frère qui pense par lui même et qui n’a pas peur de braver ouvertement la croyance de ses semblables. Là aussi parce que mon père nous aimait passionnément que malgré sa notoriété publique d’homme pieux et respectueux des valeurs de sa communauté il n’a pas hésité un instant, du fait que que tu sois jeune et que tu avais alors toutes les raisons de te poser des questions au sujet de ce qui touchait ton peuple, à prendre ton parti, d’abord en te cachant pour quelque jours au village de nos aïeux et partir ensuite chercher une entente avec le caïd et le responsable du culte de la ville, des conciliabules savamment orchestré à l’époque par maman auprès des épouses de ces derniers. Ah! quel temps, vous tous m’avaient montré le chemin.

Bien que Paris soit belle, je n’arrive pas à me défaire de ces souvenirs, c’est très tôt et je n’ai pas encore à vrai dire trouver de meilleures occupation, à part l’intérêt pressant que j’ai à débuter mes études et l’emploi temporaire de plongeur que je viens d’avoir récemment dans un restaurant italien, mon aire méditerranéen n’y était pas pour rien pour me faire accepter dans ce lieu. les annonces ne manquent pas au RU.

Voilà, comme tu peux le constater j’ai écris une lettre à papa et je voudrais bien que tu la lui remettes par toi même, la lui envoyé par courrier c’est courir le risque qu’elle tombe entre les mains de maman et ça je ne me le pardonnerais jamais, après j'espère de tout mon coeur qu’elle se ralliera sans peine à mon choix de vie. je sais que tu es à la recherche d’un travail et c’est pour cela que je t’ai envoyé de l’argent pour le voyage si cela ne te contrarie pas. Tu peux en disposer à n’importe quel guichet bancaire mais vas-y plutôt à la poste ils connaissent bien papa pour avoir travailler là-bas.

je compte sur toi pour me faire part de leurs nouvelles, d’un si loin dépaysement ailleurs que la ville de Tanger. Papa est fou!

Merci Mickael, dès ton retour tu m’appelles chez mon voisin de palier comme la fois passé.

 

A très bientôt et bon voyage

Affectueusement ton frère qui t’aime.


Mikael et son frère Ismaël aimaient beaucoup lire et écrire, mais l’oppression d’une langue, quand elle ne vous appartient pas mais que vous avez choisi d’écrire avec, devient comme un rempart difficile à enjamber, elle vous refuse l’imaginaire, vous rappelle votre suffisance identitaire qui cloisonne chaque jour le local où vit le monde, attise les flammes du cœur, entérine les souffrances. Dans ces situations, les deux frères se disaient souvent, il faut qu’on écrive un récit, un poème, pour montrer à cette langue que nous ne sommes plus ses esclaves.

Comme des enfants alors, ils déposaient une goutte d’eau sur une graine de maïs, le ciel regardait les nuages et les nuages les regardaient, le vent emportait leur graine et quand le temps avait suffisamment crayonné sur leurs corps, ils revenaient pour voir leurs cultures. Peut-être alors pensaient-ils avoir le courage de franchir les remparts, et de passer finalement du clos à l'ouvert.

Mais leur cœur ne pouvait attendre. Quand ils s’éveillaient, il faisait encore nuit dans les mots, la langue, leur compagne, n’était pas encore là, c’est une sultane infidèle, elle découchait et traversait des contrées bien lointaines et lorsqu’elle revenait elle leurs disait avec son haleine parfumée :

« Avant de me prendre dans les dédales de vos joies étranges, apprenez-moi votre langue »

Ils lui répondaient en chœur, avec la hantise de la perdre et le plaisir vital de se repaître de son corps : « nous ne connaissons que la tienne ».

Partager cet article
Repost0
28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 12:46

Café Rif de la cinémathèque de Tanger 

Ce texte est une réédition. Je l’ai publié en Février 2014, il y a de cela maintenant sept ans, j’étais alors proche de mes cinquante quatre ans et, sans le savoir encore, car rien ne le présageait, j’allais bientôt faire l’expérience d’un sublime et miraculeux malheur! Et vous le savez autant que moi, à quelque chose malheur est bon. Mais ça, c’est une autre histoire!.

Donc pourquoi je republie ce texte? 

Eh bien quelques amis m’ont fait la délicieuse remarque que mes écrits étaient apparentés à ceux d’un poète rebelle, anarchique! eh bien dites-moi!!!

Je me suis donc demandé pourquoi ne pas republier ce texte, c’est mon manifeste presque un crédo de ma façon d’écrire, une épithète inscrite dans ma couche Malpighi et qui donne le mouvement à tous mes crayonnages.

Je dois quand même vous demander s'il vous arrive de temps en temps de rajeunir vos notes ! Allez donc voir ces délicieux propos de Georges Canguilhem, je ne peux me résoudre à garder pour moi seul cette substance!!

Il dit:* La raison est régulière comme un comptable mais la vie anarchiste comme un  artiste* CQFD

Continuons, d'abord les précisions suivantes:

La chose que je déteste le plus au monde c’est d’écrire pour paraître plus français que les français eux-même.

La langue française n’est pas ma langue maternelle, elle s’est toujours refusé à moi, elle a dressé tous les remparts possible pour m’éloigner d’elle, a dit non à mon désir de paître auprès de son corps pour manger les mots d’automne qui tombaient le long de son corps, c’est une sultane infidèle, elle couche au Bénin, se réveille en Côte d’Ivoire déjeune au Sénégal et rare quand elle se souvient de moi, mon sérail est triste quand elle n’est pas là. Je suis un amant cocufié!!

Parfois son haleine aux reflets dorés prend la forme de volutes au parfum  rouge citronné et à peine je les ai dessiné, voilà qu’elle part vers de nouvelles contrées!!

Non, Non et Non!!!! Tu ne feras jamais de moi un peine-à-jouir, femme je te répudie!

Alors j’ai décidé de l'étriller, de la mettre à mal, de la tyranniser, adieu les propositions, les adverbes et les conjonctions, bien fait pour toi! Je m'arrangerai avec le reste!

Maintenant le texte en question:

 

J’ai découvert l’encre et la forme des lettres, mais je n’ai jamais appris à écrire,

L’assemblage de mes mots ne forme pas une phrase mais plutôt une trace littéraire,

Ma difficulté à communiquer est devenu avec le temps l’objet principal de mon expression,

Mes phrases sont une travée de strate, des tranchées derrière lesquelles je me mets à l’abri,

A l’abri du lecteur sérieux en quête de sens, prêt à me dépouiller de mes vérités,

C’est pour cela que je suis un scribe dissident, à la fois mobile et sédentaire, essayiste et fictionnel,

Exprimer l’indicible est ma seule quête qui restera à jamais inachevée,

Mais je n’y peux rien, dans le supplice existentiel tout est déjà décousu

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 08:24

Joseph  Albers 

Ce qui a retenu mon attention en premier c’est la forme. Je me suis dit comment un artiste ose-t-il peindre sur une forme aussi laide que celle d’un carré! Cette structure est stable certes mais elle est dormante aussi presque marécageuse.


Il est vrai que les grandes architectures de l’histoire de l’humanité à l’image de la tour Eiffel ou les pyramides reposent sur une base de forme carré. Mais là nous sommes dans la peinture en tant qu'art. Cela me rappelle la radicalité et le totalitarisme du 20ème siècle.


Mais bon dieu d' bon dieu qu’est-il allé chercher dans ce statut invariant et immobile où l’absence de rythme est manifeste pour peindre!!!


Pour ne pas rester donc sur une note dépressive de mon appréciation, je suis parti farfouiller un peu pour connaître les motivations qui ont conduit l’artiste à opter pour cette forme et là Eurêka!!!


Joseph Albers a choisi le carré pour sa neutralité, le fait qu’il ne dissipe pas l’attention du spectateur ce dernier est amené à s'intéresser beaucoup plus aux différentes couleurs et à leurs nuances. Donc l’auteur cherche à figer dans l'œuvre le flux et le mouvement du support le privant ainsi d'une certaine plasticité pour que le spectateur se concentre uniquement sur l’éclat des nuances. Est-ce un artifice mental pour abstraire le cadre et donner vie uniquement à la couleur?

Mai ce qui est encore étonnant et même renversant c’est que la couleur jaune en l’occurrence et ses nuances s’est approprié la forme en lui impulsant dans son sillage un mouvement verticale descendant ce qui manquait initialement au cadre.

je suis entraîné depuis le bord supérieur par un jaune Ambre une couleur forme et substance à la fois, absorbé par une force douce qui m’emmène cette fois vers un jaune fauve, empruntant ainsi au fil des variations un escalier hélicoïdale, de l’aube au crépuscule, c’est le mouvement de la vie, c’est le jour puis vint le soir.

Partager cet article
Repost0
17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 17:17

Humeur sombre - Marianne von Werefkin

 

Mikael revenait petit à petit à lui-même. Une voix lointaine, caverneuse, l’appelait à remonter en surface, sa vision ployée jadis par son propre isolement se détendit comme un arc lesté de sa flèche et recouvrait à présent la mobilité de son regard. Enfiévré par sa quête d’une liberté adverse et pensante, malgré les prémisses d’un hiver froid, il se mit debout et commença à se déshabiller pour rester en caleçon et débardeur. Son esprit manifestement copulait avec l’instant, aussi sa peau nécessitait pensait-il un examen profond, son contact avec les cosmopolites, ce réservoir d’acarien, lui a fourré la gale et creusé un long et sombre tunnel dans sa peau comme un méchant vermisseau.

Maintenant, réveillé de cette incubation sordide, il jeta au rebut toutes les étoffes qui l’ont mal habillées, rendit par toutes ses tripes ce tord-boyaux empoisonné, il n’y a pas pire taule que vivre avec une âme tourmentée.

Oui, se dit-il, pourquoi ne pas rester nu, nu comme un ver et rendre gorge de toute cette insanité que le monde s’est efforcé à en tapisser le corps, l’âme, employant indistinctement ses juges et ses saints dans sa tâche cousue au fil blanc. Pourquoi chercher à augmenter la nature de ce dont elle n’a jamais eu grand besoin, toutefois si vous êtes dans la veine d’apprêter les choses, de les accommoder à votre faible esprit prenez vos truelles et platoirs et allez lissez la surface des eaux pour en diminuer les remous.

Ah, bon dieu d'bon dieu!! Pourquoi suis-je assaillie par ces idées, elles auraient mieux fait de me venir un autre jour, je ne suis pas encore prêt pour ces imbécilités, et ce mal de tête! qu’est-ce que je peux détester les faiseur de vérités, ils veulent me persuader qu’il y a un monde meilleur, moins négligé, mieux préparé qu’il suffit de quêter par les moyens qu’ils sont prêt à mettre à notre disposition, une sorte d’échelle pour passer par la mansarde alors que la porte est grande ouverte devant chacun. Il est vrai que je n’ai eu de cesse par le passé de vouloir me persuader, à cause de la déontologie bien pensante des hommes sous l'apparat rutilant de valeurs universelles, qui en fait cherchent à déconstruire notre maisonnée, que ce qui est en haut est bien supérieur à ce qui est en bas et ce qui est là-bas n’est pas encore ici. Que nenni!

Ah, bon dieu d’bon dieu, pourquoi j’ai partagé ce verre de vin avec ces marcheurs à reculons, pourtant je m'étais promis par le passé de ne jamais me laisser entraîner par cette logomachie, toute ma tête embrumée par les ragots. Mais à quelque chose malheur est bon n’est-ce pas! je vais vous faire un aveu, il n’y a pas mieux qu’un homme ou une femme qui se trompe, car se tromper est le privilège de l’homme, avez-vous jamais vu de votre vie un animal se tromper!!! évidemment que non car l’animal n’a pas le pouvoir de se perfectionner! Alors laissez moi à mon cru! cessez de chercher à dépersonnaliser les gens , à les déposséder de ce qu’ils ont de mieux dans la vie c’est à dire leurs personnalités , à leurs faire accroire que moins ils ressembleront à eux même et plus ils avanceront dans le progrès. C’est ma chaumière, laissez-moi la construire à ma manière!

Mais continuez cependant vos diableries, à nous pétrir de morale, nous égarer entre bien et mal, bon et mauvais, innocents d’aventure mais coupables sûrement! à jamais!

Je vais vous dire, j’avais les yeux fermés, les oreilles bouchées totalement désunis pour aimer l’Unité de l’Univers créateur.

In perpetuum nous sommes dans la grâce, dans l’immensité.

La lettre était posée sur la table basse, il la regarda de biais et décida de l'ouvrir, concluant que si son frère avait agi de la manière qui le réconfortait le mieux dans sa vie, personne n’avait pour autant le droit de l’incriminer ou de le juger. C’est un manque de compréhension de notre part, nous sa famille la plus proche et ses amis, nous dépensons chaque jour que la création a fait une énergie incommensurable pour voiler la vérité faisant semblant d’aller mieux alors que la souffrance sourd comme une fontaine du fond de notre âme, jaillit des pores de notre corps comme un intraitable fumet de fenugrec. C’est notre agissement machinal qui a fait que notre vie soit devenue réductible à un jeu pathétique de conflits sociaux muet et fratricide, nous veillons à rester des hommes normaux, aux chevet des pensées ordinaires, veules respirant un grand vide pavoisé de narcissisme, assis en marchand hédoniste devant notre étalage de faux plaisirs, la pensée définitivement subordonnée à celle de la masse et nous y répondons par la masse tout grossièrement sans aucune subtilité!! Éblouissez les yeux et les oreilles de la multitude et vous aurez réussi votre pot pourri!! S’en est fini du sigle S.P.A pour Socrate Platon Aristote maintenant c’est Sexe Pouvoir Argent. Toutes nos pensées seront bientôt voilées d’une brumeuse couardise.

Ciel! aidez moi à nuire à la bêtise*.

Je défendrai le choix d'Ismaël, je préfère mourir pour une tragédie que vivre une dramatique comédie.

(*)formule de Nietzsche dans Le  Gai savoir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
27 septembre 2021 1 27 /09 /septembre /2021 14:38

Giorgio De Chirico - La récompense du devin - 1913

(la peinture métaphysique)

La couleur argentée de la lune annonçait déjà la soirée. Une flottille d'oiseaux en formation traversait le ciel, le battement gracieux de leurs ailes, le cou tendu fièrement vers l’avant, allaient assurément vers l'intérieur des terres. Depuis sa baie vitrée, Mikaël regardait cette lueur bleue pâle qui s’étendait en large bande du cap de Malabata jusqu’au village de Nouinouiche. L’étoile de Sirius, tirant en laisse le Grand Chien, grimpait lentement au-dessus du village, suivant dans son sillage zodiacal la constellation d'Orion. A l’ouest, couché sur les vagues miroitantes de l’atlantique, le soleil plongeait dans un éclat de lumière vermeille, battant le rappel aux derniers éclats roses qui coloraient les nuages. Bientôt un bleu noir sera étendu sur le ciel de Tanger. 

A l'extérieur, le silence des murmures devenait audible. L’espace public change, au gré de l’obscurité, en espace privé. Les éventaires amovibles des marchands fuyards reviennent couvrir les parcelles des trottoirs. Enfermés dans leurs silences, les hommes, marchant sous les réverbères, tressent le suc amer des souvenirs aux fragrances de l’oubli. Les errants, fatigués par les méandres de leurs patries, cernés par une mer entre terres défensives et le massif montagneux du Rif, retrouvent les traces de leurs chemins. Le fardeau du jour et des heures s’éloigne maintenant de leurs épaules, s’élève au gré de leurs détentes pour aller démêler leurs soucis au-delà des hauts immeubles et des remparts. Les visages laissent apparaître soudain les traits d’une joie, d’un bonheur oublié. Les plus téméraires enjamberont peut-être le rivage de la Méditerranée pour narguer cette brèche faite par les titans. 

Les mendiants attirés par les gémissements de la terre, cherchent un gîte aux pieds des murs balafrés, au seuil des mosquées silencieuses, ruminent la chute de leurs existences, cachent leurs tribulations par une feuille de vigne, puis  se souviennent des visages inconnus qui ont enrichi la main orpheline. Pourtant, le matin venu, ils oublieront leurs indigences, échangerons leurs pauvreté contre de la misère , seront comme des soldats affamés de l’émoi des passants prêts à exécuter une nouvelle fois la scène de leurs drames.  

Les amoureux s’enlacent et se collent aux écorces des arbres, aux angles des rues. De quelques encoignures, montent des voix avachies de vice, les vents arrivaient avec leurs moissons de langues étranges mêlées aux ardeurs marines, aux étreintes des caresses furtives tempérées par un inquisiteur psaume de la sourate de l’ouverture. Le bruit de la vie est de retour dans les arbres, les feuilles boivent à la rosée du soir. Un parfum de chanvre et de thé à la menthe somnole déjà sous une langoureuse racine méditerranéenne. 

Au crépuscule les écrans s’éteignent, la finance éclipse, pour une nuit, ses crocs dans les interstices de la cupidité misèreuse, les brouettes grinçantes des chantiers se taisent, les mains gercés par la terre à force de retourner le sol se délestent de leurs outils, les ouvriers cessent de lubrifier les machines qui crachent onze dirhams l’heure, le peuple est solitaire perdu dans l’épaisseur de l’existence, les larmes facettées en diamant illuminent pourtant les visages et rappellent ce que nous sommes. Quand vient le soir et ses caprices un nouveau monde se crée, les groupes séparés le matin se reforment, les affinités effacent les inimitiés et querelles du début du jour, les vantards et les patibulaires s’y associent puis, sans peine,  le renseignement s’y mêle pour lester les hâbleurs du poids de leurs paroles. La grisaille électrique du jour, hâtée par la forte nuance des ombres devient moins pesante, les roches des serments arides tombent en pierres fines dans les jarres des vignes. Que d’hommes inquiets et nerveux deviendront calme et pieux quand le fleuve de la vie ralentit son cours pour que chacun puisse choir dans sa tombe au gré d’un vent sans rives, se répandre dans les rainures des nécropoles peints à la Giorgio De Chirico pour mendier à la vie un brin de compréhension, un moment d’amour, un instant de grâce et  d'indulgence à son égard. 

Les hommes savent pour ce soir, oui ils savent que pour cette fois encore ils vont vivre la nuit de leurs morts, perdus au sein d’un vaste néant obscure , les lèvres plaqués contre les glandes mammaires de la vie, suçant le lait placebo de l’espoir, conduit par une main courante habillant le lendemain par les apparats fantoches de la veille, roulant sur une roturière habitude jusqu’à ce que les lèvres soient déchiquetés par une zygomatique hypocrisie. Peut être adviendra-t-il qu’une idée vengeresse absurde et salvatrice grimpera à contre sens dans les œsophages avide de vin et de silence pour vomir la langue, chasser les phonèmes, brutaliser les rêves et transformer les rituels caramels en un frémissement de vapeur. Mais Tanger a un coeur, mais Tanger demeure toujours impatiente d'accueillir dans son espace et ses milieux les dionysiaques, agacée par l’attente de croiser dans ses rues et avenues ces hommes qui consentent, l’haleine aviné et le rire lascif, à composer avec l’irrationnel, quittant pour une nuit encore leurs raisons pour inventer leurs paroles, laissant leurs corps, amidonné le jour, devenir léger et improvisé le soir. D’aucun sûrement alors partiront dans une fosse lubrique encore plus profonde que le furoncle qui s’étend sur cette terre, là ils vont échancrer leurs pustules, laisser couler leurs vomissures dans les plis de leurs regrets, épancher leurs peurs dans les bouteilles pansues d’alcool et quand les dernières lumières de leurs esprit seront enrobées de vapeurs fumigènes,  ils iront se moucher dans les seins plantureux des libertines.

Mais laissez-moi vous présenter un ami, parce que nous sommes d’une bonté exécrable, ignoble et détestable que je ne peux me résoudre à garder pour moi seule cette vérité, une plus longue attente aurait raison de mon cœur. Notre ami d’outre tombe a chanté bien avant moi cette existence et moi j’en prédis une engeance pleutre que seule une graine poser sur l’humus de la terre pourrait vaincre.

 

Au Lecteur

La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,

Occupent nos esprits et travaillent nos corps,

Et nous alimentons nos aimables remords,

Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;

Nous nous faisons payer grassement nos aveux,

Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,

Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste

Qui berce longuement notre esprit enchanté,

Et le riche métal de notre volonté

Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !

Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;

Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas,

Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange

Le sein martyrisé d’une antique catin,

Nous volons au passage un plaisir clandestin

Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes,

Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,

Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons

Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie,

N’ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins

Le canevas banal de nos piteux destins,

C’est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,

Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,

Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,

Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !

Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,

Il ferait volontiers de la terre un débris

Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C’est l’Ennui ! — l’œil chargé d’un pleur involontaire,

Il rêve d’échafauds en fumant son houka.

Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,

— Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère !

 

Charles Baudelaire. (Les fleurs du mal)

 

(A suivre)

 

 

 

Partager cet article
Repost0
10 septembre 2021 5 10 /09 /septembre /2021 09:06

Ballon Rouge - Paul Klee

La musique commença comme un ressac de mer sur les rochers, l’éclat majestueux des timbales propulsé par le souffle des cors donna à l’entrée la hauteur au mouvement, suivi d’une rafale de frottement des archers sur les cordes des violons, une gestation vive courte et impétueuse sans demi teinte sans concession. La gravité de l’alto, dans une proportion égale, empoigna d’une main de fer l’ambiance du salon, une formation à l’image de ce spectacle saisissant et harmonieux des oiseaux migrateurs dessinant dans le ciel une tâche noir nuit puis d’un mouvement brusque agencé depuis le commencement des temps se séparent s’éloignent les uns des autres et par un étonnant et ineffable appel la chorégraphie ailée se reforme, se ramasse trempe une nouvelle fois ses rémiges dans un encrier ouvré en des âges reculés et continue sa gestation artistique. Toutes ces mesures dans leurs beautés, étaient maintenant verrouillées dans le corps de Mikaël qui s’attachait par une soif épidermique à en boire le philtre, à oublier ses désillusions.

Nécessaire est-il de préciser que Mikaël n’est pas un mollusque ni un crustacé, n’a pas la chair en dessous des os mais bien à l’air libre couverte par quatre mètre carré de peau tourmentée?!! C’est un vrai sismographe carné, suffit d’un friselis d’émotion pour se mettre à la  recherche d’un abri. L’œuvre de Brahms culminait à présent à son paroxysme, Mikaël attendait encore l’entré de son soliste préféré, le pianiste, son annonce était toujours faite par les instruments les plus perfides qu’il n’a jamais aimé: les bois. Souffler dans un bois c’est comme se blesser au pied, vous perdez l’équilibre, vous descendez le versant de la montagne, jadis conquise, comme un tibétain qui se prend les jambes dans sa parure ocre.

Mikaël était aussi en quelque sorte un soliste dans sa vie, il veut jouer à sa manière sa partition, ne pas obéir à celle des autres en les laissant toucher aveuglément aux cordes de son existence, se faire gentiment prendre par la main pour rendre ses journées insipides. Non, ce simulacre ne peut que l’enfoncer encore un peu plus dans cette toile tissée par la culpabilité et la peur. Par quel bout de chemin va-t-il sortir un jour quand à chaque fois il doit ravaler sa pensée, se nier à soi-même pour faire plaisir aux autres et offrir en guise d’assentiment ce rire cynique qui ravage son cœur. Il se sent tellement égaré dans ses jours qu’il n’arrive même plus à savoir ce qu’il veut. Devrait-il continuer à réprimer son véritable moi et passer son temps à se faufiler, raser les murs, errer comme un aliéné  dans toutes les directions à la recherche d’une sortie heureuse ou faut-il accepter définitivement son désespoir de n’être finalement qu’un crétin à la merci des autres…How many roads must a man walk down…chantait Bob Dylan.

le tempo moins pulsé intéressa Mikaël et intimait à l’orchestre à seconder maintenant le soliste qui, de toute sa hauteur et de ses poignées légères, les doigts voûtés sur le clavier suspendus en l’air comme un rapace qui se prépare à fondre sur sa proie lança une fusée d’arpèges entraînant  d’un seul coup  plus de trois cent pièces en bois d’ébène transformant leurs matérialités en essence spirituelle.

Ce jeu d’harmonie délia petit à petit l’entremêlement des pensées de Mikaël et le sédiment épais et inconscient  dans lequel il se sentait empêtré se transforma  soudain en cristal de roche translucide et lumineux. Une forme d’euphorie quasi inespérée, rare, se propagea tout le long de son corps enrobé d’une liberté  étrange qu’il n’a jamais connu, regarda ses mains comme s’il les voyait pour la première fois, toucha son visage pour s’assurer de lui-même puis, par une imagination résurgente, poussa les portes de son esprit et fila à rebours dans le temps pour voir le déroulé de la journée. Il y était à chaque instant, était-ce moi se dit-il?

Pendant longtemps Mikaël a passé ses jours comme un passager de bus faisant le trajet debout  accroché aux poignées luttant contre la force d’inertie sans jamais  pouvoir descendre au terminus, garrotter par les sangles à son vécu, payant le même tribut, martelé par les mêmes questions, forcé de donner les même réponses, jusqu’à quand demeurera-t-il mêlé à ces ornières, il n’avait pourtant ni excuses pour y rester ni de courage pour en sortir, ébahi comme un arbre millénaire devant les événements de la vie et maintenant ce sentiment douloureux d’être pris dans les serres a subitement disparue, cette complétude si longtemps recherchée lui procurant la sensation d’être achevé ne manquant de rien, le déchargeait de toute nécessité à prouver à lui-même l’impératif et nécessaire sentiment d’utilité, et que sentir sa présence, côtoyer sa propre odeur, être ami avec lui-même sans forcément faire quelque chose devint une évidence. Lui dont l’esprit était toujours actif à s’employer à faire quelque chose pour éviter de s’approcher des margelles de l’abîme, voilà maintenant qu’un charme habillé en paresse délicieuse venait bercer ses pensées, le manœuvrait paisiblement pour que les voiles de cette mystérieuse flânerie se présentent le mieux possible au vent qui l’emportait, le poussait vers des perceptions inconnus. Cette légèreté pourtant lui était étrangère le désarmait et l’éloignait de ce qu’il qualifiait auparavant de certitude ou du moins pour ce qu’il en prenait pour cela. Mais pourquoi chercher à être utile se dit-il ! L’utilité quand elle est bonne pour autrui sans apporter un avantage spirituel et sensible à soi-même est quelque chose de méprisable ! Ah mon Dieu, faites à ce que jamais je n’aurais à mélanger brosse à dents et amitié !!!

Tandis que son calme affaissait tout son être sur l’assise du fauteuil, son regard nouveau et serein, guidé par une lenteur séculaire, entreprit à parcourir son espace. Une réserve de douceur venait de chaque coin de la maison se déposer dans le massif de son cœur, tendresse presque maternelle, ardeur calme pleine de promesse mue par un frémissement secret d’une main ciselée d’arabesque, de poème en henné qui démasqua soudain tout son poids, devint léger comme les regards azurées et, par le même élan attentionné, ne manqua pas d’admirer son tableau fétiche, Ballon Rouge de Paul Klee. Une peinture à la fois chaude et énigmatique où la couleur rime avec confession. Ce sont les traces de ce peintre poète, son admiration pour cet art à la fois abstrait et expressionniste  qui lui a inoculé ce courage désobéissant pour créer son propre monde. Cette œuvre vivante pour elle même faisant fi de toutes les perspectives, réveillant la foi mieux que toute religion, associant cube cylindres et cônes n’ouvrant son cœur qu’au plus téméraire des amants.

(A suivre épisode VIII) 

Partager cet article
Repost0
1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 19:01

                                                                  L’Ocre (ocre et rouge sur rouge) 1954

 

 

L’œuvre de Mark Rothko vous fait face.

C’est un tableau en quelque sorte totalitaire.

La première couche de peinture presque invisible est rouge, rouge éclatant, sans faille ni hésitation, une mécanique sans âme,

Elle est comme cachée par une couleur ocre, brumeuse,  cette fois la main est indécise, humaine,

N’y chercher rien, pas de symbole  image ou figure qui pourrait vous rassurer,

Il n’y a rien c’est comme un cercle sous forme d’un carré, aucun point ne vous abritera,

C’est une œuvre déroutante, vous n’avez pas le temps d’installer quelque habitude, vos habitudes de regarder un tableau ou bien cela peut-être ne vous est-il pas permis,

Pas de compromis entre le spectateur et cette peinture, c’est tout ou rien,

L’artiste n’est pas sommé d’expliquer ou de faire comprendre,

C’est au spectateur de s’adapter s’il se donne le temps,

C’est un éclat de feu et d'épiderme soit on regarde, soit on part,

Si le tableau vous parait inaccessible partez je vous prie,

Si l’œuvre, pour vous, ne présente pas tous les aspects pour aimer une création alors partez je vous prie ne rester pas là,

Cette peinture selon vous est abstraite, son rendu est nul car il n’y a aucun élément figuratif quelque signe auquel vous pouvez vous accrocher,

Ce qui est possible c’est de patienter d’entrer en contact avec ce tableau, si l’échange s’établit sous forme de dérangement, de déstabilisation alors vous êtes sur la bonne voie, l’œuvre ne peut être accessible que par approfondissement successif disait Kandinsky.

Regarder un tableau est une expérience intérieure qui vous appartient à vous et à personne d’autre, ce n’est pas une méthode mais un sentiment intérieur, difficile à transmettre c’est pour cela qu’il est à vous et à personne d’autre.

Si par contre rien ne s’imprime en vous c’est le signe qu’il vous reste des choses à accomplir : vous défaire de la jouissance immédiate, de l’éphémère, de votre attachement aux apparats de la vérité,

Cherchez-vous peut-être un petit manuel accroché aux bordures du tableau à consulter pour comprendre,

L’artiste n’y est pas forcé, il a changé, bouleverser la façon de communiquer d’un artiste,

C’est lui qui choisi ses spectateurs,

Sachez que l’auteur met en cause votre regard, votre conscience esthétique commune,

Vous voulez imposer à l’artiste vos valeurs esthétiques qui ne sont que le produit de la morale grossière et banale,

Il y a décadence du regard pas celui de l’art.

 

Partager cet article
Repost0
Published by Siglo - dans Art Contemporain
23 août 2021 1 23 /08 /août /2021 09:27

 

Réalisme - Peintre: Laura Knight

l'oeuvre représente la jeune ouvrière Ruby Loftus (1921-2004) travaillant dans une usine d'armement britannique 

Il ferma la porte, alluma la lumière, s’assit sur son fauteuil et déposa la lettre sur la table basse. Il savait ce qu’elle contenait, son frère lui a déjà fait part de ses sentiments mais il n’était pas prêt à l’ouvrir du moins pour ce soir jugeait-il, il pensait d’abord téléphoner au lanceur de pierre pour lui confirmer son choix de poursuivre la formation non avec conviction certes, c’est cette approche cependant, cet homme quelque peu mystérieux qui a pesé sur sa décision,  mais tout son être était encore secoué par les événements de la journée.

Un dégoût indistinct présidait son moment, il n’était pas en lui mais seulement chez-lui, il se sentait démuni, incompris, fauché. Je veux témoigner de mon malaise se disait-il mais les gens préfèrent mille fois se couper d’eux-mêmes, ils disent que ce qu’il y a de mieux dans le genre humain c’est son pouvoir de se soudoyer, de se déguiser par le plus noble subterfuge qui consiste à commuer l’amour en égoïsme, ne pas être soi-même est le but recherché et la technique est universelle, toute simple il suffit d’échanger des phrases bien construite faussées par un esprit logique qui rassure, emprunté d'un sophiste éloquent puis de braire Absalon, Absalon ! Et hop le tour est joué ! Le lapin blanc sort de sa tanière pour vous conduire sur le chemin des songes et des chimères. Une seule condition est requise cependant pour ne pas briser le charme : il est absolument interdit de venir là face à quelqu’un exprimer un sentiment vrai !! Les gens ont peur de ne pas être pardonnés pour ce qu’ils ont osés dire de vrai, ou bien que cela vienne à s’ébruiter qu’untel a bravé notre code sociale, nos plus tendres simagrées, en formulant quelque chose de solide ancrée en nous depuis la naissance des temps. Accepter sa peau est loin de nous être possible quand elle est de chagrin elle vous ira très mal à la fin si vous continuer ainsi à vous soucier de la vérité ! Demander d’abord pour votre argent. Merde à la fin !!

Comment donc s’atteler au bazar de la vie quand on n’y comprend rien. Faut-il lutter pour être simple, pour être tout court. Ce pugilat masqué entre gens bien élevés me tus, où pourrait on aller pour nous sentir uni au monde sans artifices ni convenances, quelle terre recèle le diamant de notre âme. Arriverait-il un jour qu’un humain se réveille?

Tiens! J’ai une bonne idée, je vais vous offrir un livre taillé sur mesure, fait pour vous “le manuel de la vie quotidienne”. Vous êtes un fonctionnaire du jour n’est-ce pas? Vous passez vos journées à vous médiatiser, c’est important, votre nouvelle galaxie c’est lavie.com, la nuit n’en parlons pas vous n’êtes pas là, vous n’êtes jamais là d’ailleurs que dis-je! Ses pages vous collent en Prada, de vraies vespasiennes!  Pitié, lâchez moi la grappe! Vous trempez dans 37° pendant plus de soixante quinze ans et vous n’arrivez même pas à vous ennuyer ni penser à vous suicider, n’est-ce pas cela d’une monotonie exaspérante, vous battez sans arrêt à soixante seize pulsations par minute pendant encore soixante quinze ans, n’est-ce pas cela d’une monotonie exaspérante, comment m'emploierais-je pour arriver à vous convaincre que vous êtes irrévocablement dans un état végétatif caractérisé! Même l’Univers a créé les saisons pour s’amuser et vous! Des pizzas et encore des pizzas voilà!  Que le désert de Gobi vous dévore, de la folie à boire, de l’oubli à manger pour les têtes qui ne me reviennent pas, il faudrait bien que vous tombiez malade un jour, vous en seriez heureux croyez moi, vivre c’est être longtemps malade disait Socrate, encore que moi je vous ai à l’œil, vous êtes de ces voyageurs qui n’ont jamais ouvert leurs valises, passant d’une chambre à l’autre, les yeux vitreux, le teint pâle, le galbe lourd malmené par le rythme de l’existence, malade de porter si longtemps votre corps, essorés comme une serpillère, vous ai dévoilé menteurs, engeance incrédule, baroudeurs pédants, larbins, bigotes qui mangent dans les gargotes, sortez des vents, venez ici faire foule avec vos semblables vulgates apocryphe de la création, vous étendez sur le ciel le tarot pour dessiller vos craintes, vous n’avez pas encore compris que la croûte terrestre se pourlèche de vos os, savez-vous au moins pourquoi elle est plus épaisse que vos espoirs? Ecoutez inanité perchée sur un nid d’aigle, vous n’êtes que lubie du colosse locataire du ciel, rendez grâce à vos mimiques simiesque qui ont leurrer la pesanteur pour gagner votre verticalité immanente, laissez l’anse des rivages suspendre votre regard sur l’insensé horizon, peut être qu’alors entre deux instants croupissant d’ennui il vous chamarrera de promesse pour oublier le cri des foules écrasées par la faim, le pain sans beurre, le thé froid, le sourire muet flottant sur une mer glauque. Couardise. Peut-être aussi que dans cette tragédie irréversible et inodore vous recouvrerez votre équanimité pour aller rejoindre les ambiances qui se nouent  dans les venelles, écouter les murmures invisibles, les bruissements des ombres éclaboussées, soufflées par une main froide pétrie dans l’indifférence, visage démoniaque des cœurs aveugles.

Mon Dieu! Un manège de question tourne  autour d’un moyeu vide et sans fond, un mal être au carrefour de Shibuya.  Comme tombant du faîte d’un arbre, Mikael s’accrochait à tout ce qui pourrait le fixer, empêcher ce désarroi de s’emparer de lui, les jugements à tour de bras, les affronts imaginaires, les déceptions du passé bourrelées de ressentiments et la boucle incessante du questionnement: pourquoi! Pourquoi! Pourquoi!

Soudain une tension verticale le poussa vers l’avant, le bras tendu comme un non voyant, il se dirigea vers le buffet en bois. Par accès de tension ou de passion ses doigts, prenant l’agilité des chevaux franchissant les haies équestre, se mirent à parcourir ses vinyls  puis, d’un geste vif retira son disque préféré pour ces moments: Brahms concerto n°1.

La tête en fournaise, les gestes simple, il retira le disque de sa pochette, s’appliqua à l’essuyer calmement, mis le 33 tours sur sa platine Technics, souleva le bras et déposa avec soin la cellule en diamant sur le bord du sillon puis, d’un mouvement de recul, craignant un embrasement de son corps, plongea en profondeur dans son fauteuil club. Les accotoirs en forme d’obus revêtus en vieille peau d’animal avaient l’habitude d'accueillir ces muscles durs méditerranéens aussi tendus que les nœuds des oliviers.

(Asuivre)

Partager cet article
Repost0
7 août 2021 6 07 /08 /août /2021 11:17

 

La femme qui pleure de Picasso

A l’approche de l’immeuble où il habitait, une sombre inquiétude l’enveloppa. L’idée de croiser la concierge dans le hall mis en alerte tout son corps qui s’activa à rappeler ses dernières réserves d’adrénaline de la journée en vue de faire face au carnassier le plus féroce de l’espèce humaine. De loin il pouvait déjà voir le manège triste de la poussière et la toile d’araignée qui disputaient la lumière, étouffaient de leurs charpies le lustre accroché au plafond du portail de l’édifice. Un jaune malin peignait l’espace, convulsait les traits déjà have.  Au seuil empestait la taupe aux sourcils botoxées, la desquamation du clan. La porte de la mégère en bois vermoulu était suffisamment entr’ouverte pour que l’apparence de la tanière et son atmosphère glauque vient à lui avec ses murs debout écailleux incommode révélant un lourd rideau grenat pendu bien haut dont la seule fonction est de chasser la lumière. Couronné  d’un blanc post mortem labouré de chiures de mouches, des mouches en Poirot et Agatha Christie, le rideau tombait maladroitement sur une table de cuisine   entourée de deux chaises coupables, le tout reposait  sur un carrelage avachi par une langue d’émeri. Soudain les oreilles de Mikael captèrent un bruit de pieds enchaussant des savates. Il est fait se dit-il, le prédateur a déjà repéré sa proie. Comme un péon subalterne, lâché par le Matador dans une corrida aux arènes, il se pencha du côté de l’antre armé uniquement de sa cape attendant le surgissement de la bête, mais une odeur pestilentielle embaumant toute l’entrée, une odeur de ragoût fermenté dans une litière de chat finit par le distraire et se trouva nez à nez avec une excroissance en forme de tête de crapaud visqueux drapée d’une peau gloutonne, posée sur un corps humain. Les rides partaient dans tous les sens dessinant des lignes, des angles, cubes et trapèze, Dora Maar n’était à côté qu’une figurine de réserve pour un art mineur. Les joues flasques pleuraient leurs mésaventures humaines, les cheveux hirsutes mal couvert par un fichu mis à la hâte, ceignaient un visage marqué par des pupilles flottantes dans des yeux bouffis  comme deux poissons trisomique impropres à l’aquarium. D’entre les arcades partait un nez épaté aux narines proéminentes reposant sur une bouche veuve, les lèvres en berne forment une vachette de portes monnaie à fermoir métallique clic clac. L’intention de l’espèce était sans équivoque, elle cherchait par son regard dans les recoins les plus sombres de son vis-à-vis un indice susceptible de trahir un sentiment mal enfoui, une rebuffade mal digérée ou la trace d’un événement inattendue car, la nuit venue, elle doit donner à manger à la smala et répondre grassement à la question générique « y a du nouveau aujourd’hui? » avant d’entamer le plat de résistance que les viscères de Mikael ont souvent agrémentés. Dans une procession lunaire, la femme ou ce qu’il en restait de l’être féminin, se rapprocha de Mikael, se pourlécha les lèvres par sa langue fourchue, apprêta son dard puis l’aborda d’une voix à la fois nasillarde et retirée comme si elle prenait son élan pour un long interrogatoire : « Alors MÔsieur Mikael, nous sommes pressé aujourd’hui paraît il ! Quelque chose ne va pas ? »  

Notre ami était sur le gril, percé à jour il voulu s’engager dans les escaliers  mais c’était sans compter sur la ténacité de la concierge qui n’a pas encore fini d’écosser  son meilleure légume de la journée et s’apprêtait à harponner davantage sa prise pour mieux s’attabler lors du souper en roulant pour sa moitié le meilleur mauvais tabac dans le bulletin de la journée. Mikael était largement avisé pour ne pas sous estimé la race de cette espèce qui se trouve être la cheville ouvrière de tout district qui se respecte. C’est une créature spécialement dressée par les commis de l’état pour porter à leurs oreilles toute incongruité, changement dans les attitudes etc. il ne faut pas éveiller de soupçons mais encore faut-il en échapper ! À cet instant le facteur, en libérateur, s’introduisit dans le hall apportant un lot de correspondance, un met de choix pour notre vipère qui lâcha la bride à Mikael. A peine eut-il atteint le deuxième étage que la même voix l’appela « Mikael mon petit, descend, tu as reçu une lettre de ton frère Ismaël » puis « mais qu’est-il partit faire celui là à Paris ! » Mikael descendit arracha la lettre des mains de la méduse et regagna rapidement son appartement.

(A suivre épisode VI) 

Partager cet article
Repost0

Texte Libre



Ces écrits sont nés d'un besoin pressant d'aller vers l'autre, de fondre dans un creuset qu'est ce support des éléments épars exprimant une certaine singularité.

Mais l'homme a vite fait de montrer sa joie une fois il est dans la lumière alors que les vrais auteurs, sans qu'il ne s'en aperçoive, sont dans l'ombre.

Ces écrits ne sont donc que l'expression harmonieuse d'innombrables acteurs proches ou lointains qui ont peuplé mon esprit et qui maintenant revendiquent la liberté à leurs créations.

Je passe mes journées à mutiler mes cigares à décapiter leurs têtes à allumer leurs pieds à déguster leurs tripes, mais l'écriture n'est-elle pas une vertueuse souffrance qui s'ingénue avec bonheur à vous faire oublier votre égo à décliner le constat social et à créer en vous le désir de dissimilitude?

Notre société a circoncis les hommes dans leurs corps, le fera-t-elle pour le prépuce de leurs coeurs et de leurs ambitions?

La vitole bleue dédie ses thèmes à la ville de Tanger, ma terre ma nourricière, au cigare ce plaisir perle des dieux fait par les mains des hommes, et enfin à mes écrits vérités sur mes parures qui donneront je l'espère suffisamment de plaisir aux lecteurs.
.....................................................................................................................

Recherche

Peut-être un jour

Qui c'est celui là?
Mais qu'est-ce qu'il veut?
Tanger 2010
 

Comment se fait-il qu’un homme quinquagénaire simple et ordinaire, père de deux enfants et œuvrant dans le secteur bancaire tombe, sans suffisance aucune, dans le chaudron d’Epicure ?

A vrai dire j’essaie de ressembler à ma mémoire, c’est une conteuse passionnée, qui m’a tatoué le cœur par le premier clapé de sa langue sur le palais pour me raconter le plaisir du cigare, et la première lueur blanche de Tanger sans laquelle tous mes devoirs envers mes plaisirs ne seraient qu'un amour futile.  

 

 
Porsche 911 carrera 4
Porsche 356 1500 S Speedster (1955)
Porsche 356 1300 coupé 1951
Porsche 356 A 1500 GT Carrera 1958
Porsche 356 châssis 356.001
Porsche Carrera 911



 
 

  

 

des mots en image

D'hércule et d'héraclès
Blanche est ma ville
Brun est mon humidor

Articles RÉCents